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Offensive patricarcale

Italie : un sénateur présente une proposition de loi remettant en cause la légalité de l’avortement

En Italie, l’arrivée au pouvoir de la nouvelle coalition parlementaire menée par Giorgia Meloni, la dirigeante de l’organisation d’extrême droite Fratelli d’Italia, commence déjà à produire ses effets. Un sénateur de la nouvelle majorité a présenté une proposition de loi remettant en cause le droit à l’avortement.

Matthias Lecourbe

21 octobre 2022

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Crédits photo : AFP

Proposition de loi anti avortement

Le sénateur Maurizio Gasparri, membre du parti berlusconien Forza Italia a présenté un projet de loi visant à modifier l’article 1 du code civil italien qui dispose actuellement que la « capacité juridique » s’acquiert à la naissance. La capacité juridique est une notion de théorie générale du droit qui caractérise un sujet du droit, qui peut donc être le titulaire de droits et d’obligations.

Le sénateur Maurizio Gasparri souhaite pour sa part modifier le texte de façon à ce que la capacité juridique s’acquière dès le moment de la conception. Cela reviendrait à exposer les médecins acceptant de pratiquer des IVG à des risques de poursuites pénales, puisqu’en tant que sujet de droit, même un embryon aurait droit à la vie. Un moyen d’abroger implicitement la loi 194 de 1978 qui légalise le droit à l’avortement en Italie.

Le sénateur Maurizio Gasparri explique lui-même à La Stampa : « Je fais cette proposition à chaque législature. C’est une promesse que nous nous sommes faites avec Carlo Casini du movimento per la vita, qui fut très longtemps député Chrétien Démocrate. » C’est en effet déjà la troisième fois que le Sénateur propose cette réforme, seulement cette fois-ci, pour la première fois depuis qu’il a pris cette habitude, la coalition de « centre droit », menée en réalité par l’organisation d’extrême droite Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni et regroupant Forza Italia de Berlusconi et la Lega de Salvini a obtenu une majorité absolue au Parlement.

Nouvelle législature sous l’égide de l’extrême-droite

L’arrivée d’une nouvelle législature est perçue comme une opportunité par tous les groupes, on compte déjà plus de 500 propositions de lois déposées par des parlementaires depuis le début de la nouvelle législature, le 13 octobre dernier. Les propositions sont très variées et émanent de toutes les forces politiques ayant pu faire élire des parlementaires. Mais les propositions les plus réactionnaires suscitent une attention particulière en raison de la nouvelle majorité.

En plus de la proposition de Gasparri visant à interdire l’avortement, ce même élu soutient par exemple un texte visant à institutionnaliser la « journée de la vie naissante », une journée militée tous les 25 mars chaque année par un réseau d’associations réactionnaires visant à promouvoir la natalité dans un des pays avec les plus faibles taux de fécondité d’Europe.

Forcer les maternités : une attaque profondément réactionnaire de la bourgeoisie

Le réseau giornata vita nascente revendique des soutiens haut-placés. Il a par exemple organisé une journée de séminaires dans une université catholique de Rome dans laquelle intervenaient des économistes et même le président de l’ISTAT (équivalent de l’Insee, organisme public de recherche en statistiques). Le taux de natalité a en effet baissé en Italie ces dernières années. Il y a deux explications à cela : d’une part la destruction des services publics rend difficile de trouver un mode de garde pour les enfants, alors que le soin des personnes âgées pèse déjà largement sur les femmes de la famille là encore faute de services publics ; et d’autre part être mère expose en Italie à des discriminations telles qu’elles excluent souvent purement et simplement du marché du travail.

L’Italie affichait ainsi un taux de chômage de 43% pour les femmes ayant des enfants en 2021. La précarité est d’ailleurs omniprésente : le revenu numéraire (NLDR : sans prise en compte de l’inflation) des travailleurs italiens s’est effondré depuis la crise de 2008 et n’est toujours pas revenu à son niveau d’avant crise. À l’heure actuelle il correspond au niveau de revenus de la fin des années 90, et il faut ajouter à ce constat qu’il ne tient pas compte de l’inflation qui dévalue sans cesse ces revenus. Il est donc loin d’être surprenant dans ce contexte que le taux de natalité soit bas lorsqu’avoir un enfant signifie pour les travailleuses plonger dans la précarité.

