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Féminisme ?

8 mars : non, le collectif Nous Vivrons n’avait rien à faire dans la manifestation !

Depuis le 8 mars, une polémique enfle autour du collectif « Nous Vivrons », qui affirme avoir été exclu de la manifestation pour des raisons antisémites. Un récit qui tord totalement la réalité, et tente de faire oublier les violences commises par le service d’ordre de cette organisation pro-Israël.

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8 mars : non, le collectif Nous Vivrons n'avait rien à faire dans la manifestation !

Le cortège de « Nous Vivrons » le 8 mars dernier.

Depuis le vendredi 8 mars, les tensions survenues au cours des manifestations pour la journée de lutte pour les droits des femmes à Paris et à Bordeaux font les joies des grands médias. Marianne, Le Point, Libération ou L’Express prétendent décrire en toute objectivité ce qu’il s’est passé le 8 mars, rapportant que le cortège du collectif Nous Vivrons a été « exfiltré » ou « empêché de manifester après des violences » parce que composé de femmes juives.

Une nouvelle campagne contre les féministes pro-Palestine

Dans ce nouveau procès instrumentalisant la lutte légitime contre l’antisémitisme et s’appuyant sur le seul récit des militantes de Nous Vivrons, Marianne reprenant même dans l’intitulé de son article l’affirmation délirante selon laquelle « sans service d’ordre, cela aurait viré au pogrom de femmes juives », les coupables sont évidents : les militants·e· pro-Palestinien·ne·s. Comme au lendemain du 25 novembre, on assiste ainsi à un déferlement médiatico-politique, s’attaquant entre autres aux secteurs radicaux du mouvement féministe.

Des accusations extrêmement graves et en total décalage avec la réalité, dont s’est saisi l’État pour poursuivre sa répression. Laurent Nunez, le préfet de police de Paris, a ainsi déclaré ce lundi 11 mars qu’il a « saisi la justice » et « identifié les auteurs avec des noms précis ». Alors que le collectif a reçu des messages de soutien de la part de la Fondation des femmes, de la ministre chargée de l’égalité hommes femmes Aurore Bergé, de la LICRA, du président du CRIF, de la sénatrice PS Laurence Rossignol mais aussi de figures de l’extrême-droite comme Marine Le Pen ou Julien Odoul, c’est ainsi à un nouvel épisode de l’offensive contre les soutiens de la Palestine que nous assistons.

Une offensive médiatique pour faire oublier la violence du service d’ordre de Nous vivrons ?

Cette offensive médiatique tente en réalité de faire oublier les images largement diffusées vendredi dernier et tout le week-end : celle du service d’ordre de Nous vivrons, exclusivement masculin, masqué, muni de gazeuses et de gants coqués, frappant violemment des manifestant·e·s un 8 mars, envoyant même plusieurs personnes à l’hôpital, et agressant plus tôt dans la manifestation des militantes pro-palestiniennes. Des scènes qui étaient malheureusement prévisibles tant la présence dans la manifestation d’un collectif pro-Israël qui s’est construit sur la dénonciation violente des féministes pro-Palestine, insultées le 25 novembre dernier de « féministes à la Hamas » ou de « complices des terroristes », ne pouvait apparaître que comme une provocation en pleine poursuite du génocide à Gaza.

Très loin des discours construits par les médias, et relayés avec complaisance jusque dans des secteurs de la gauche, Nous vivrons est loin d’être un collectif « féministe ». Se revendiquant d’un « féminisme universaliste » et « républicain » qui a historiquement le faux-nez des instrumentalisations racistes des droits des femmes, Nous vivrons est orienté autour de la dénonciation des crimes commis le 7 octobre, dénonçant la supposée complicité des féministes et de la gauche avec le Hamas, au service de la défense de l’État d’Israël et sans un mot pour les dizaines de milliers victimes palestiniennes ou sur les violences sexuelles perpétrées par les soldats israéliens. Amalgamant en permanence la critique de l’Etat d’Israël et l’antisémitisme, harcelant la France Insoumise, son discours évoque celui de l’État français mais également de secteurs pro-israéliens qui utilisent le 7 octobre pour criminaliser les soutiens de la Palestine et légitimer la politique génocidaire en cours.

Cette position pro-israélienne de Nous vivrons s’est exprimée une fois de plus à la manifestation du 8 mars, dans laquelle le cortège a notamment scandé le slogan « Israël vivra, Israël vaincra », en pleine offensive contre Rafah, situation de famine et alors que le bilan des morts en Palestine a dépassé 30,000 personnes. Quelques jours plus tôt, le collectif relayait d’ailleurs un tweet s’indignant de la une de Libération faisant état de ce chiffre. Si leur venue a abouti à de telles tensions, c’est justement parce que Nous vivrons était présent pour tenir de tels discours, diffamer à nouveau les féministes pro-Palestine et créer des incidents. De ce point de vue, comme le 25 novembre, le collectif a à nouveau réussi son coup.

