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Casse sociale

Argentine : Milei trouve un accord avec la caste pour voter une version réduite de sa loi Omnibus

En Argentine, la loi Omnibus « XS » a été approuvée, et les différents articles du texte sont en passe d'être approuvés au Congrès. En revoyant ses ambitions à la baisse, Milei est parvenu à un accord avec la droite pour mener une offensive d’ampleur contre les travailleurs.

Antoine Weil

30 avril

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Argentine : Milei trouve un accord avec la caste pour voter une version réduite de sa loi Omnibus

Crédits photo : La Izquierda Diario

En Argentine, la nouvelle version de la loi Omnibus, qui permet des privatisations massives et un renforcement du pouvoir exécutif, a été approuvée ce mardi. Si les parlementaires doivent encore se prononcer article par article, cette loi pourrait être la première que le gouvernement d’extrême-droite de Javier Milei réussit à voter depuis son arrivée au pouvoir en décembre dernier.

Alors que la première version de la loi, qui impliquait une vaste remise en cause du droit du travail, du droit de propriété et des prérogatives de l’exécutif et du législatif, a été rejeté en février dernier, Milei espère avoir trouvé un accord avec les parlementaires. Les députés de droite du PRO et de l’UCR (Union civique radicale) ont ainsi permis l’approbation d’un premier texte, avec 142 voix pour, 106 contre et 5 abstentions, se prononçant donc pour la loi en général et le principe du texte.

Il reste cependant aux députés à se prononcer sur chacun des articles de la loi. En février, c’est lors de cette étape que la majorité avait fait défaut à Milei, faute d’un accord avec la droite et le secteurs « dialoguistes » représentants des gouverneurs de provinces prêts à collaborer avec Milei. Désormais, l’approbation large de la loi laisse penser qu’un accord a été trouvé, en échange de quelques concessions.

Cette nouvelle version « XS » de la Loi Omnibus ne représente pas moins une offensive massive contre les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires. Elle comprend notamment des attaques sur le droit du travail, la retraite à 65 ans pour les femmes, qui disposaient alors d’un départ anticipé, et quatre délégations de pouvoir du législatif en direction de l’exécutif, contre 12 dans le projet initial. On assiste ainsi à un renforcement inédit du pouvoir présidentiel, qui marque un tournant bonapartiste, quoi qu’en-deçà des ambitions de départ de Milei.

Certaines dispositions ont d’ores et déjà été votées, comme la privatisation de grandes entreprises d’Etat comme Aérolineas de Argentina ou la radio et télévision publique. D’autres devraient faire l’objet de négociations dont l’issue demeure incertaine, comme la réforme sur le travail, qui a été adoptée et que la droite de l’UCR voudrait renforcer au Sénat. Les désaccords portent également sur la mise en place d’un « Régime d’incitation aux grands investissements (RIGI) » afin d’accorder d’énormes avantages fiscaux aux grands investisseurs et la libre disponibilité des dollars jusqu’en 2038, alors que la conversion de monnaie en dollar est règlementée et limitée en Argentine. Cette nouvelle règlementation devrait notamment profiter aux capitalistes du secteur minier, et pourrait être largement utilisée pour le blanchiment d’argent. Sur ce point, la droite et l’extrême-droite s’écharpent sur le degré d’ouverture de ce régime, et s’il faut l’ouvrir aux petites et moyennes entreprises. En fin d’après-midi, les péronistes du Parti Justicialsite ont apporté leur soutien à cette mesure, alors qu’ils disent s’opposer à la loi

En somme, le gouvernement soit-disant « anti-caste » de Milei semble parvenu à un accord dans les grandes lignes avec la droite, les péronistes conservateurs et les gouverneurs des Province, grâce à des semaines de négociations dans les palais et les luxueux hôtels privés voisins du Congrès.

Toutefois, pendant que ces attaques étaient discutées, la mobilisation contre Milei continuait en parallèle, menée par les assemblées de quartier et le FIT-U, rassemblement de la gauche révolutionnaire. C’est que le vote de la loi Omnibus XS intervient moins d’une semaine après une mobilisation d’une ampleur historique, menée par la jeunesse étudiante avec 122 universités mobilisées. Au total, 1 million de personnes étaient dans la rue contre le plan d’austérité de Milei qui prévoit notamment de couper les financements des universités.

C’est donc dans ce contexte de crainte d’une contagion, et alors que la colère commence à gagner des secteurs sociaux qui ont voté pour Milei à l’automne dernier, que le gouvernement d’extrême-droite a choisi de s’accorder avec les partis du régime et notamment la droite traditionnelle. Si cette première loi votée depuis le début de mandat de Milei marque une avancée pour le pouvoir et la bourgeoisie argentine, la situation est loin d’être scellée.

En effet l’entrée du mouvement étudiant le 23 avril dernier dans la lutte contre Milei a changé la situation en Argentine, tant son nombre et sa détermination ont tranché avec la passivité des directions syndicales et du péronisme, qui entretiennent le pessimisme quant à la possibilité de victoires par la mobilisation. En ce sens, l’attitude de la CGT, principale centrale syndicale affiliée au péronisme, apparait plus que jamais en dessous des besoins des travailleurs. Les dirigeants du syndicats ont en effet assisté au vote de cette attaque historique depuis leur télévision, sans proposer aucune opposition dans la rue. Une trahison de plus pour la centrale, qui répond aux objectifs du péronisme d’empêcher une explosion sociale pour espérer canaliser la colère contre Milei lors des prochaines élections. A l’inverse, c’est la mobilisation par en bas des travailleurs et de la jeunesse qui permettra de faire reculer le gouvernement d’extrême-droite, dans le sillage d’un grand mouvement du 23 avril.


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