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La France suspend les visas pour les étudiants du Mali, du Niger, et du Burkina Faso

Alors que l'impérialisme français est remis en cause dans ces pays aujourd'hui, la France attaque la jeunesse africaine qui subit déjà les conséquences de ses politiques au quotidien.

Raji Samuthiram

22 septembre 2023

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La France suspend les visas pour les étudiants du Mali, du Niger, et du Burkina Faso

Crédits photo : Université Saint-Charles à Marseille, Wikipedia Commons

Alors que la France est toujours confrontée à la crise dans son pré-carré historique du Sahel, elle suspend maintenant la délivrance des visas pour les étudiants venant du Mali, du Niger, et du Burkina Faso. Une manoeuvre diplomatique qui va affecter la jeunesse africaine et les étudiants étrangers, qui subissent déjà la politique xénophobe du gouvernement en France.

La France veut faire payer aux étudiants maliens, burkinabés et nigériens la crise de l’impérialisme

Le ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur a voulu justifier cette décision on évoquant la fermeture des services consulaires français dans ces pays, estimant être : « contraint de suspendre nos services de visas et notre coopération civile pour des raisons de sécurité ». En réponse à sa déstabilisation et à la forte opposition à la présence militaire français dans ces pays, la puissance impérialiste, vexée, adopte une nouvelle réponse punitive, après la suspension de tout visa depuis les capitales des trois pays début aout, et la suspension de la coopération artistique avec les professionnels de ces trois pays.

C’est la jeunesse de ces trois pays qui subira directement les conséquences de cette manoeuvre diplomatique. Alors que l’impérialisme français a semé le désordre dans la région depuis des décennies, notamment à travers le pillage des ressources naturelles par des multinationales ou encore par le maintien du franc CFA, ce sont aujourd’hui les jeunes qui en subissent les conséquences, alors qu’ils représentent une large majorité de la population locale, au Niger par exemple la moitié de la population a moins de 18 ans. Une jeunesse faisant souvent face à des taux de chômage élevés et un manque de perspective dans des pays appauvris et endettés par cette même politique française. Dans ces conditions, certains misent donc sur la perspective d’une éducation en France, ce que Macron a d’abord souhaité encourager comme dans son discours de Ougadougou de 2017, afin de s’attirer le soutien des franges plus aisées de la population burkinabée. Une déclaration qui était déjà hypocrite à l’époque, alors qu’il a restreint l’accès à l’enseignement supérieur avec la réforme Bienvenue en France, augmentant les frais d’inscription pour les étudiants étrangers—désormais dix fois supérieurs à ceux pour les Européens. Avec ensuite la pénurie organisée des visas, puis la punition des étudiants lorsque les tensions diplomatiques sont exacerbées avec leurs Etats, le gouvernement a ainsi clairement montré le traitement qu’il réserve aux étudiants étrangers originaires de pays africains.

Enfin, ceux qui parviennent à accéder aux études en France sont confrontés à la discrimination raciste ainsi qu’à la précarité, en raison du non-accès aux aides sociales, aux bourses, et à un travail déclaré. Cela s’ajoute aux pressions croissantes de la sélection à la fac qui entravent l’accès à l’éducation supérieure à énormément de jeunes et particulièrement les étudiants étrangers et des quartiers populaires.

Une nouvelle mesure raciste du gouvernement

Un traitement discriminatoire, qui fait plus largement écho à la politique xénophobe contre les migrants. L’État applique en effet un tri raciste aux frontières systématique, comme il l’avait fait pour les étudiants réfugiés de la guerre d’Ukraine en 2022. Aujourd’hui, alors que la droite et l’extrème-droite se jettent sur l’arrivée 11 000 migrants à Lampedusa pour déployer leur venin xénophobe, le gouvernement Macron s’y adapte et joue même la surenchère, que ce soit avec le pacte européen sur l’immigration ou avec la nouvelle loi immigration qui devra être débattue bientôt.

Alors que la suspension des visas pour les étudiants du Niger, du Mali et du Burkina Faso rejoint l’ensemble des politiques racistes et autoritaires du gouvernement Macron, il est central que la jeunesse en France soit solidaire avec la jeunesse africaine. Face à un gouvernement qui veut répondre aux problèmes de l’impérialisme français, en militarisant la jeunesse avec le SNU obligatoire et poursuit son tournant sécuritaire avec l’interdiction islamophobe des abayas dans les écoles et par la répression des jeunes révoltés après la mort de Nahel, la jeunesse à tout à gagner à lutter avec les étudiants étrangers victimes des jeux diplomatiques qui découlent de la crise de l’impérialisme français au Sahel.

A ce titre, il faut poursuivre le combat pour une université ouverte à tous·tes, sans condition de nationalité ou de diplôme, ainsi que l’abrogation de toutes les réformes sélectives. A l’instar de la campagne que nous avons mené pour l’inscription des étudiants venus d’Ukraine en 2022, cette bataille doit aller de pair avec une lutte contre l’ensemble des politiques racistes et xénophobes du gouvernement, pour la régularisation de tous·tes et l’ouverture des frontières !


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