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Loi « Pouvoir d’achat ». Le gouvernement nous enfume, il faut indexer les salaires sur l’inflation

Après un remaniement difficile, la macronie cherche à incarner son « gouvernement d'action » autour de la « Loi pour le pouvoir d'achat » qui sera présentée le 7 juillet au Parlement. Alors que les mesures annoncées ne promettent que des miettes, un véritable programme d'urgence face à l'inflation est nécessaire et ne pourra être arraché que par le rapport de force.

mardi 5 juillet

Crédits photo : Romain Gaillard/Pool/ABACA

Macron présentera dans deux jours son projet de loi dite pour le pouvoir d’achat à l’Assemblée Nationale. Annoncé aux lendemains de sa réélection, ce projet de loi visait à calmer la colère, dans le contexte d’une inflation galopante qui rogne fortement les salaires réels et d’une tension sociale grandissante comme l’illustre la multiplication de grèves locales dans de nombreux secteurs.

Or, si la loi « pour le pouvoir d’achat » était censée donné des gages sociaux avant le passage des grandes contre-réforme du quinquennat – en tête desquelles la réforme des retraites – l’aggravation de la crise politique en fait une entreprise à haut risque pour la macronie. D’autant que la plupart des mesures, déjà égrainées par le gouvernement ne promettent que des miettes et sont loin de convaincre.

Des miettes annoncées pour calmer la colère sans toucher aux profits du patronat

Si le gouvernement annonce à qui veut l’entendre des mesures historiques, la liste annoncée par le gouvernement est non seulement bien loin du compte mais constitue même une opération d’enfumage.

L’économiste Romaric Godin a ainsi décortiqué dans un article pour Médiapart la série de mesures promises. « Ces décisions ne permettent pas de couvrir la hausse des prix et cachent une volonté de faire payer aux plus fragiles le coût de l’inflation », fustige l’économiste qui dénonce un « enjeu de communication » avant tout.

Pour cause, parmi les mesures phares annoncées figurent la revalorisation des prestations sociales à 4%, des prestations versées par la CAF à hauteur de 5%, des allocation au logement à 3,5% (assorties d’une « limitation » de la hausse des loyers à 3,5%), du point d’indice des fonctionnaires à hauteur de 3,5%. Auxquelles s’ajoutent la prolongation du bouclier tarifaire sur l’énergie et un « chèque alimentation » d’un montant de 100€ versé à 9 millions de foyers.

Or, ces revalorisations ne couvrent même pas l’inflation annuelle en juin, estimée à 5,8%, et qui devrait attendre les 7% à la fin de l’année, ce qui se traduit en une perte de salaire réel soit une diminution du niveau de vie pour les travailleuses et travailleurs. A titre d’exemple, alors que le gouvernement annonce garantir ou presque le pouvoir d’achat pour les fonctionnaires, via la revalorisation de l’indice et des hausses de traitement de 1,5% (qui ne concernent pourtant pas tous les agents), c’est en réalité une baisse réelle de traitement de 2,25 à 3,75% qu’acte le gouvernement, comme le souligne Romaric Godin. C’est sans compter que « la hausse ponctuelle qui vient d’être annoncée occulte la question du cumul des pertes de pouvoir d’achat des fonctionnaires, qui n’est absolument pas traitée », précise l’auteur.

Ces derniers jours, le gouvernement en la personne de Bruno le Maire a mis une nouvelle mesure sur la table : inciter les supermarchés et autres grandes surfaces à proposer de fortes promotions « jusqu’à 50% pour des produits de première nécessité », en déplafonnant les remises (aujourd’hui plafonnées à 34%). Cette dernière annonce qui n’engage par ailleurs à rien, est ainsi pensée comme une injonction à la consommation, et témoigne d’un profond mépris pour les classes populaires censées se jeter sur les promotions que les grandes surfaces daigneront faire. Une annonce qui cherche par ailleurs à rejeter sur les ménages eux-mêmes et sur leur capacité de débrouille la responsabilité de leur pouvoir d’achat, dans une logique toute néo-libérale.

Un enfumage total donc, qui consiste à faire mine de distribuer quelques miettes tout en continuant de rogner sur les salaires. Car c’est bien là que réside la logique de ce projet de loi : avancer quelques mesures palliatives très ponctuelles et limitées dans le temps, sans toucher aux salaires. Un moyen de préserver en totalité les bénéfices du patronat, d’ailleurs records cette année pour un grand nombre d’entreprises, et de faire reposer sur les travailleurs le coût de l’inflation.

Ces mesurettes sont à ce titre loin de convaincre et ne suffiront pas à calmer la colère. Celle-ci se cristallise au contraire de plus en plus sur la question des salaires, pour lesquels les grèves se multiplient.

