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Social-libéralisme guerrier

Appel à « passer en économie de guerre » : Glucksmann lance sa campagne militariste

Raphaël Glucksmann, tête de liste du PS aux élections européennes, a appelé cette semaine à passer en « économie de guerre » en faveur de l’effort de guerre ukrainien. Une déclaration qui s’inscrit dans une surenchère militariste en Europe.

Arsène Justo

21 février

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Appel à « passer en économie de guerre » : Glucksmann lance sa campagne militariste

Crédit photo : Harald Krichel https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Raphaël_Glucksmann-1040795.jpg

Alors que les élections européennes auront lieu le 9 juin prochain, le PS entend en profiter pour se relancer électoralement, après ses 1,7% à l’élection présidentielle de 2022 et un sauvetage inespéré par LFI et la NUPES aux législatives. Dans ce cadre, le parti a refusé toute candidature commune à gauche et choisi, comme en 2019, pour tête de liste Raphaël Glucksmann, chouchou de plusieurs gros médias « progressistes » et dirigeant de Place Publique, un micro-parti social-libéral.

La tête de liste PS s’est illustrée cette semaine sur RMC, à l’occasion d’une interview donnée par Apolline de Malherbe, en affirmant la nécessité pour la France de « passer en mode économie de guerre pour la production » afin d’accroître l’aide militaire à l’Ukraine. Concrètement, le candidat socialiste appelle notamment à acheter 800.000 obus « en commun à l’échelle européenne et les envoyer en Ukraine » faute de quoi il faudrait se préparer à se demander dans les années à venir « quel type d’homme on envoie crever en Lettonie ».

Une saillie militariste qui appelle à renforcer l’investissement occidental dans la guerre en Ukraine, dans laquelle le camp impérialiste tente de se présenter en défenseur du peuple ukrainien pour défendre ses propres intérêts face à la Russie. Une politique qui profite aux marchands d’armes et aux puissances impérialistes, sans dessiner aucune issue pour le peuple ukrainien dont le droit à l’autodétermination est pris en otage à la fois par l’agression poutinienne et par la politique prédatrice de l’impérialisme occidental.

Cette rhétorique guerrière n’est pas sans rappeler les déclarations récentes d’autres responsables politiques européens. Le chancelier allemand Olaf Scholz a par exemple appelé il y a quelques jours à une production d’armes « à grande échelle » en Europe, tout en annonçant une augmentation massive de la production d’armes en Allemagne, en étroite collaboration avec le géant de l’armement Rheinmetall. Ursula Von der Leyen, présidente de la commission européenne, a de son côté appelé à « subventionner l’industrie de la Défense » lors d’un entretien donné au Financial Times la semaine dernière.
Mais cette surenchère militariste n’a pas débuté ce mois-ci. En France, Emmanuel Macron avait déjà annoncé en 2022 vouloir passer à une « économie de guerre », une déclaration rapidement suivie de l’annonce de la loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit un budget inédit de 413 milliards d’euros pour l’armée. Une rhétorique guerrière qui accompagne les politiques d’asutérité et alimente les mesures et discours autoritaires telles que le SNU, les appels récents du président à un « réarmement démographique » ou à un « réarmement civique ».

Le retour du spectre de la guerre entre puissances alimente plus largement, depuis 2022, une escalade militariste - hausse du budget de l’armée de plus de 30%, 100 milliards d’euros de budget extraordinaire alloués à la Bundeswehr - le tout justifié, d’après le chancelier Olaf Scholz, par un prétendu « tournant historique ». Pour les dirigeants de l’OTAN, la guerre a justifié en 2022 un « tournant stratégique », visant à multiplier par 7.5 les effectifs militaires de l’alliance et à l’élargir à la Finlande et à la Suède, où la crainte d’une guerre imminente sature désormais totalement le débat public.

La déclaration de Raphaël Glucksmann, qui s’inscrit dans cette rhétorique ambiante et dans un saut rhétorique généralisé indissociable de la crainte d’un retrait américain en cas d’élection de Trump, n’est pas surprenante au regard du passif du politicien. Lié à des secteurs intellectuels néo-conserveurs au début des années 2000, ce dernier est en effet entré en politique en tant que conseiller de l’autocrate géorgien Mikheil Saakachvili et s’est fait connaître pour ses indignations à deux vitesses sur les « droits de l’homme », qui lui servent de levier pour s’attaquer essentiellement aux régimes ennemis de l’impérialisme, aussi autoritaires et anti-ouvriers puissent-ils être.

La décision du PS de le désigner tête de liste est donc tout un symbole et témoigne, après un détour par la NUPES, d’un certain retour à la ligne social-libérale des dernières années, cherchant à séduire les déçus de la macronie au centre-gauche en s’alignant toujours plus sur le régime concernant des enjeux aussi centraux que la Palestine, les violences policières ou l’interdiction des abayas Face à cette surenchère militariste que certains espèrent imposer dans le débat public à l’occasion des élections européennes, en surfant sur la guerre qui continue en Ukraine, nous devons marteler qu’une « économie de guerre » ne servirait qu’à imposer l’austérité pour toute la population en échange de la prospérité pour une poignée de marchands d’armes et de grands capitalistes, qui préparent de nouveaux affrontements mondiaux. Une perspective qui n’offre évidemment aucune issue pour les travailleurs et les peuples opprimés, qui ont besoin d’une politique indépendante.


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