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Edito

Criminalisation des militants pour la Palestine : l’autre face du soutien au génocide d’Israël

Politique extérieure et intérieure fonctionnent souvent comme les deux faces d’une même pièce, comme le démontre à nouveau l’intrication du soutien des pays impérialistes au génocide à Gaza et la criminalisation des militants qui souhaitent y mettre fin.

Nathan Deas

22 avril

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Criminalisation des militants pour la Palestine : l'autre face du soutien au génocide d'Israël

Crédit photo : arrestation des étudiants de l’université de Columbia qui occupaient leur université en soutien au peuple palestinien. Left Voice

Du soutien au génocide…

Depuis des mois, les puissances impérialistes (les États-Unis en tête) apportent un soutien sans faille au massacre des Palestiniens. Après avoir défendu unanimement (ou presque) le « droit inconditionnel » d’Israël à se défendre et avoir fabriqué les armes, les bombes et les munitions qui continuent chaque jour de faire de Gaza un amas de corps, de cendre et de poussière, le pire est encore à venir.

Israël, jouant de la menace d’une riposte massive contre l’Iran, a pu faire levier sur les États-Unis et obtenir leur accord pour une prochaine invasion de Rafah en échange de quelques gages et de la promesse de ne pas lancer une nouvelle pièce dans la machine à embrasement régional que l’État colonial avait pris grand soin d’attiser. Alors que Tsahal a déjà annoncé remobiliser deux brigades de réservistes selon Haaretz pour combattre à Gaza, le siège de Rafah s’annonce imminent.

Lire aussi : Invasion de Rafah : une nouvelle étape dans le génocide des Palestiniens

Alors que le nord de Gaza est désormais inaccessible, que les déplacés Palestiniens qui ont tenté d’y revenir ont essuyé les tirs de barrage de Tsahal et que Rafah accueille actuellement près d’un 1,3 million de réfugiés : le siège de l’ultime « retraite » des Gazaouis sera un carnage abominable. Et devrait s’accompagner d’un nouveau déplacement important de la population gazaouie, pour une partie dans le Sinaï égyptien. Du côté des puissances impérialistes, le soutien à un processus génocidaire qui entre donc dans une phase nouvelle est indissociable, ces dernières semaines, d’un durcissement sur le sol intérieur d’une politique de criminalisation de ceux et celles qui s’y opposent.

… au soutien au génocide

On pense ici immanquablement à l’Allemagne, où le soutien inconditionnel à l’État d’Israël a pris des proportions tout à fait démentielles jusqu’à l’ériger en « raison d’État » et mobiliser quelque 2 500 policiers pour interdire et réprimer un Congrès pour la Palestine. Quelques semaines plus tôt, Yanis Varoufakis, ancien ministre des Finances grec, était déclaré persona non grata sur le sol allemand, tout comme le drapeau palestinien (et même des chants irlandais), les artistes palestiniens (des expositions ont été annulées, mais aussi des financements d’institutions culturelles, etc.) ou encore la philosophe Nancy Fraser de l’université de Cologne. Exemples non exhaustifs.

On pense tout autant aux États-Unis, où Joe Bien a dénoncé, quelques heures après une intervention policière sur le campus de Columbia, « l’antisémitisme » de la centaine d’étudiants qui occupaient les lieux en soutien au peuple palestinien. Manque de chance, nombre d’entre eux étaient juifs. En mars dernier, Warren Montag, universitaire juif lui aussi, livrait un témoignage édifiant sur le « maccarthysme » et la chasse aux sorcières à l’œuvre dans les universités américaines. Claudine Gay, première femme noire à la tête de Harvard, et Minouche Shafik, présidente de l’université Columbia, convoquée à un simulacre de procès politique par le Congrès, en ont déjà fait les frais.

La France, elle, n’est pas en reste. Concomitances de calendrier riche de sens : en à peine une semaine une conférence de la France insoumise (troisième force électorale du pays) et une manifestation antiraciste (finalement autorisée) ont été interdites ; une candidate aux européennes, un syndicaliste et dirigeant politique et plusieurs personnalités publiques ont été convoqués sur fond de multiplication des procédures pour « apologie du terrorisme » ; un dirigeant syndical de la CGT a été condamné à un an de prison avec sursis pour un communiqué de soutien à la Palestine.

Politique intérieure et politique extérieure

La lutte actuelle pour défendre nos libertés politiques est dans ce contexte d’une importance cruciale. Mais, c’est encore davantage une lutte pour soutenir la Palestine. En France, en Allemagne, comme aux États-Unis, nous ne pouvons pas laisser les États complices du génocide assimiler toute dissidence avec du terrorisme alors que ce sont eux qui envoient des bombes pour tuer des Palestiniens. Nous ne pouvons pas les laisser nous réduire au silence alors qu’ils commettent par procuration un génocide.

Nos dirigeants aimeraient nous faire croire que la politique intérieure et extérieure sont deux réalités distinctes. Israël est le rappel du contraire. Depuis sa création en Palestine par les mains de l’impérialisme, l’État colonial n’a cessé d’être armé et financé par ses pères fondateurs, mais il a également rendu la pareille à ses plus proches soutiens dans un mouvement de « boomerang impérial » [1] : le centre impérialiste – la France, l’Allemagne, les États-Unis – encourage le développement de techniques et de dispositifs de contrôle colonial vers la périphérie – la Palestine et le Moyen-Orient – pour ensuite les (ré)utiliser, une fois leur efficacité éprouvée, à l’intérieur de ses propres frontières [2].

Lire aussi : Génocide à Gaza. La mobilisation du peuple jordanien montre la voie

Alors que cette intrication se renforce à l’heure du génocide à Gaza, il serait temps de rappeler à notre tour la contradiction que suscite ce « lien » : la résistance au cœur des métropoles impérialistes. En 1968, la lutte anti-impérialiste et étudiante contre la guerre au Viêt Nam stimula l’irruption des travailleurs et de la grève générale. Une tradition qu’il s’agirait plus que jamais de réhabiliter. Contre le gouvernement sanguinaire d’Israël et l’impérialisme de nos propres pays qui le soutiennent.


[1Selon le mot d’Arendt dans les Les Origines du Totalitarisme pour désigner l’imbrication d’un processus génocidaire et d’une entreprise coloniale, à savoir la Shoah comme processus ultérieur et terrible des massacres coloniaux.

[2Génocide à Gaza : des armes, des affaires et complices, Massimo Zanardi, Révolution Permanente



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