Pourtant la bourgeoisie italienne veut à tout prix faire remonter le taux de fécondité pour renouveler la force de travail et renforcer l’institution familiale qui sont deux conditions pour continuer à exploiter autant que possible les travailleurs. Elle est là face à une contradiction qu’elle cherche à écraser de façon autoritaire en s’en prenant à un droit élémentaire. L’avortement est déjà difficile d’accès en Italie, où 70% des médecins sont objecteurs de conscience et refusent de pratiquer des avortements, un taux qui a augmenté de 12% entre 1997 et 2016, résultat à la fois du lobbying d’associations catholiques qui démarchent les médecins pour les convaincre d’arrêter de pratiquer des avortements, mais aussi des répercussions négatives pour la carrière des médecins non objecteurs du fait que la majorité des autres médecins sont objecteurs.

Une droite réactionnaire a pu se structurer autour de rhétoriques « anti-genre » dès 2013 en lien avec les mobilisations anti mariage homosexuel en France et s’imposer dans le paysage politique italien autour d’une volonté de lutter « contre l’hiver démographique » et pour « la promotion fiscale et culturelle de la famille naturelle et le primat des parents dans l’éducation » comme le revendiquait Massimo Gandolfini, activiste réactionnaire et universitaire catholique à l’issue d’une manifestation « pro-famille » en 2018.

Et alors que les partis de la coalition négociaient la formation du gouvernement Meloni, Matteo Salvini a fait savoir qu’il attendait l’institution d’un « ministère de la famille et de la natalité », qui a effectivement été donné ce vendredi 21 octobre à Eugenia Maria Roccella, élue Fratelli d’Italia connue pour ses positions homophobes et anti-avortement.

Une réaction anti-genre face aux mouvements féministes et LGBT émergents

Il s’agit aussi d’une réaction autoritaire face à des mouvements féministes et LGBTI qui ré-émergent en Italie, en particulier le mouvement Non Una di Meno, reprise italienne du mouvement Ni Una Menos né en 2015 en Argentine. Ce mouvement a vu naitre des assemblées sur tout le territoire depuis 2016 qui ont eu tendance à se radicaliser à partir de 2018 et qui représentent une nouvelle génération féministe et LGBTI moins institutionnelle que la précédente génération féministe dite de deuxième vague. Elle a conduit à l’émergence des questions des violences et des inégalités de genre sur la scène politique qui a débouché sur des débats extrêmement polarisants concernant le DDL Zan, un projet de loi visant à reconnaître les crimes de haine contre les femmes et les LGBT, qui a été rejeté lors de la précédente législature.

Dans ce contexte d’offensives patronales et réactionnaires qui vont de pair il est essentiel de s’appuyer sur le mouvement féministe combatif qui commence déjà à réagir face au DDL Gasparri. Dans ce sens, la journée du 25 novembre sera un point d’appui déterminant.

Alors que la coalition de centre-droit et son gouvernement entendent mettre en place une « flat tax », c’est à dire un taux d’imposition fixe à l’avantage des plus riches, et supprimer le revenu de citoyenneté (équivalent du RSA) afin de refondre les aides sociales pour qu’elles concernent en priorité les personnes âgées ou handicapées ou encore les femmes avec enfants en bas âge, donc soumettre l’obtention des minimas sociaux à plus de conditions, il ne fait pas de doute que les nouveaux gouvernements et parlement italiens continueront à mener des attaques contre les femmes, et contre les travailleurs et travailleuses.

C’est pourquoi nos camarades de pane e rose cherchent à intervenir dans ce mouvement en portant un féminisme lutte des classes, qui met en évidence que ces attaques sur le droit à l’avortement sont profondément des attaques capitalistes et réactionnaires visant à forcer des maternités non désirées, ce qui touchera tout particulièrement les femmes les plus précarisées. Ceci fait également de la défense de la lutte pour le droit à l’IVG libre et accessible à tous et toutes une revendication qui doit être portée par le mouvement ouvrier en Italie et à l’international.


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