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Du Pain et des Roses

Impunité

Accusé de viols, Abad restera au gouvernement : Borne applique la jurisprudence Darmanin

Ce lundi, le premier conseil des ministres du gouvernement Borne a été l’occasion de traiter des accusations de viol contre Damien Abad dévoilées ce week-end. Et la ligne de la macronie est claire : l’impunité reste la règle, et aucune mesure ne sera prise tant que la « justice » n’aura pas tranchée.

lundi 23 mai

Crédits photo : AFP

Accusations de viol contre Abad : le gouvernement applique la jurisprudence Darmanin

Ce lundi, le premier conseil des ministres du gouvernement Borne était l’occasion de traiter la « première affaire » de Macron II : les accusations de viol contre Damien Abad dévoilées ce week-end. Deux femmes ont en effet témoigné avoir été violées par l’ancien chef des députés LR à l’Assemblée, nommé la semaine dernière Ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées.

Des témoignages dont LREM/Renaissance a nié tout le week-end avoir eu connaissance, mais dont Mediapart a révélé qu’ils lui avaient bien été signalés la semaine dernière. Depuis, les révélations abondent et démontrent que les faits et la réputation d’agresseur de Damien Abad était largement connus. Par-delà les témoignages de viol, le secrétaire général de LR Aurélien Pradié rapporte ainsi à Mediapart avoir été témoin de « gestes déplacés » et de « propos intolérables » sur une « collaboratrice du groupe, lors d’un dîner ». Des comportements sur lesquels les Républicains s’étaient évidemment bien gardés d’enquêter en interne et de publiciser jusqu’à ce que Damien Abad quitte leur organisation…

A l’issue du Conseil des Ministres, la nouvelle porte-parole du gouvernement a rendu compte de la décision du gouvernement suite à ces accusations. Et sans surprise, c’est une nouvelle fois la jurisprudence Darmanin qui s’appliquera. « Dans cette affaire, l’enjeu c’est l’établissement de la vérité. C’est à la justice de le faire. Elle est la seule à pouvoir ou devoir trancher. » a ainsi expliqué Olivia Grégoire. En clair : le gouvernement ne prendra aucune mesure tant que la justice, dont on connaît la faculté à blanchir les agresseurs, surtout quand ils ont le profil de Damien Abad, ne se sera pas prononcée.

L’instrumentalisation crasse d’une enquête bâclée au service de l’impunité

Pour justifier sa décision en faveur de l’impunité, Olivia Grégoire s’est par ailleurs permise une instrumentalisation crasse de l’historique judiciaire d’un des deux témoignages, expliquant que l’affaire avait déjà été présentée devant la justice et « classée sans suite à deux reprises ». Une manière de mettre en doute la parole d’une des deux victimes.

Or si l’information est formellement vraie, elle masque la réalité derrière les deux procédures ouvertes pour viol (pour la même affaire) qui ont eu lieu en 2012 et 2017. Émanant d’une ancienne militante centriste prénommée Margaux, la première avait été classée. A l’époque la militante avait témoigné puis hésité à porter plainte avant de se rétracter par « peur des conséquences. » En 2017, la plainte était allée au bout mais s’était soldée par une enquête bâclée, très révélatrice du traitement des violences sexuelles par l’institution policière. « L’enquête, résumée en trois pages dans le procès-verbal de synthèse, n’a pas été approfondie. Ni l’entourage de Damien Abad, ni ses assistant·es, ni les cadres ou militant·es de son parti n’ont été auditionnés. La justice n’a pas non plus mandaté d’expert médical pour établir objectivement ses facultés physiques. » rapporte Mediapart.

Malgré ces éléments, LREM persiste et signe en défendant, après Gérald Darmanin, l’impunité de Damien Abad. Dans ce cadre, les propos liminaires de Olivia Grégoire expliquant que « le gouvernement est aux côtés de celles qui, suite à une agression ou à du harcèlement, ont l’immense courage de parler » résonnent à nouveau comme du profond cynisme, de même que l’idée répétée depuis cinq ans que les violences sexuelles seraient « au cœur des priorités » du gouvernement. En réalité, comme l’a encore montré récemment la volonté jusqu’à la dernière minute d’investir un député condamné pour violences conjugales ou encore l’attitude vis-à-vis de Darmanin, la priorité de LREM c’est de garantir l’impunité des agresseurs en son sein, et d’instrumentaliser les violences sexuelles lorsque cela arrange son agenda réactionnaire et anti-social. A l’instar de la réforme des retraites, qui promet par ailleurs une profonde dégradation des conditions de vie des femmes et des personnes LGBTI et de surcroît leur capacité à faire face aux violences sexistes et sexuelles.

Il faut dénoncer cet énième crachat sur l’ensemble des victimes de violences sexuelles, mais également se préparer à mener le combat sur ce terrain, en alliance avec le mouvement ouvrier, face à tous ceux qui veulent défendre l’impunité, à commencer par le gouvernement.



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