×

#Metoo

« Il y avait tellement de témoins » : 13 femmes accusent Depardieu de violences sexistes et sexuelles

Alors qu’une actrice a porté plainte contre Gérard Depardieu pour viol, Mediapart a recueilli la parole de 13 femmes, témoignant de harcèlement et d'agression sexuelles de la part de l’acteur. Des témoignages qui mettent en lumière la complaisance des productions vis-à-vis de l’acteur mondialement connu.

Matthias Lecourbe

14 avril 2023

Facebook Twitter

Alors que Gérard Depardieu est mis en examen pour viol à la suite d’une plainte de la part d’une actrice en 2020 et que beaucoup de rumeurs courraient sur son attitudes vis-à-vis des femmes sur les tournages, Mediapart a recueilli les témoignages de 13 femmes qui affirment avoir subi « des gestes ou propos sexuels inappropriés du célèbre acteur, de gravité différente, sur le tournage de onze films ou séries sortis entre 2004 et 2022 ou dans des lieux extérieurs ». L’enquête de Mediapart s’appuie également sur de nombreux témoignages de personnes ayant assisté à ce type de comportements.

Les témoignages concordent tous, indiquant que l’acteur avait l’habitude de tenir des propos à caractère sexuel en permanence devant tout le monde et d’avoir des gestes déplacés envers des femmes présentes sur le plateau, pouvant aller jusqu’à l’agression sexuelle avec « une main dans leur culotte, à leur entrejambe, à leurs fesses ou bien sur leur poitrine », sans que personne ne réagisse la plupart du temps. La plupart des femmes qui racontent avoir subi ces violences expliquent s’être plaintes auprès de la production, en vain.

Dans le cadre de son enquête, Mediapart a contacté vingt réalisateurs, dont seul un a reconnu être au courant du comportement sexiste de Gérard Depardieu sur les tournages et avoir réagi en conséquence. Tous les autres ont soit refusé de répondre, soit dit n’être au courant de rien. La plupart du temps, d’après les témoins, les scènes se déroulaient au vu et au su de tous, et certaines femmes de l’équipe en étaient parfois réduites à prendre des initiatives individuelles, comme une directrice de casting qui, après une plainte de la part d’une figurante, a déclaré à la presse : « Comme je n’étais pas sûre que Gérard s’arrête, pendant la scène, je me suis mise à quatre pattes pour surveiller, en mesurant la distance nécessaire pour qu’il ne puisse pas toucher la figurante avec ses bras. ».

D’après les témoignages recueillis, les comportements de Gérard Depardieu sont l’expression de la totale impunité dont jouissait l’acteur, agissant devant de nombreux témoins sans être quasiment jamais recadré par les boîtes de production. Les femmes qui témoignent, en tant que « comédiennes, maquilleuses ou techniciennes » mettent en avant la difficulté de dénoncer les comportements sexistes de Depardieu en raison de leur propre précarité, contrastant avec sa posture de ponte du cinéma français à renommée internationale. Une maquilleuse, qui témoigne en tant que victime de harcèlement sexuel de la part de Depardieu, déclare ainsi : « Il a un nom, il sait qu’il va impressionner des petites mains qui n’ont pas de pouvoir. J’avais 33 ans, j’étais intermittente, je n’ai rien osé dire. J’étais très gênée, j’ai rougi, il m’impressionnait. »

Depuis quelques années, dans la brèche ouverte par le mouvement #MeToo, les témoignages de violences sexistes et sexuelles dans le monde de la culture s’accumulent : une nouvelle génération de femmes travaillant dans ce secteur vient briser l’omerta qui les entoure habituellement. Les milieux artistiques sont des milieux extrêmement compétitifs, dans lesquels une poignée d’artistes, de producteurs ou de distributeurs, arrivent à occuper des positions importantes tandis que la majorité des intermittent·es doivent faire face à une précarité qui les rend très vulnérables, notamment face aux violences sexistes et sexuelles.

Cette vulnérabilité commence à être questionnée grâce à la solidarité des victimes entre elles : les femmes témoignant dans l’enquête de Mediapart revendiquent par exemple de le faire pour ne pas laisser isolée l’actrice qui a déposé plainte contre Gérard Depardieu. Mais la question des violences sexistes et sexuelles dans l’industrie culturelle vient aussi mettre en lumière leur caractère structurel : elles sont le produit d’un système d’omerta patriarcal, au service d’une poignée de puissants et au détriment de millions de femmes qui sont contraintes matériellement de les subir. Le contenu culturel qui résulte de ce processus ne peut à son tour que banaliser les violences patriarcales à l’échelle de la société. Pour venir à bout de ces violences, dans le milieu de la culture comme ailleurs, il est donc fondamental d’apporter une réponse qui ne se limite pas à la dénonciation de comportements individuels, mais qui vise à transformer l’ensemble du système qui les génère et les fait prospérer.

Canal Telegram : @revolution_permanente

Facebook Twitter
 « Fière des ruines de Gaza » : les propos génocidaires de la ministre israélienne de l'égalité

« Fière des ruines de Gaza » : les propos génocidaires de la ministre israélienne de l’égalité

Témoignage de Judith Godrèche : un éclairage brut sur les systèmes de domination dans le cinéma

Témoignage de Judith Godrèche : un éclairage brut sur les systèmes de domination dans le cinéma

Alerte de l'ONU : Tsahal coupable de viols, humiliations et exécutions de femmes et d'enfants

Alerte de l’ONU : Tsahal coupable de viols, humiliations et exécutions de femmes et d’enfants

Lénine, les femmes et la révolution : lutter pour l'avenir

Lénine, les femmes et la révolution : lutter pour l’avenir

Rapport sexuel exigé en échange d'un service : la justice blanchit définitivement Darmanin

Rapport sexuel exigé en échange d’un service : la justice blanchit définitivement Darmanin

Meurtre de Brianna Ghey : un révélateur de l'impunité transphobe de la classe politique britannique

Meurtre de Brianna Ghey : un révélateur de l’impunité transphobe de la classe politique britannique

« Ambigüité sur le 7 octobre » : Aurore Bergé relance l'offensive pro-Israël contre le mouvement féministe

« Ambigüité sur le 7 octobre » : Aurore Bergé relance l’offensive pro-Israël contre le mouvement féministe

L'extrême-droite fait annuler un stage drag à Mérignac : solidarité avec la MJC !

L’extrême-droite fait annuler un stage drag à Mérignac : solidarité avec la MJC !