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Opinion

La rencontre Blinken/Xi ne mettra pas fin à la rivalité sino-américaine

Il s’agit d’un signe d'apaisement de la part de l’administration Biden à l’égard de la Chine mais qui ne mettra fin à la tendance de fond à la rivalité entre les deux puissances.

Philippe Alcoy

20 juin 2023

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La rencontre Blinken/Xi ne mettra pas fin à la rivalité sino-américaine

C’est la visite d’un haut dirigeant étatsunien la plus importante en Chine depuis 2018. Et elle n’a pas lieu à n’importe quel moment. En effet, si l’administration Biden a maintenu la ligne dure « héritée » du gouvernement de Donald Trump vis-à-vis de la Chine, le déclenchement de la guerre en Ukraine a approfondi les tensions et la rivalité entre les Etats-Unis et leurs alliés, d’une part, et la Chine, alliée à la Russie de Poutine, de l’autre. Qui plus est, les relations entre Pékin et Washington se sont tendues ces derniers mois à la suite de certains incidents : ballon espion chinois abattu au-dessus du territoire nord-américain au mois de février, ce qui avait poussé Blinken à repousser sa visite en Chine ; révélation d’une base d’espionnage chinoise à Cuba ; des incidents navals et aériens en Mer de Chine ; approfondissement de la politique d’endiguement de la Chine par les Etats-Unis, entre autres.

C’est dans ce contexte que le secrétaire d’Etat étatsunien, Antony Blinken, s’est rendu ce week-end en Chine et y a rencontré des dirigeants de premier ordre du régime chinois dont Xi Jinping lui-même. Ce voyage témoigne d’une volonté affichée par le gouvernement de Biden de faire baisser les tensions entre les deux pays et d’ouvrir des voies de discussion entre eux. Le voyage a été critiqué par des représentants du parti Républicain, partisans d’une ligne plus « dure », ce qui révèle un certain désaccord au sein de l’establishment impérialiste nord-américain quant à l’approche à l’égard de la Chine, quand bien même républicains et démocrates partagent les grandes lignes stratégiques à adopter face à Pékin.

En effet, même si Blinken, et les dirigeants chinois eux-mêmes, semblent satisfaits des différentes rencontres, tout cela n’indique pas un changement des tendances de fond dans la relation entre les deux puissances. L’impérialisme étatsunien semble chercher une forme de cohabitation dans le cadre de leur rivalité, tout en évitant le plus possible des risques de confrontation armée ou des « accidents ». En ce sens, le Wall Street Journal rapporte les paroles du ministre des affaires étrangères du Singapour, Vivian Balakrishnan, pour qui « les États-Unis et la Chine ne vont pas converger mais devraient parvenir à un "modus vivendi", c’est-à-dire une manière de coexister sans conflit ».

En novembre dernier, une partie de la presse internationale insistait sur le « réchauffement » potentiel entre les Etats-Unis et la Chine après la poignée de main entre Joe Biden et Xi Jinping à Bali, lors du G20. Une tentative de montrer des signes d’apaisement qui peinait à convaincre tant la tendance de fond de montée des tensions entre les deux Etats s’était très rapidement remise au centre. A peine trois mois après la fameuse poignée de main, la crise des ballons d’observation éclatait en février 2023.

Cela s’explique non seulement par le fait que Washington veuille éviter un conflit, mais aussi parce que son économie reste fortement liée et en quelque sorte dépendante de la Chine, et vice-versa. Ainsi, l’année dernière le commerce entre les Etats-Unis et la Chine a atteint un record de 700 milliards de dollars. Cependant, cela ne veut pas dire que l’impérialisme nord-américain ne cherche pas à atteindre ses propres objectifs et à contenir une puissance montante comme la Chine qui pourrait devenir un obstacle pour sa domination en tant que principale puissance mondiale, voire les concurrencer. Ainsi, toujours selon le Wall Street Journal : « Blinken a indiqué qu’il avait également rencontré lundi des membres de la communauté des affaires américaine, dont beaucoup ont exprimé le souhait de continuer à développer leurs activités en Chine. Il a déclaré qu’un découplage total des économies américaine et chinoise serait désastreux, soulignant le niveau record des échanges commerciaux entre les deux pays l’année dernière, mais il a ajouté que les États-Unis continueraient à prendre des mesures pour rendre les chaînes d’approvisionnement américaines plus résistantes et refuser à la Chine les technologies qui menacent la sécurité nationale des États-Unis ».

