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Politique

MACRON II

« Pouvoir d’achat » : le gouvernement avance sa loi pour donner des gages avant les législatives

La 1ère journée du gouvernement Borne a été marquée par les accusations de viol contre Damien Abad, mais aussi par la volonté de continuer de mettre le « pouvoir d’achat » au premier plan dans la perspective des législatives. Si sa loi est très limitée, l'accent mis sur la question souligne la fébrilité de la macronie.

lundi 23 mai

Crédits photo : Michael Spingler/Reuters

Un gouvernement face à de nouvelles accusations de viol et des « défis nouveaux »

Ce lundi 23 mai se tenait le premier conseil des ministres du gouvernement Borne. Une réunion marquée par les accusations de viol envers Damien Abad révélées samedi dernier, face auquel le gouvernement, mis à la défensive, a choisi la « jurisprudence Darmanin » : garantir l’impunité de l’ancien chef des députés LR tant que la justice ne l’aura pas condamné.

Une affaire que Macron s’est bien gardé d’aborder dans son discours d’ouverture, préférant mettre au centre sa fameuse « nouvelle méthode », appelant à « bâtir une action nouvelle sur le fond et sur la forme » face aux « défis nouveaux » que ses ministres vont devoir affronter.

Des « défis » qui font notamment référence à l’inflation grandissante et à la colère qui gronde dans de nombreux secteurs, obligeant le nouveau gouvernement à commencer par donner des gages sur le terrain du « pouvoir d’achat ». C’est dans cette logique qu’à la sortie de la réunion, Elisabeth Borne a annoncé que le projet de loi sur le pouvoir d’achat prévu pour l’été serait avancé et adopté dans le Conseil des ministres avant les élections législatives. Un choix qui témoigne de la fébrilité du gouvernement, face à la situation économique mais aussi au défi des législatives, où la macronie affrontera une union de la gauche déterminée à rogner sa majorité voire à en conquérir une.

Pouvoir d’achat : canaliser la colère sociale sans (trop) toucher aux intérêts du patronat ?

Le projet de loi « sur le pouvoir d’achat » sera donc discuté en amont des élections des 12 et 17 juin pour « qu’il soit présenté à la représentation nationale sitôt qu’elle sera élue » selon Olivia Grégoire, la nouvelle porte-parole du gouvernement. Celui-ci comprend le maintien du bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité, le potentiel maintien de la remise sur le prix du carburant et le déploiement du chèque alimentaire – sans précision encore sur comment celui-ci sera alloué.

Dans le même temps, le gouvernement essaye tant bien que mal de donner des gages sur le terrain des prestations sociales, au travers de l’indexation des retraites sur l’inflation, le dégel du point d’indice dans la fonction publique, mais également autour de « l’incitation » aux entreprises à « améliorer la rémunération de leurs salariés » au travers de « la pérennisation et le triplement de la prime Macron ».

Des mesures en forme de gages « sociaux » qui apparaissent comme très limitées, au vu non seulement de l’augmentation historique de l’inflation mais aussi plus structurellement de la faiblesse des salaires et des pensions. De fait, les rafistolages proposés par le gouvernement visent à compenser à la marge les baisses de salaires réel face au refus du patronat d’augmenter les salaires, pour éviter que la contestation sur ce terrain ne s’intensifie dans les mois qui viennent.

Tout en participant à préserver les profits du patronat et à justifier l’austérité salariale par ses mesures, le gouvernement cherche cependant à mettre en scène un pseudo encouragement à des augmentations de salaires. Une rencontre avait ainsi lieu ce lundi entre Bruno Le Maire et les organisations patronales sur cette question à l’occasion de laquelle le ministre a expliqué : « il ne faut plus qu’on puisse dire que cela coûte de travailler » rapportent Les Echos. Une injonction qui s’accompagne de la promesse de baisses des impôts de production, donc d’une préservation partielle des profits, mais qui reste impuissante face à au patronat, vent debout face aux augmentations de salaires, arguant que celles-ci entraîneraient un renforcement de l’inflation, et exigeant, à la place, des mesures telles que la baisse des cotisations sur les heures supplémentaires.

Des gages avant les législatives

Pour la macronie, ces questions sont indissociables de l’imminence des élections législatives, où son principal adversaire se situera sur sa gauche. Dans un contexte de crise importante où la question sociale va occuper le devant de la scène, le gouvernement s’inquiète de la NUPES et de l’attraction potentielle de son programme social, aussi limité soit-il, et cherche ainsi à lui couper l’herbe sous le pied.

Dans le même temps, la macronie tente de mettre sous le tapis des contre-réformes clés grosses de tensions sociales, à commencer par la réforme des retraites. Ce week-end, Elisabeth Borne déclarait ainsi dans le Journal Du Dimanche que « les 65 ans, ce n’est pas un totem ». « Pas question d’agiter trop fort le chiffon rouge ou le boulet du report de l’âge légal avant le scrutin » analysent Les Echos.

Le « dialogue social » continue en revanche de figurer au premier rang de l’affichage du gouvernement, alors que le nouveau ministre du Travail organisera une réunion avec les dirigeants syndicaux cette semaine. Des gages sociaux qui pourraient cependant très vite provoquer une inquiétude dans des secteurs de la classe dominante, qui craignent depuis la réélection de Macron que la promesse d’une « nouvelle méthode » du gouvernement limite in fine l’application du programme d’attaques sociales qu’elle appelle de ses vœux mais aussi qu’elle « aggrave les déficits ».

En tous les cas, la première journée du gouvernement Borne vient à nouveau confirmer la fébrilité de la Macronie. Une brèche face à laquelle l’urgence devrait être de préparer une riposte à la hauteur, pour arracher des augmentations de salaires pour l’ensemble de notre classe, sans tomber dans les illusions véhiculées par le « dialogue social » ou les promesses électorales de la NUPES.



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