Soutiens du génocide, extrême-droite : non, toutes les « femmes » n’ont pas leur place dans les manifestations du 8 mars !

Comme l’avance l’avocate Julie Arti, porte-parole du collectif, la présence de Nous vivrons avait cependant bel et bien été acceptée par les organisatrices de la manifestation, c’est-à-dire par l’inter-organisation Grève féministe (composée des représentantes des principaux syndicats, associations féministes et partis politiques de la gauche institutionnelle).

Mais précisément, cette autorisation était une erreur politique. Les organisatrices ont cédé face à la pression politico-médiatique instiguée par la droite et l’extrême-droite israélienne et ses relais en France, Aurore Bergé en tête, depuis le 25 novembre contre les féministes accusées de "complaisance" avec le Hamas. La veille de la mobilisation, différents collectifs et organisations, dont Du Pain et des Roses, s’étaient d’ailleurs opposés à cette présence en dénonçant le soutien affiché de ce collectif à la politique de l’Etat d’Israël, sans être entendus. Dans le même sens, à Bordeaux, l’assemblée féministe de Gironde qui organise la manifestation a inscrit sur la banderole de tête son soutien à la Palestine, articulé à la nécessité d’un combat antiraciste : « De Gaza à la Gironde, avec ou sans papiers, on fait tourner la société ! ». Puis, au début de la manifestation, l’AG féministe Gironde a exigé que le collectif Nous Vivrons ne puisse pas manifester, l’empêchant même de rejoindre le cortège.

Ces voix portent un message commun : le mouvement féministe doit être capable de dénoncer explicitement les organisations politiques et les collectifs qui usurpent la lutte contre les droits des femmes à des fins réactionnaires. Cette instrumentalisation est une constante ces dernières décennies, et le gouvernement Macron s’en est fait une spécialité derrière la figure de Marlène Schiappa dont Aurore Bergé reprend aujourd’hui le flambeau. Un « fémonationalisme » qu’on retrouve également du côté de l’extrême-droite, qui organise régulièrement des campagnes racistes autour de faits de violences sexuelles pour appeler à plus de répression contre les étrangers, et tente régulièrement d’infiltrer nos cortèges.

A l’heure où ce phénomène prend de l’ampleur, oui, le mouvement féministe doit être en mesure de se délimiter des formations politiques et des collectifs qui instrumentalisent la lutte contre les violences sexistes et sexuelles pour attaquer les étrangers, les musulmans, justifier les interventions impérialistes de l’Etat français, la politique de l’État d’Israël ou encore défendre les pires réformes néo-libérales. En refusant d’assumer une telle position, les organisatrices du 8 mars ont servi sur un plateau à l’État et à l’extrême-droite une nouvelle polémique qui vise à discréditer et à discipliner des secteurs du mouvement féministe.

En ce sens, la campagne actuelle contre les féministes pro-Palestine qui se sont opposées à la présence du collectif Nous Vivrons s’inscrit dans la continuité de la politique répressive du gouvernement depuis octobre dernier contre tous les soutiens à la lutte palestinienne à l’image des menaces de Aurore Bergé à l’encontre des associations féministes qui auraient selon elle tenu des « positions ambigües » sur le 7 octobre. Face à cette répression, il est nécessaire de faire front largement pour soutenir les personnes réprimées pour avoir défendu la cause palestinienne et de dénoncer le génocide en cours.

Plus que jamais, à l’heure où la situation internationale se durcit et menace les vies et les droits des femmes ainsi que de l’ensemble des exploités et des opprimés, le féminisme doit être anti-colonial, anti-impérialiste et lutte de classes. Les polémiques des derniers jours rappellent combien toute tentative de transiger sur ces principes ouvre la voie à des attaques contre le mouvement féministe dans son ensemble. Cela implique de défendre un féminisme qui ne s’adapte pas aux institutions et à l’Etat, rompent avec un féminisme inoffensif et discipliné qui sème l’illusion d’une communauté d’intérêts entre les femmes, et fait croire que les idées réactionnaires et l’extrême droite vont se combattre avant tout sur le terrain parlementaire.

Le combat contre les idées réactionnaires se jouera dans la rue, par l’organisation des femmes en indépendance de l’Etat et de ses institutions, en alliance avec le monde du travail et la jeunesse, autour de revendications qui articulent la lutte contre les oppressions patriarcales et racistes à la lutte contre l’exploitation capitaliste.


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