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Xénophobie

Loi immigration. Face à la surenchère xénophobe et raciste, le mouvement ouvrier doit réagir

Dans le cadre des débats sur la loi immigration, le gouvernement Macron et la droite jouent une surenchère raciste constante qui s’est accélérée ces dernières semaines. Face à un texte qui s’annonce toujours plus violent contre les immigrés, le mouvement ouvrier doit proposer un plan de bataille pour arracher des régularisations pour toutes et tous.

Natacha Lubin

26 octobre 2023

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Loi immigration. Face à la surenchère xénophobe et raciste, le mouvement ouvrier doit réagir

Crédits photo : O Phil des contrastes

Depuis le début de l’année, Darmanin ouvre la porte à toujours plus de concessions à la droite sur la loi immigration. Le volet « métiers en tension », qui prévoit la création d’un titre de séjour soumettant encore plus les immigrés aux besoins du patronat, était présenté dès le début comme un volet « humaniste » censé répondre aux sensibilités de la gauche. Pourtant, alors que ce volet ne représente rien d’autre qu’une régression importante pour les travailleurs sans papiers, elle serait toujours trop « laxiste » pour les Républicains.

Dernièrement, afin de gagner la droite au projet et d’éviter l’usage d’un énième 49.3 pour faire passer sa loi, le gouvernement avait évoqué l’éventualité d’accéder aux desideratas des LR et de retirer l’article 3, selon un article du Parisien relatant une rencontre lundi dernier entre Elisabeth Borne et Bruno Retailleau, chef de file du groupe LR. Mais très rapidement Elisabeth Borne a finalement réfuté cette possibilité de retrait de l’article et a réaffirmé qu’il devrait bien être présent dans le texte qui sera présenté prochainement au Sénat.

Cependant, le gouvernement a tout de même largement durci le texte, synonyme d’une offensive encore plus violente pour les immigrés. Gérald Darmanin n’a pas hésité à instrumentaliser le meurtre de Dominique Bernard, enseignant tué le 13 novembre dernier à Arras, pour assimiler l’immigration au terrorisme. Son discours, le soir même, affirmait que la loi immigration « aurait permis la levée des protections du terroriste d’Arras ». De plus, Darmanin a récemment déclaré être prêt à supprimer l’aide médicale d’État (permettant l’accès aux soins pour les étrangers), à créer une « police de séjour », et à doubler le nombre de places dans les centres de rétention administratifs d’ici 2027.

Du côté des Républicains, qui proposeront leur propre texte en décembre, les propositions xénophobes fusent de tout côté. Après la proposition de suppression de l’AME, de la limitation du droit du sol ou encore d’un référendum sur la politique migratoire, Éric Ciotti, président des Républicains, a annoncé qu’il proposerait, dans le cadre des débats sur le projet loi de finances, la division par deux des subventions de l’Etat destinées aux associations intervenant dans le domaine de « l’immigration, de l’asile et de l’intégration ».

Face à la xénophobie d’État, le mouvement ouvrier doit poser un plan de bataille offensif pour la régularisation de toutes et tous

Contre ces offensives toujours plus dures contre les travailleurs immigrés et sans-papiers, il y a urgence à ce que le mouvement ouvrier prenne sa part dans la mobilisation contre la loi immigration menée par les collectifs de sans-papiers. En plein mouvement contre la réforme des retraites, cette mobilisation contre la loi immigration avait arraché un énième report de la loi par Darmanin.

Aujourd’hui, le gouvernement profite de la situation politique et de la séquence pour durcir son texte. Il est donc plus que jamais indispensable que le mouvement ouvrier s’oppose frontalement non seulement à la loi immigration de Darmanin mais à toutes les politiques xénophobes qui en découlent et qui ciblent les travailleurs les plus précaires de notre classe.

D’autant plus que ces dernières années, les travailleurs immigrés et sans-papiers ont fait preuve d’une combativité remarquable qui s’exprime toujours aujourd’hui dans d’importantes grèves que le mouvement ouvrier doit accompagner et appuyer afin de faire réellement front à ces attaques gouvernementales. Récemment, ce sont les grévistes des chantiers de Jeux Olympiques, lieux de travail devenus emblématiques des conditions exécrables dans des secteurs dit « en tension », qui ont obtenu une première victoire en une journée de grève avec la délivrance de CERFAS pour 81 d’entre eux. En région parisienne, les 600 travailleurs sans-papiers coordonnés sur 35 sites en Ile-de-France ont également obtenu leur CERFA dès les premiers jours de grève. Dans leur communiqué, les grévistes des 35 sites dénoncent la logique de tri raciste et de surexploitation qui anime les projets du gouvernement : « nous faisons partie intégrante de la classe ouvrière de ce pays. Nous créons des richesses et du développement, comme nos collègues… Nous refusons de continuer à être méprisés et ignorés. » Les grévistes des chantiers des JO, eux, ont revendiqué également le retrait de la loi Darmanin.

Cependant, rien n’est encore acquis pour ces travailleurs qui doivent encore attendre les décisions de la préfecture pour être régularisés. La répression de ces batailles n’est pas non plus à sous-estimer alors que le gouvernement s’attaque à toute expression de contestation de sa politique, le plus récemment avec une criminalisation quasi-systématique de toute solidarité avec le peuple Palestinien. Alors que la grève des sans-papiers à Emmaüs se poursuit après plus de 100 jours au site de Saint-André-lez-Lille, Saïd Bouamama ainsi que le secrétaire général de la CGT 59 ont été attaqués en justice. Une criminalisation des mécanismes de solidarité qui devrait alerter l’ensemble du mouvement ouvrier.

Alors que le gouvernement cherche à contenir une colère sociale latente face à l’inflation et la multiplication d’offensives austéritaires, la xénophobie et le racisme d’État sont des armes de division massive de notre classe. Comme l’expliquait Saïd Bouamama il y a quelques mois, le mouvement ouvrier dans son ensemble doit soutenir les grèves de sans-papiers : « L’enjeu est énorme, car c’est toute la classe ouvrière qui derrière va subir la pression du patronat pour casser les conditions de travail et maintenir à la baisse les salaires de l’ensemble des travailleurs de ce pays ».

Cependant, le mouvement ouvrier ne peut se contenter d’un simple soutien et doit investir pleinement la lutte pour arracher le recul du gouvernement sur ses multiples projets xénophobes, mais surtout pour proposer un plan de bataille sérieux afin d’arracher la régularisation sans condition de tous les sans-papiers, à rebours de toute logique de tri raciste et utilitaire que la classe politique voudrait imposer.


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