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Colonialisme

Dégel du corps électoral en Kanaky : le Sénat tente d’enterrer toute velléité d’indépendance

Ce 2 avril, le Sénat a adopté un texte porté par le gouvernement visant à procéder au « dégel » du corps électoral pour les élections provinciales en Kanaky. Cette attaque institutionnelle vise à enterrer toute perspective d’indépendance pour le peuple Kanak.

Natacha Lubin

4 avril

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Dégel du corps électoral en Kanaky : le Sénat tente d'enterrer toute velléité d'indépendance

Ce mardi, à l’appel de la Cellule de coordination des actions de terrain, organisation indépendantiste, des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Nouméa pour protester contre le dégel du corps électoral, voté au Sénat à Paris quelques heures auparavant, et dénoncer le caractère colonial de cette décision visant à enterrer définitivement toute perspective d’indépendance pour la Kanaky. « Le dégel du corps électoral, c’est tout simplement marcher sur le sang et les têtes de nos morts. Ils veulent parler de paix, mais laquelle ? La paix ici dans ce pays, ça s’appelle l’indépendance » déclarait ainsi un militant de la CCAT.

Le gel du corps électoral dans le cadre des élections provinciales est une mesure mise en place dans le cadre des Accords de Nouméa, ratifiés en 1998, censée assurer au peuple Kanak un certain poids politique lors de ce scrutin, en limitant le droit de vote des électeurs inscrits sur les listes du référendum d’autodétermination de 1988 et de leurs descendants. L’approbation par le Sénat du dégel du corps électoral arrive quelques semaines après l’adoption par la même instance, d’une loi reportant les élections provinciales prévues au mois mai à décembre 2024, pour mieux passer en force l’élargissement des votants avant le scrutin.

Ces mesures vont dans le sens des revendications du mouvement loyaliste, qui rassemble les différentes forces politiques en faveur du maintien de la présence coloniale française en Kanaky. En effet, le dégel du corps électoral et son élargissement aux personnes résidant sur le territoire depuis dix ans, comme prévu dans le texte voté par le Sénat, permet de renforcer la représentation de ces secteurs et contribue à la mise en minorité du peuple Kanak et à saper sa lutte pour l’indépendance.

Trois ans après le dernier référendum sur l’indépendance, que le gouvernement a maintenu de force malgré le contexte de pandémie du covid-19, et qui s’est soldé par un « non » à l’indépendance, du fait du boycott de ce scrutin par les indépendantistes pour dénoncer la mascarade, cette réforme constitutionnelle s’inscrit dans la tentative de l’Etat colonial français de maintenir à tout prix la Kanaky sous sa tutelle. Les propos tenus par Emmanuel Macron lors de la dernière visite présidentielle sur l’archipel en juillet dernier, exprimait explicitement sa volonté d’enterrer, avec la fin du processus fixé par les Accords de Nouméa, toute possibilité d’une indépendance.

« La Nouvelle-Calédonie est française parce qu’elle a choisi de rester française » avait notamment expliqué Macron. Une détermination qui s’explique par le caractère éminemment stratégique du territoire pour la politique impérialiste française : en plus de ses gisements de nickel, qui représentent 10% des réserves mondiales, la Kanaky, du fait de sa localisation dans le Pacifique Sud, est un enjeu de taille pour la France qui souhaite étendre son influence dans cette région de l’Indo-Pacifique, disputée par la Chine et les Etats-Unis. Une actualité des dynamiques coloniales dans le cadre de laquelle le dégel du corps électoral rappelle à nouveau les limites du processus politique mis en place pour l’indépendance de la Kanaky, mais élaboré et dirigé par le colonisateur lui-même, comme l’expliquait l’association Survie en 2020 :

« Même en cas de victoire du « Oui » à l’indépendance, les intérêts français en Nouvelle-Calédonie sont tels que l’Etat cherchera par tous les moyens à empêcher une réelle décolonisation, à vider l’indépendance de son sens, comme il l’a fait dans les anciennes colonies en Afrique en remplaçant la colonisation par la « coopération ». »

Face à un Etat colonial qui, d’une main fait miroiter l’illusion d’une possible autonomie par le « dialogue », et, de l’autre, déploie tous ses outils coercitifs pour assurer sa domination. Face à ces offensives, qui font écho à la répression policière brutale des mobilisations en Guadeloupe à l’hiver 2021 ou l’opération coloniale Wuambushu à Mayotte.

La lutte pour l’autodétermination passera par une mobilisation des travailleurs, des classes populaires et de la jeunesse kanak. Nous réaffirmons une fois de plus notre soutien à la lutte pour l’indépendance de la Kanaky !


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