La proposition de loi de la NUPES sur le pouvoir d’achat et la question des salaires

Avant même la présentation du projet de loi du gouvernement à l’Assemblée nationale, les différentes composantes de la NUPES réunies ont dévoilé ce mardi leur première proposition de loi commune. Si cette proposition de loi ne pourra figurer à l’ordre du jour de l’Assemblée faute de majorité, comme le précise Libération, l’enjeu consiste pour la première opposition à mettre en avant un contre-projet et à préparer ses amendements dans le cadre de la « guérilla parlementaire » promise par la France Insoumise (LFI).

Sans surprise, la proposition de loi – dont Libération a pu prendre connaissance – reprend le programme de la NUPES pour les élections législatives. Elle comprend ainsi des mesures destinées à améliorer le niveau des vie des populations les plus précaires ayant subi fortement les conséquences de l’inflation, à l’image de l’augmentation du SMIC à 1500€ net, du blocage des prix (notamment à 1,40€ le litre pour les carburants), de l’instauration d’une « garantie d’autonomie » visant à garantir à chaque foyer un revenu de 1102€, de la revalorisation de 10% de l’indice des fonctionnaires à 10% (contre les 3,5% annoncés par le gouvernement), ainsi que des APL.

Si ces mesures d’urgence face à la crise constitueraient une amélioration du niveau de vie de certains travailleurs, elles restent très limitées face à une inflation galopante qui tend à devenir structurelle et ne répondent pas aux difficultés que connaît notre classe. Il faut ainsi souligner que la hausse du SMIC et les revalorisations des prestations sociales permettraient de soulager ponctuellement la baisse des salaires réels induits par l’inflation, mais risqueraient d’être vite rattrapés par l’inflation. A ce titre, seule l’indexation des salaires et de l’ensemble des prestations sociales sur l’inflation pourrait garantir a minima un maintien du niveau de vie, chose que la NUPES refuse de mettre à l’ordre du jour.

En ce sens, et plus fondamentalement, le programme de la NUPES remet entre les mains du patronat la question des salaires, puisqu’il conditionne toute hausse de salaires à une négociation entre patronat et syndicats, donc au dialogue social, dans le cadre d’une « conférence sur les salaires » que la NUPES appelle de ses vœux. Une revendication de l’ordre du vœu pieux, à l’image des efforts hypocritement demandés au patronat régulièrement, qui se garde bien de tailler dans ses profits. En d’autres termes, la NUPES refuse de s’affronter réellement au patronat et cherche par là à concilier les intérêts du grand patronat.

Arracher des mesures d’urgence face à l’inflation par le rapport de force

La vague de grèves pour les salaires qui touche boîte par boîte de nombreux secteurs, à l’image du secteur aéroportuaire, de l’énergie ou des services précarisés, témoigne bien de la centralité de la question des salaires et de la nécessité vitale que devient aujourd’hui les augmentations de salaire, face à des fins de mois de plus en plus difficiles.

Si ces grèves restent pour le moment isolées les unes des autres, certaines revendications commencent à émerger, à l’image de la hausse de salaire de 300€ indexée sur l’inflation revendiquée par les grévistes de Roissy pour les travailleurs des donneurs d’ordre comme des sous-traitants, et reprise par les grévistes de Total.

Autant d’indices de la nécessité de faire entendre des mesures d’urgence à la hauteur de la crise sociale que nous traversons, comprenant l’indexation des salaires et de toutes les prestations sociales sur l’inflation et une hausse de salaire d’urgence à hauteur de 300€, à même d’unir les travailleurs autour de revendications communes.

Or, seul le rapport de force, par la grève, permettra d’arracher ces mesures d’urgence. A ce titre, si la NUPES commence sa « guérilla parlementaire » autour de ses propositions sur le pouvoir d’achat, cette réponse institutionnelle laisse à penser que la perspective législative est le moyen de s’affronter à Macron et désarme ainsi notre classe. A l’inverse, c’est sur le terrain de la lutte des classes, en s’affrontant au patronat et au gouvernement pour obtenir une autre répartition de la valeur, que doit se situer le curseur de la lutte contre Macron.

Pour cela, un plan de bataille est nécessaire, et devrait déjà passer par la coordination des différentes grèves ainsi que par un programme capable d’unir les différents secteurs de notre classe dans une lutte offensive. Une perspective en cela opposée avec le programme de la NUPES, tant sur le fond puisqu’elle exige de rompre avec le dialogue social que la NUPES appelle au contraire à renforcer via la « conférence pour les salaires » qui préserve en dernière instance les intérêts du patronat, que sur la stratégie : à rebours de la centralité du « combat » parlementaire, dans lequel les luttes sont revendiquées au mieux comme une force d’appoint, il s’agirait de faire des sièges au parlement une tribune et une caisse de résonance des luttes pour les salaires, seules à même d’imposer le rapport de force pour changer la donne.

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