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Portrait

Marylise Léon à la tête de la CFDT : un nouveau visage, mais une ligne identique

Marylise Léon a succédé ce mercredi 21 juin à son ancien mentor Laurent Berger à la tête de la CFDT. A peine arrivée, elle déplore déjà l’absence de « prise de contact » de la part du gouvernement. Portrait du nouveau visage de la CFDT

Arsène Justo

28 juin 2023

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Marylise Léon à la tête de la CFDT : un nouveau visage, mais une ligne identique

Crédits photo : Anne Bruel

C’est officiel, Marylise Léon a remplacé ce mercredi 21 juin Laurent Berger à la tête de la Confédération française démocratique du travail (CFDT). Cette succession n’est pas une surprise, elle survient quelques mois après que Laurent Berger avait annoncé son intention de démissionner de son poste. Il avait à l’époque d’ors et déjà annoncé que Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT depuis 2018, lui succéderait. Cette chimiste bretonne, ancienne responsable des questions industrielles au sein du syndicat et dont beaucoup de médias bourgeois vantent la « discrétion », était jusqu’à la semaine dernière le bras droit dévoué de Laurent Berger. L’objectif de sa nomination est clair : maintenir le cap pro-patronal et pro « dialogue social » initié à la CFDT depuis maintenant plusieurs décennies et déjà suivi par Laurent Berger.

Une ligne identique à celle de Berger

La CFDT ne s’en cache d’ailleurs pas : Léon, désignée à l’unanimité dans l’ambiance feutrée du bureau national, est la continuatrice directe de son prédécesseur, ainsi que de sa ligne conciliatrice. Le gouvernement et les divers dirigeants de droite ne s’y trompent pas non plus : Elisabeth Borne a déclaré dès sa nomination que « Marylise Léon est une interlocutrice avec laquelle nous avons déjà beaucoup travaillé et échangé par le passé. Elle a une grande connaissance du monde du travail. Le fait qu’elle succède à Laurent Berger est un signe de continuité ». Gérard Larcher, président LR du Sénat a quant à lui déclaré qu’elle est « dans la même veine (que Laurent Berger). À la fois très décidée, avec de l’écoute, une volonté réformatrice, une forme d’exigence (…) Je pense qu’elle va compter, comme Berger a compté ».

La façon dont Marylise Léon est arrivée à la tête du syndicat, savamment préparée depuis plusieurs années par Laurent Berger, n’est pas une exception. C’est la cooptation qui est généralement préférée en interne de la CFDT. Ainsi Laurent Berger avait succédé à François Chérèque après que ce dernier lui ait préparé le terrain pendant de longues années. Chérèque était quant à lui le successeur désigné de Nicole Notat, etc. De fait, l’accession de Marilyse Léon à la direction du syndicat ne présage d’aucun changement notable : ce dernier est résolu à conserver une place d’interlocuteur privilégié du gouvernement,défenseur de la conciliation et du compromis avec le gouvernement et le patronat.

Une aficionada de la conciliation de classe face à un régime radicalisé

Pourtant, c’est du côté du gouvernement que ça semble coincer le plus : la toute nouvelle première secrétaire s’est en effet émue ce mardi matin sur BFMTV qu’entre elle et Emmanuel Macron il n’y ait « pas de son, pas d’images, zéro contact depuis [qu’elle a] pris la tête de la CFDT ».

Elle s’offusque donc de ne pas se voir reconnaître le rôle de soupape pro-patronale, qu’elle considère comme allant de soi pour elle et l’organisation qu’elle dirige. Cette déclaration, toute à la fois édifiante et profondément navrante, témoigne d’un paradoxe : alors que d’un côté la CFDT entend tourner définitivement la page de la mobilisation contre la réforme des retraites et reprendre sa place d’agent discipliné du régime capitaliste, ce dernier est tellement radicalisé qu’il semble rejeter la présence de ce corps intermédiaire prônant le compromis et la concertation, lui préférant désormais une répression plus nue, portée quasi uniquement par l’institution policière.

Après la parenthèse conflictuelle des retraites, Marylise Léon semble donc désirer que la CFDT retrouve la relation privilégiée qu’elle avait à une certaine époque avec le gouvernement. Il n’était pas rare il y a quelques années de considérer que la CFDT était l’organisation « cogestionnaire du ministère du Travail », voire qu’elle en était une annexe obéissante, comme pendant la loi Travail de 2016. Pourtant cet état de fait tend à s’estomper depuis le début de la présidence de Macron, Berger déclarait déjà en juin 2020 que « le gouvernement a confiné le dialogue social », il considérait à cette époque que le président lui demandait insuffisamment sont avis.

En parallèle, le gouvernement s’est bien plus appuyé ces derniers mois sur d’autres « syndicats » plus en phase avec sa ligne de répression systématique : Alliance (syndicat policier d’extrême droite) et la FNSEA (syndicat patronal de producteurs agricoles), le premier soutenant une impunité toujours plus grande pour les policiers et le second, principal artisan de la répression du mouvement écologiste ainsi que de la récente dissolution des Soulèvements de la Terre.

Bien que la rupture ne soit pas encore totalement nette entre l’Etat et la CFDT, Marylise Léon aura à composer avec un macronisme de plus en plus averse au compromis, ne reposant quasiment plus que sur la répression, une configuration au sein de laquelle la CFDT semble avoir moins de place qu’auparavant. Dans tous les cas, nous n’avons rien à attendre de cette nouvelle dirigeante, car elle n’est que le nouveau visage de la ligne que prônait déjà Laurent Berger, c’est-à-dire une ligne de collaboration de classe et d’agent docile du patronat. Il est urgent que les militants de base de la CFDT exigent à la fois la rupture avec cette ligne et la démocratisation de leur syndicat.


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