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Extrême-droite

États-Unis. Des lois transphobes toujours plus violentes sur fond d’attentats LGBTphobes

Aux États-Unis, les propositions de lois contre l’avortement, anti-trans et anti-LGBT sont présentées à un rythme toujours plus effréné. Elles vont aussi de plus en plus loin, alors que les actes terroristes ciblant les personnes LGBT se multiplient de façon inquiétante.

Matthias Lecourbe

12 décembre 2022

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Alors qu’entre 2020 et 2022 le nombre de propositions de lois transphobes aux États Unis a augmenté de façon exponentielle, passant de 60 propositions de loi transphobes en 2020 à 155 pour l’année 2022 selon des données du 13 octobre dernier, il semble qu’une nouvelle phase de l’offensive transphobe s’ouvre. En effet, alors que les propositions de loi de 2020-2022 ciblaient en premier lieu les jeunes trans ou la participation des personnes trans aux compétitions sportives, trois propositions de lois ont été présentées depuis le début du mois de décembre en Oklahoma, en Caroline du Sud et dans le New Hampshire allant jusqu’à proposer d’interdire purement et simplement les transitions médicales sans limite d’âge.

La loi proposée en Oklahoma criminaliserait les professionnels impliqués dans des soins d’affirmation de genre, en des termes assez vagues pour laisser craindre une application y-compris à de simples actes d’épilation.

La proposition de loi de Caroline du Sud criminaliserait non seulement les professionnels de santé accompagnant des transitions médicales pour des personnes trans de moins de 21 ans, mais aussi les personnes trans qui reçoivent ces soins. Elle propose aussi de criminaliser les actes de transition médicale sur des adultes de plus de 21 ans s’ils n’ont pas été réalisés sur l’avis d’un psychiatre, rétablissant une psychiatrisation de la transidentité qui avait fortement reculé ces dernières années et à laquelle la droite réactionnaire réplique actuellement par ses offensives transphobes.

La proposition de loi du New Hampshire n’est pas encore complètement rédigée, mais le projet serait d’interdire les transitions médicales sur des adultes de moins de 21 ans voire de moins de 25 ans.

Ces escalades de l’offensive étaient bien attendues : les organisations transphobes comme Transgender Trend parlaient de la vulnérabilité des mineurs à la mauvaise influence d’amis ou des réseaux sociaux pour justifier les interdictions des bloqueurs de puberté dont les effets sont pourtant parfaitement réversibles. Pourtant on voyait les discours de telles organisations parfois étendre ces considérations sur le risque de décisions prématurées à l’âge de 21, 25 ou parfois 30 ans. L’idée qu’être LGBT est une maladie contagieuse est une vieille peur réactionnaire.

Aussi, cette peur sans fondement d’une « contagion sociale » des jeunes LGBT est agitée à toute heure pour justifier l’oppression des personnes LGBT en général.

Un autre moyen de justifier les restrictions de l’accès aux transitions médicales est le risque de regret, qui est pourtant très inférieur au taux de regret habituel pour toute intervention médicale (environ 2% contre 14% pour les interventions chirurgicales liées à un cancer par exemple). En dernière analyse, l’idée qu’il faille absolument protéger les jeunes des procédures de transition médicale au motif qu’ils ont un faible risque de les regretter ne repose que sur des préjugés sexistes et transphobes selon lesquels vivre avec des caractères sexuels ambigus est une chose affreuse.

Les discours de haine qui trouvent des tribunes dans les différents organes législatifs des États-Unis et dans les médias participent à entretenir ce stigmate. Pire, la transphobie profite très largement à l’extrême-droite qui parvient par ce canal à radicaliser des secteurs des classes moyennes réactionnaires. Ces discours peuvent ensuite faciliter l’adhésion à des idées sexistes, homophobes etc. qui sont à l’origine d’actes terroristes.

Ces dernières années, les tueries de masse étaient massivement le fait de d’hommes blancs politisés à l’extrême-droite, animés par une haine des femmes et des personnes LGBT. On a pu encore le voir ces dernières semaines avec la tuerie dans le Club Q de l’Oregon ou avec la succession d’alertes à la bombe dans un hôpital pratiquant des chirurgies sur des mineurs trans à Boston.

Le compte twitter d’extrême-droite Libs Of Tiktok joue un rôle significatif dans le phénomène en signalant à ses abonnés divers événements LGBT, spectacles de Drag Queen qu’une partie particulièrement armée et radicalisée de l’Alt Right peut ensuite prendre pour cibles. Pas plus tard que samedi soir dernier, deux poteaux à haute tension ont été sabotés à l’aide d’armes à feu en Caroline du Sud, privant 40000 personnes d’électricité. Les autorités enquêtent toujours, mais Emily Rainey, une ancienne militaire impliquée dans l’attaque du Capitol en janvier dernier, a posté un message sur Facebook affirmant qu’elle savait pourquoi il y avait une panne, puis une photo annonçant un show de Drag Queen en commentant : « On ne se moquera pas de Dieu ».

Immédiatement après le début du black-out, plusieurs bruits d’explosion ont été entendus et des armureries dévalisées. Interrogée par la police, Emily Rainey a affirmé que Dieu était responsable de la coupure et qu’il « purifie » le Comté. Des militants d’extrême-droite aux quatre coins des États-Unis ont commencé à exprimer leur soutien aux auteurs de l’attentat.

Les organisateurs du show Drag Queen de samedi dernier avaient déjà été la cible de menaces de mort anonymes, et des groupes d’extrême-droite avaient menacé de perturber le spectacle s’il avait lieu. Les vols d’armes à feu sont survenus immédiatement après la coupure de courant, suggérant une coordination entre plusieurs personnes pour faire régner la terreur.

De tels événements rappellent l’horreur que représente l’extrême-droite, que les partis de l’establishment ont contribué à faire monter, et qui une fois organisée et financée continue à prospérer indépendamment des résultats des élections. Elle doit être combattue non par des promesses électorales mais sur le terrain par les méthodes de la lutte de classes et en construisant des alliances entre les travailleurs et les personnes opprimées pour porter une politique révolutionnaire seule à même de faire reculer l’extrême-droite pour de bon.


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