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Politique

Crise énergétique

Coupures d’énergie. Macron feint l’optimisme pour se dédouaner du fiasco à venir

Le gouvernement essaye d’habituer les esprits au fait d’effectuer des coupures de réseau de plusieurs heures durant l’hiver. Une manière surtout de se dédouaner en cas de fiasco en remettant la faute sur la population qui n’aura pas fait assez d’efforts.

mardi 6 décembre 2022

Crédits photo : Reuters/Florion Goga

Ces derniers jours, les plans du gouvernement pour faire face à une saturation du réseau électrique cet hiver montrent l’ampleur de l’improvisation qui va avoir lieu. Différents ballons d’essai sont envoyés pour préparer la population à subir des coupures de courant de deux heures le matin ou le soir en cas de forte tension sur le réseau électrique qui pourront toucher les gares, les écoles qui resteraient alors fermées pour la matinée, certaines entreprises et les foyers.

Macron et ses ministres soufflent le chaud et le froid pour temporiser. Cet été, tout allait bien, les cuves de gaz se remplissaient, et l’arrêt pour usure de la moitié des réacteurs nucléaires était présenté comme une broutille. Le discours a commencé à changer il y a quelques jours, alors que les plans de « délestage tournant » sont en réalité discutés au sommet de l’État depuis l’été. Depuis ces derniers jours, en maintenant le flou, le gouvernement veut préparer les esprits à des coupures qui pourraient toucher 60 % de la population.

L’interview sur BFM TV du porte-parole d’Enedis, en charge de la distribution d’électricité, a permis d’entre-apercevoir les conséquences dramatiques dans le fait de permettre aux technocrates des grandes entreprises et de l’État de gérer le problème. Le porte-parole de l’entreprise en charge de la distribution d’électricit" précise, contrairement à ce que laissait entendre le gouvernement jusque-là, que les personnes dites à « haut risque vital », c’est-à-dire celles qui dépendent d’un équipement branché sur secteur pour vivre, ne sont pas considérées comme prioritaire et pourront donc être concernées par des délestages.

Toutes les précautions détaillées par le porte-parole d’Enedis, en lien avec les Agences Régionales de Santé (ARS), nous permet juste d’être sûr qu’en cas de recensement non-exhaustif, la moindre personne oubliée verra ses jours immédiatement mis en danger. D’autant que les communications seront perturbées par ces délestages localisés sur une zone entière. Le fonctionnement des numéros d’urgence sera altéré et le gouvernement remet désormais ses espoirs sur le numéro d’urgence européen, le 112, un numéro qui ne couvre pas l’ensemble du territoire !

Le recadrage n’a pas tardé. Elisabeth Borne a estimé que les propos du porte-parole d’Enedis étaient « maladroits », tandis que Macron a déclaré cinglant : « Le rôle des entreprises publiques ce n’est pas de transférer la peur », appelant chacun « à faire son travail ».

Excusons le porte-parole d’Enedis, il n’a pas eu l’expérience gouvernementale acquise pendant la pandémie : être capable de mentir avec un aplomb superbe quand plus rien n’est sous contrôle. Alors Macron l’affirme : « Nous allons tenir ». Mais à une condition, que toute la population fasse son travail : faire preuve de sobriété et s’aligner docilement derrière les plans du gouvernement

Pour les 12 millions de personnes qui sont déjà en situation de précarité énergétique, c’est surtout l’annonce qu’après l’auto-limitation, c’est désormais le gouvernement qui coupera le jus. Beaucoup de travailleurs sont au jour près en essayant de retarder l’allumage du chauffage pour faire quelques économies, alors que les courses et le carburant sont déjà hors de prix. Mais Macron se couvre : s’il y a coupure ce ne sera pas de sa responsabilité. Ce sera la faute de la population et en premier lieu des classes populaires qui n’auront pas fait assez d’efforts et n’auront pas scruté au doigt et à l’oeil les indications gouvernementales. Rappelons-nous que lors de la pandémie, le préfet de police de Paris, Dider Lallement avait osé déclarer : « Ceux qui sont hospitalisés sont ceux qui n’ont pas respecté le confinement ».

La réalité c’est que Macron et son gouvernement ne savent absolument pas comment la situation va évoluer et que leur impréparation les rend dépendant en grande partie de la météo. La seule certitude c’est que les sacrifices vont reposer sur la population.

Un hiver froid pourrait donner très chaud au gouvernement

Les coupures pourraient intervenir au moment où les factures vont exploser et créer une situation politique très instable pour le gouvernement. Or, celui-ci veut déjà nous déclarer la guerre avec la réforme des retraites. C’est pour cela que Macron intervient en personne, et rappelle tout son petit personnel à l’ordre pour ne pas trop échauffer les esprits.

L’appel à faire des sacrifices passe évidemment mal, alors que son gouvernement de riches, composé de 19 millionnaires, s’en prend déjà tous les jours à nos conditions de vie et de travail. D’autant que l’opacité est totale sur les entreprises et les installations qui seront considérées comme « prioritaires » et dont le fonctionnement justifiera de couper le chauffage à des foyers au plus froid de l’hiver ou d’arrêter les feux de circulation. Comme pendant la pandémie, ce sera la poursuite des affaires et des profits qui dictera la marche.

La rhétorique de la sobriété ne sert qu’à cacher le fait que la situation actuelle est la conséquence de sous-investissements chroniques dans les infrastructures et dans l’efficacité énergétique. La perspective à laquelle nos gouvernants et les patrons nous réduisent, entre devoir choisir de garder des écoles ouvertes ou de mettre des vies en danger, est le signe le plus évident qu’il est temps que les travailleurs prennent les choses en main.

Pour résoudre de manière durable la crise énergétique et ne pas payer des factures mirobolantes, il est nécessaire d’exproprier et de mettre sous contrôle ouvrier les grands groupes de l’énergie, comme Engie ou Total. Comme la santé pendant la pandémie, l’énergie est un secteur essentiel et ne doit pas être laissé sous le contrôle de ces entreprises qui profitent de la crise pour s’enrichir. Cela vaut aussi pour les entreprises comme EDF et ses filiales RTE et Enedis, aux ordres d’un Etat qui multiplie les cadeaux au grand patronat.

Seuls les travailleurs de ces entreprises, en lien avec les usagers seraient en capacité de déterminer, y compris face à un risque de saturation du réseau, quelles activités devraient être maintenues et lesquelles devraient être coupées, avec comme priorité la satisfaction des besoins du plus grand nombre. Il s’agirait d’un réel contrôle démocratique sur la consommation et la production d’énergie.

Alors que, bien décidé à nous faire payer les conséquences de la crise économique et de la crise énergétique, le gouvernement envisage des tensions dans les semaines à venir, il est nécessaire de s’organiser dès maintenant pour refuser cette gestion antisociale et se battre pour une organisation de la production énergétique au service de toutes et tous.



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