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Casse sociale

Durée d’allocation, durcissement des règles : Attal précise son offensive contre l’assurance chômage

Attal va décider de nouvelles restrictions de l’assurance chômage d’ici peu. Une nouvelle attaque contre les plus précaires pour financer la dette, à quelques jours du verdict des agences de notation.

Antoine Weil

23 avril

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Durée d'allocation, durcissement des règles : Attal précise son offensive contre l'assurance chômage

Photo : franceinfo

Lundi 22 avril, le ministère du travail a annoncé qu’il prendrait un décret dans les prochaines semaines pour revoir les règles d’indemnisation de l’assurance chômage, qui devront rentrer en vigueur à compter du 1er juillet prochain. De cette manière, le gouvernement coupe l’herbe sous le pied aux directions syndicales et patronales en décidant à leur place, faute d’un accord entre elles sur l’intégralité de la réforme. Un moyen pour Macron et Attal d’humilier les syndicats et de lancer une nouvelle offensive contre les chômeurs.

12 mois maximum d’indemnisation, durcir le droit au chômage : les pistes du gouvernement pour s’en prendre aux chômeurs

Il annonçait la couleur dès son discours de politique générale : Gabriel Attal a été nommé avec pour mission de faire la guerre aux chômeurs, et de défendre la « valeur travail » en s’attaquant aux acquis sociaux.

C’est donc pour appliquer la volonté gouvernementale d’organiser le « retour rapide en emploi des chômeurs indemnisés », que le Premier ministre devrait mettre en place une série de restrictions au droit au chômage d’ici peu. Discutées depuis plusieurs semaines, ces dispositions doivent être prises d’ici au 30 juin, via un « décret de carence », et le gouvernement compte procéder de cette manière jusqu’à la fin du mandat de Macron.

Parmi les pistes évoquées, que relaie le quotidien Les Echos, la durée maximale d’indemnisation devrait être à nouveau réduite. Alors qu’elle est pour l’instant de 18 mois pour les travailleurs de moins de 53 ans, le Premier ministre voudrait la faire passer à 12 mois seulement. Pour rappel, au début du premier mandat de Macron, la durée d’indemnisation maximum était de 24 mois. Depuis, celle-ci a été abaissée à 18 mois, tout en durcissant les conditions d’accès. Mais ce n’est toujours pas suffisant pour le gouvernement, qui veut continuer de fragiliser les conditions de vie des chômeurs, en élargissant toujours plus le nombre de personnes visées.

Déjà évoquée le mois dernier, le gouvernement planche également sur la piste du chômage des séniors. Si les travailleurs de plus de 53 ans bénéficient au maximum de 22 mois et demi d’allocations en raison des difficultés pour les séniors de trouver un emploi, l’âge limite risque de passer à 55 ans. Attal veut ainsi repousser de deux ans, pour se mettre en conformité avec la réforme des retraites, qui oblige elle aussi à travailler deux années de plus. Comme quoi, la « mère des batailles » du macronisme est la porte d’entrée pour restreindre toujours plus les droits sociaux.

Enfin, Les Échos évoquent la possibilité que le gouvernement révise les conditions d’éligibilité aux allocations chômages, ce qui implique d’augmenter le nombre de mois de travail nécessaire pour les obtenir. Là encore, le gouvernement veut poursuivre une initiative qu’il a entamée depuis plusieurs années. Depuis 2021 en effet il faut travailler 6 mois sur les 24 derniers pour ouvrir ses droits au chômage, contre 4 mois sur les 27 derniers auparavant. Cette option serait privilégiée par l’exécutif car c’est elle qui permettait de faire le plus d’économies, sur le dos des chômeurs et des précaires.

Car c’est bien là la raison principale qui pousse Attal à s’en prendre de nouveau aux allocataires du chômage : avec une dette importante et des dépenses militaires records, il faut trouver de l’argent en urgence. Dès lors, le timing de l’annonce de la nouvelle restriction de l’assurance chômage, quelques jours avant le verdict des agences de notation Fitch et Moody’s vendredi prochain, n’est pas anodin. C’est que les 154 milliards d’euros de dette en 2023, soit 5,5 points du PIB, inquiètent les marchés financiers. En avril 2023, la dégradation de la note française par l’agence Fitch avait ainsi été un coup dur pour le macronisme, qui a fait de la supposée « réussite économique » son principal argument pour défendre son bilan et 7 ans d’attaques antisociales.

La confirmation par le ministère du travail ce lundi intervient donc comme une tentative de la dernière chance pour éviter une dégradation de la notation de la dette française. Même si on ignore encore ce que le gouvernement retiendra parmi les différences pistes d’économies annoncées, il n’a pas caché son envie, ces dernières semaines, de durcir encore le droit au chômage.

Après des mois de discussion, une nouvelle démonstration de l’impasse du dialogue social

Dans ces conditions, les annonces du gouvernement, qui s’enthousiasme de pouvoir reprendre directement la main sur l’assurance chômage, finissent par illustrer une nouvelle fois l’impasse du « dialogue social ».

Les directions syndicales avaient pourtant une nouvelle fois joué le jeu des dites « concertations » en allant jusqu’à l’humiliation : depuis le mois d’août 2023, les syndicats et organisations patronales ont tenté de se mettre d’accord pour les nouveaux critères de prestation des demandeurs d’emploi à partir d’un « document de cadrage » adressé par le Premier ministre. Une nouveauté alors qu’au cours des cinq dernières années l’exécutif a décidé unilatéralement de ces règles. Après la réforme des retraites, passée à coup de mesures anti-démocratiques, le gouvernement semblait offrir aux directions syndicales une porte de sortie, avec la possibilité d’obtenir quelques miettes.

Une manœuvre évidente du gouvernement qui comptait bien utiliser la séquence du « dialogue social » pour canaliser la profonde colère exprimée pendant la réforme des retraites. Mais bien que les objectifs de Macron n’aient jamais été aussi clair, comme l’illustrent ses attaques sur le RSA, les directions syndicales ont légitimé à plein l’ensemble du processus de « négociation » avec le grand patronat au nom de la défense du « paritarisme ».

Profitant de la docilité des syndicats et de « l’échec » annoncé des concertations « pour un nouveau pacte de la vie au travail » le 10 avril, Attal opère un tour de vis supplémentaire, en accélérant l’offensive contre le monde du travail, avec une nouvelle attaque d’ampleur contre les chômeurs.

Face à un tel bilan du « dialogue social », qui montre plus que jamais qu’il est non seulement une impasse mais un outil clé pour entretenir la passivité du monde du travail, il est urgent d’en tirer le bilan et de rompre définitivement avec toute illusion que des avancées sociales peuvent s’obtenir dans les couloirs de Matignon.

Contre l’offensive généralisée que l’exécutif lance contre les travailleurs et les services publics, sans compter l’austérité qui vient pour de nouvelles « économies » au service du tournant militariste, ce n’est pas sur le terrain du « dialogue social » mais de la mobilisation, et de la construction d’une riposte d’ensemble qui articule la lutte contre l’offensive répressive qui criminalise toujours plus les soutiens à la Palestine, et son corrélat qu’est l’offensive antisociale et anti-ouvrière, qu’il nous faudra répondre.


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