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Campagne du Poing Levé Lycée

« J’ai souvent ressenti un isolement cruel » : trois lycéens témoignent sur la pression scolaire

Sélection, autorité de l’institution, rythme impossible… la condition lycéenne est connue pour provoquer un mal être chez de nombreux jeunes. Trois lycéens témoignent suite à l'appel du Poing Levé Lycée.

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« J'ai souvent ressenti un isolement cruel » : trois lycéens témoignent sur la pression scolaire

« Un mois plus tard, je tentais de me suicider », un lycéen de 17 ans à Rochefort

J’ai 17 ans, je suis en terminale à Rochefort et j’ai été deux ans en internat en seconde et en première. À mon arrivée au lycée j’étais souvent confronté à des épisodes dépressifs assez fort. J’étais incapable de travailler chez moi et à l’internat, j’allais en cours avec la boule au ventre et souvent, je séchais des heures de cours à cause de crise d’angoisse. La réponse du lycée face à ça a été de me mettre des 0 pour le travail non rendu et me donner des heures de colle pour sanctionner mes heures séchées. En décembre de mon année de seconde, alors que je traversais un épisode difficile et que je recommençais à suivre un traitement, mon infirmière scolaire me menaçait de m’exclure de l’internat si je recommençais à me mutiler (il était écrit dans mon dossier médical que cela était déjà arrivé l’année précédente). Un mois plus tard je tentais de me suicider dans mon internat, à mon retour toujours aucun soutien, ni aménagement d’emploi du temps, mais une pression encore plus grande pour que je rattrape les cours et toujours les mêmes sanctions face à mes heures de sèches.

Le rythme scolaire surtout pour un interne est épuisant, de lundi 8 h à vendredi 18 h j’étais sous la responsabilité du lycée. De 18 h à 7 h 30 je devais être à l’internat et le reste du temps en cours. L’année dernière tous les mardis je ne pouvais pas mettre un pied en dehors du lycée, quand je rentrais de mes cours je montais dans ma chambre, j’avais 15 minutes de répit, nous allions manger puis nous remontions pour une heure d’étude, après ça j’avais une heure de temps libre pendant laquelle nous avions l’autorisation de nous doucher, à 22 h les lumières s’éteignaient et silence. Le lendemain la sonnerie du lycée nous réveillait à 6 h 45 et une 45 minutes plus tard je devais quitter l’internat pour retourner en cours. Face au rythme et à la surveillance constante, il m’arrivait souvent de craquer.

« J’ai souvent ressenti un isolement cruel », une lycéenne de 18 ans étrangère à Vitry-sur-Seine

Mon parcours a été constellé de défis liés à la pression scolaire et aux obstacles inhérents à mon statut d’étranger cherchant à s’insérer dans le système éducatif français. À mon arrivée en France, j’ai éprouvé des difficultés à trouver un lycée qui m’accepte. Après avoir passé des tests de niveau, j’ai finalement été scolarisé, mais j’ai dû endurer une période de mai à septembre de l’année suivante sans école. Malgré l’accompagnement de la CIO, j’ai souvent ressenti un cruel isolement, avec le sentiment pesant que la responsabilité de m’en sortir incombait entièrement à moi-même. Cette situation a engendré en moi une anxiété sociale grandissante, une perte de confiance en soi et même une phobie scolaire persistante qui continuent de me hanter aujourd’hui.

La pression pour exceller dans mes études et pour être admis dans diverses structures éducatives s’est intensifiée au fil du temps, exacerbée par une compétition féroce et une sélection rigoureuse omniprésente. Heureusement, j’ai eu la chance de rejoindre un microlycée, un environnement où j’ai enfin trouvé l’écoute et l’accompagnement dont j’avais désespérément besoin. La différence de soutien entre le microlycée et les lycées classiques est frappante, et je suis convaincu que ce modèle éducatif accessible et bienveillant devrait être généralisé pour le bien-être de tous les élèves.

En parallèle, j’ai pris conscience de l’influence de l’économie de marché prédominant sur les élèves et les lycéens, ainsi que de ses effets dévastateurs sur la santé mentale. L’exemple poignant d’un ami en lycée classique, en proie à des épisodes dépressifs récurrents, illustre de manière poignante les conséquences néfastes de ce système sur la jeunesse. Il est impératif de repenser nos approches éducatives pour offrir des environnements plus inclusifs, humains et propices à l’épanouissement des apprenants, au-delà des contraintes imposées par des systèmes économiques restrictifs.

« Mon angoisse n’a fait que grossir jusqu’à être incapable de me rendre au lycée », une lycéenne de 17 ans en banlieue parisienne

Je suis lycéenne en banlieue parisienne, j’ai toujours eu de très bonnes notes à l‘école jusqu’au lycée où j’ai développé une phobie scolaire, dû à la pression du lycée, le rythme qui faisait monter mon anxiété.

Au collège déjà une pression était présente, en 3e on nous disait que le lycée où l’on serait affecté déterminerait presque notre avenir. Alors passionnée de théâtre, je visais un lycée avec cette option dans Paris puisqu’on me disait bien sûr que c’était des lycées plus réputés, avec un meilleur enseignement, j’ai déposé au moins 5 lettres de motivations. Mais j’habitais en banlieue parisienne, ils n’ont même pas examiné ma candidature, il fallait une adresse à Paris. Dès 14 ans j’ai vu qu’il fallait être né au bon endroit pour avoir droit à un « bon enseignement’ », du moins faire ce qu’on voulait. J’ai ensuite été refusée d’un lycée avec cette même option dans mon académie, sans raison alors que tout le monde me disait que j’allais être prise, j’avais de bonnes notes alors forcément… Mais ils n’ont même pas traité ma demande. J’ai commencé le lycée, dans un établissement que j’avais choisi par défaut, me disant que je ne réussirai pas à faire ce que je voulais.

Pendant ma première année de lycée j’ai développé une anxiété très forte, et même si quelques profs étaient compréhensifs, mon anxiété me faisait rater des cours avec les crises d’angoisse, et donc la charge de travail augmentait, je devais rattraper les cours. Ça emmène dans une boucle : la charge de travail te stress, donc tu rates des cours, mais la charge augmente etc... Mon angoisse n’a fait que grossir jusqu’à être incapable de me rendre au lycée. La peur de pas avoir d’avenir était là, je me suis dit que je n’irais jamais à l’université, que j’allais devoir faire un métier qui ne me plaisait pas, et puis toute pression extérieure, la famille notamment, « inquiètes pour mon avenir » n’aidait pas.

Pendant mon année d’arrêt pour cause de phobie scolaire, j’ai commencé à me politiser et à militer, ce qui m’a fait aller mieux, (m’a remotivé à travailler pour un but qui m’anime). C’était l’année dernière, pendant le mouvement contre la réforme des retraites, et mon lycée a bloqué plusieurs fois. J’ai donc participé à des assemblées générales et aux blocus. C’est là que j’ai eu le droit à des remarques de la part de CPE me disant qu’ils ne comprenaient pas ce que je faisais là, j’étais censée faire une phobie scolaire alors je n’avais rien à faire debout sur une table à « appeler à l’insurrection ». Une CPE m’a dit, après qu’un agent de sécurité m’ait traité d’hystérique, « ça ne vient pas en cours mais c’est là aux blocus », comme si le fait que je faisais une phobie scolaire m’interdisait de sortir de chez moi et de dénoncer les mesures du gouvernement. Bien sûr tout ça n’a fait qu’amplifier mon angoisse à l’idée de mettre un pied à nouveau dans ce lycée.


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