Le Washington Post, qui dans un édito salue l’initiative de l’administration Biden, résume les dernières politiques hostiles à la Chine de ces dernières semaines ainsi : « Au cours des mois qui se sont écoulés entre la visite reportée de M. Blinken et aujourd’hui, l’administration Biden a fait pression sur des alliés tels que le Japon et les Pays-Bas pour qu’ils se joignent aux États-Unis afin de restreindre la vente à la Chine d’équipements clés pour la fabrication de semi-conducteurs. Les États-Unis ont pris des mesures pour renforcer leurs alliances militaires dans la région Asie-Pacifique, notamment avec les autres pays du "Quad", le Japon, l’Inde et l’Australie, et pour étendre les accords d’accès aux bases avec les Philippines. L’administration Biden va également de l’avant avec son accord-cadre économique indo-pacifique entre une douzaine de pays, mais en excluant délibérément la Chine ».

Cette situation mène certains analystes à exprimer des points de vue sceptiques quant à un « retour à la normale » des relations sino-américaines. Ainsi, Bates Gill directeur du Center for China Analysis dans l’Asia Society Policy Institute écrit : « aussi positives que puissent être ces tendances au réchauffement, les perspectives de dégel se heurtent à une réalité froide et dure : sur le plan géopolitique, les États-Unis et la Chine se méfient profondément l’un de l’autre. Il est peu probable que cela change bientôt. Les relations entre les États-Unis et la Chine resteront solidement gelées dans un avenir prévisible ».

Une autre hypothèse sur le sens de cette visite et de la politique générale de Biden, qui n’est pas contradictoire avec ce que l’on a dit précédemment, c’est que les Etats-Unis cherchent à calmer leurs relations avec la Chine afin d’affaiblir l’alliance de celle-ci avec la Russie. Il s’agirait d’une forme de répétition, dans un contexte complètement différent, de la politique de Nixon de rapprochement à l’égard de la Chine pour l’éloigner de l’URSS dans les années 1970. Cette possibilité semble très peu probable aujourd’hui étant donné le caractère profond de la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis.

Cependant, cela ne veut pas dire que la Chine ne cherche pas elle aussi une forme de cohabitation permettant de poursuivre les affaires. En ce sens, le People’s Daily rapporte que « le président chinois Xi a déclaré à Blinken que la Chine respecte les intérêts des États-Unis et ne cherche pas à les défier ou à les supplanter, et que, dans le même ordre d’idées, les États-Unis doivent respecter la Chine et ne pas porter atteinte aux droits et intérêts légitimes de la Chine ». Autrement dit, et contrairement aux illusions sur un pouvoir chinois « alternatif » et « moins nocif » que l’impérialisme nord-américain et occidental, le régime chinois dit clairement qu’il respecte le droit des Etats-Unis à spolier des peuples dans les quatre coins du monde à condition que ce respect soit réciproque.

Les travailleurs, la jeunesse et l’ensemble des exploités et opprimés n’ont aucun intérêt dans cette rivalité réactionnaire sino-américaine. Non seulement elle oppose des pouvoirs profondément anti-ouvriers, qui savent très bien se mettre d’accord pour écraser les droits et les conditions de vie des masses laborieuses, mais aussi sous prétexte de « nouvelle Guerre Froide » différents régimes bourgeois qui mettent en place des mesures répressives, bonapartistes et anti-démocratiques limitant les droits politiques et sociaux des travailleurs.


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