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Politique

Où sont les "jours heureux" ?

Culture : pour le déconfinement, Macron continue son mépris des travailleurs

Le plan de déconfinement du gouvernement est tombé il y a quelques jours, alors même que la situation sanitaire reste catastrophique en France comme à l’international. Parmi les dispositions, et après un an de mépris envers les travailleurs de la culture, on retrouve la tant attendue réouverture des lieux culturels que Macron souhaite utiliser pour vendre ses « jours heureux » bien illusoires.

mercredi 5 mai

Crédits photo : AFP

Des “jours heureux” pour faire oublier la gestion catastrophique de la pandémie

Lors de l’annonce de la fin du premier confinement, au printemps dernier, Macron annonçait le retour des "jours heureux" grâce à la réouverture des lieux culturels. Déjà à cette période, le président, dont la gestion de la crise sanitaire avait été marquée par les mensonges sur les masques et le manque de tests, semblait promettre une fin de crise alors que de nombreux scientifiques alertaient sur la situation.

Aujourd’hui, presque un an plus tard, après une campagne de vaccination largement en deçà des besoins, des confinements priorisant les profits plutôt que nos vies, un manque de protocoles sanitaires dans les écoles, des dîners clandestins sans gestes barrières, plus de 350.000 postes supprimés rien qu’en 2020, et près de 300 morts du virus par jours depuis novembre, revoici la promesse des « jours heureux ». Promesse par ailleurs lancée alors que la situation sanitaire globale reste alarmante, et alors qu’un premier cas du variant indien a été détecté en France. Après un rapide coup d’œil en arrière, le but de cette rhétorique du président autour des « jours heureux » paraît clair : faire oublier sa gestion catastrophique de la crise, quand bien même rien ne change.

Après un an de mépris, remettre la culture au service des dominants ?

Une tactique de déconfinement qui, comme au printemps précédent, donne à la culture le rôle de faire croire au retour des beaux jours, le gouvernement allant jusqu’à déclarer un concert test du groupe Indochine fin mai « priorité nationale ». Un évènement auquel Macron lui-même annonce participer. Le comble du mépris après n’avoir donné que des miettes aux travailleurs de la culture se retrouvant sans travail pendant l’année écoulée, y compris quand une partie d’entre eux occupaient les lieux culturels pour montrer leur détresse !

Macron demande donc à nouveau aux travailleurs de la culture d’être les petites mains de ses “jours heureux” après les avoir laissés sur le carreau pendant près d’un an, avec en prime l’étiquette “non-essentiel”. C’est pourtant la stratégie macroniste de maintenir les profits face à la pandémie, et de sacrifier à la place la vie sociale, qui est la première responsable de l’ampleur de la crise. Une situation qui révèle alors à quel point pour la classe capitaliste, la culture n’est essentielle que lorsqu’elle sert ses intérêts : dans le cas des “jours heureux” de Macron, à couvrir la misère et la violence du système capitaliste d’un vernis festif.

Reprise de l’activité culturelle, mais sous quelles conditions ?

L’autre question que pose la réouverture des lieux culturels est celle des conditions de la reprise. Le gouvernement a maintes fois démontré son incapacité à mettre en pratique des protocoles sanitaires à la hauteur, que ce soit dans les services publics, comme l’enseignement, ou dans le privé. De nombreux conflits avaient eu lieu dans le privé lors du premier confinement dans lesquels les salariés mettaient en avant le manque de mesure efficace pour protéger les travailleurs. Dans le public, l’enseignement n’a toujours pas de protocole sanitaire, malgré des grèves des enseignants dès novembre, durant laquelle certains avaient mis en place un protocole d’eux-même, contre les directions du ministère.

Mais ces conflits ne se sont pas arrêtés aux portes du monde de la culture. Fin Mars, c’était 25 bibliothèques parisiennes qui fermaient suite à un droit de retrait massif des personnels, qui dénonçaient à la fois la faiblesse du protocole sanitaire, mais aussi des pressions et un mépris de la direction posant des risques psychosociaux pour le personnel. Une fois la réouverture des lieux culturels effective, il y a fort à parier que parmi les plus importants, nombre d’entre eux préfèreront économiser sur les mesures sanitaires, quitte à mettre leur personnel, souvent précaire, en danger. Si la réouverture reste essentielle, la stratégie de sacrifice de la vie sociale ayant prouvé son manque d’efficacité, il revient alors aux travailleurs eux-même de s’organiser pour décider du protocole sanitaire à mettre en place pour leur sécurité, et celle des usagers.

Une culture ouvre, une autre meurt toujours.

Cependant, la réouverture prochaine n’implique pas pour autant que la production culturelle pourra repartir comme en période pré-covid, période dans laquelle le secteur était d’ailleurs déjà très précaire. Les grands établissements publics, que l’État continuera à financer pour son rayonnement à l’international, tout comme les grands établissements ou chaînes du privé, n’auront pas de mal à redémarrer, bien qu’on puisse s’attendre à des restrictions budgétaires. Mais le monde de la culture compte également beaucoup de petites structures, de petites troupes ou producteurs par exemple, vivant de leur programmation dans de petits théâtres ou cinémas.

Tout un pan de la culture qui, déjà marginalisé par les grands acteurs économiques du secteur avant la crise, se retrouve aujourd’hui directement menacé de fermeture. Il y a d’ailleurs fort à parier que ce secteur est un des grands "oubliés" du plan de Macron pour relancer ses “jours heureux”. En effet, c’est au sein de ces circuits de productions relayés au second plan que les projets culturels ne servant ni à engranger des profits, ni à redorer l’image du capitalisme, et étant donc fort peu utiles à la classe dominante, ont le moins de difficultés à émerger. En temps de crise, les patrons n’auront pas comme principale préoccupation de soutenir à travers l’État une production culturelle ne servant pas directement leurs intérêts.




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