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Edito

Annonce d’Attal : face à l’enfumage du gouvernement, les agriculteurs poursuivent la mobilisation

Une semaine après le début de la mobilisation, Gabriel Attal a annoncé ce vendredi des mesures pour répondre à la crise. Totalement superficielles, celles-ci sont très loin de résoudre les problèmes structurels des petits agriculteurs et le mouvement va se poursuivre.

Damien Bernard

26 janvier

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Annonce d'Attal : face à l'enfumage du gouvernement, les agriculteurs poursuivent la mobilisation

Crédit photo : Imprime écran BFMTV

Alors que depuis le début de la semaine, le mouvement des agriculteurs se nationalise sur l’ensemble du territoire, le premier ministre Gabriel Attal s’est rendu ce vendredi en Haute-Garonne pour annoncer des mesures visant à calmer la colère. Accompagné de Marc Fesneau et de Christophe Béchu, le chef du gouvernement a cherché à brosser dans le sens du poil les agriculteurs. « Il y a des colères saines, mais il n’y a pas de violences justifiées », a-t-il insisté, pointant notamment l’incendie par des agriculteurs d’une agence de la MSA. Une rhétorique qui cherche à commencer à diviser le mouvement, en pointant une aile « radicale » contre une aile « responsable », et pourrait augurer une reprise de la répression si la mobilisation se poursuit.

Mis sous grosse pression, Gabriel Attal a tenu à scénariser sa prise de parole pour appuyer la prise de conscience du gouvernement. Appuyé sur un pupitre en forme de botte de paille, il a affirmé : « on a décidé de mettre l’agriculture au-dessus de tout, c’est la signification de notre présence ici ». Avant d’ajouter « être au rendez-vous » et vouloir ouvrir « un nouveau chapitre pour l’agriculture française » en ce « jour de sursaut ». Des formules qui visent à camoufler le vide des mesures proposées par le gouvernement qu’il a présenté en trois piliers : « Agir pour défendre les revenus », « simplifier et faciliter la vie » des agriculteurs, et « préparer l’avenir de notre agriculture ».

Le gouvernement cherche à enfumer les agriculteurs par des mesures cosmétiques

Concrètement, le gouvernement a affirmé prendre « dix mesures de simplification immédiate », par décret, dès ce samedi. Parmi celles-ci, le délai exceptionnel pour les autorisations de retenues d’eau ramené à deux mois au lieu de quatre, des recours « simplifiés » ou encore la création d’une « présomption d’urgence » pour accélérer les délais de recours, ou encore la limitation des contrôles administratifs, etc... Des mesures de « simplifications » administratives qui, comme l’avoue Gabriel Attal, constituent des mesures de « bon sens » et ne changeront pas la vie des exploitants.

L’autre mesure mise en avant par Gabriel Attal est la mise en place de « trois sanctions très lourdes » contre les entreprises ne respectant pas la Loi Egalim. Revendiquant celle-ci comme un « énorme progrès », le premier ministre a tenu à en voir les limites. « Je suis assez lucide : dans les négociations commerciales, l’agriculteur n’est pas assez suffisamment protégé », a-t-il affirmé. Des « insuffisances » qu’il s’agirait de combler en « renforçant les contrôles » et en mettant « une pression maximale dans les négociations ». Une illusion, alors que le grand patronat de la distribution en position de force face aux petits exploitants est voué à contourner ces règles limitées.

En réalité, l’annonce surprise est l’annulation de la hausse de la taxe du gazole non routier (GNR). Depuis début 2024, le GNR est taxé 24,81 centimes d’euro par litre, ce qui représente un surplus de 2,85 centimes par rapport à l’année dernière. En débat au sein du gouvernement, l’annulation de cette hausse constitue la mesure phare, en même temps que l’avance sur la trésorerie. « D’ici à l’été, quand vous serez livré de votre carburant, la déduction sera faite immédiatement et l’État compensera le distributeur pour la déduction. C’est une mesure de simplification et de trésorerie » a expliqué Attal. Une nouvelle mesurette qui ne coutera pas un centime à l’Etat.

Sous pression de la base, la FNSEA et la JA appellent à continuer le mouvement

Face à cet ensemble de mesures cosmétiques, la réaction des exploitants ne s’est pas faite attendre. Des agriculteurs mobilisés sur le blocage de l’autoroute A13 ont dénoncé des « mesurettes et des broderies » et appelé au maintien du blocage « au moins pour la nuit à venir ». Sur l’A1, des tensions ont eu lieu face à des agriculteurs qui voulaient lever le barrage. En Haute-Garonne, depuis le péage de Méru, les réactions ont été les mêmes : « Il a joué de la flûte », lance Laurent Collet, céréalier dans le Pays de Bray. « Ni les annonces sur le carburant ni celles sur la simplification administrative ne l’ont convaincu », explique franceinfo.

Si la figure du blocage de l’A64 Jérôme Bayle s’est illustrée en se félicitant des annonces du gouvernement et en annonçant vouloir lever le blocage de l’autoroute, sous forte pression de la base, les principales organisations telles que la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) ont appelé à poursuivre la mobilisation. « Nous avons pris la décision de poursuivre cette mobilisation », a annoncé vendredi soir le président de la FNSEA Arnaud Rousseau sur TF1. « Les annonces du premier ministre ne répondent pas à l’ensemble des questions que nous nous posons », a-t-il avancé. « Il y a beaucoup de revendications auxquelles le premier ministre n’a pas répondu ». « Ce qui a été dit ce soir ne calme pas la colère, il faut aller plus loin », a-t-il encore lancé, rapporte Le Monde.

De même, les JA appellent à « maintenir la mobilisation ». Après consultation, « l’appel est de maintenir la mobilisation », a annoncé Arnaud Gaillot sur BFM TV. La porte-parole de la Coordination rurale de France a expliqué de son côté que « la colère n’est pas calmée, tout le monde n’est pas satisfait », dénonçant des mesures qui « ne sont pas suffisantes ». Enfin, pour la Confédération paysanne, Laurence Marandola a dénoncé sur RTL des mesures « très largement insuffisantes » et a appelé à « rester mobilisé ». « On continuera à rester mobilisé. Ce n’est pas nécessairement des barrages, il y aura différentes formes de mobilisations, sur la route, sur des ronds-points, devant des grandes surfaces, des façons inventives de dire au gouvernement que c’est très largement insuffisant ».

Pour que la colère s’exprime, il faut converger avec le mouvement ouvrier !

Si les directions des organisations syndicales sont unanimes, il ne faut pas être dupe : c’est la colère à la base qui a poussé les directions à se maintenir dans le mouvement. Or, si ces organisations entendent poursuivre la mobilisation, c’est pour tenter d’arracher plus de mesures partielles, qui ne remettent pas en cause les problèmes structurels des petits agriculteurs. Le programme proposé par ces organisations, notamment dans un document présenté jeudi soir, est en effet loin de remettre en cause radicalement un système agricole à bout de souffle qui étrangle les petits agriculteurs, détruit la planète, tout cela au profit de grands capitalistes de l’agro-alimentaire et de la grande distribution.

C’est probablement pour cette raison que ces organisations refusent toute perspective de convergence avec le mouvement ouvrier : leurs revendications s’arrêtent à réclamer des mesures corporatistes limitées, qui maintiendront les inégalités qui structurent le monde agricole. Le président des Jeunes Agriculteurs dénonçait ainsi ce jeudi l’appel de la CGT à se lier aux agriculteurs sur Sud Radio, déclarant : « on ne s’est jamais rallié à des mouvements sociaux. On n’a jamais profité d’autres mouvements sociaux pour aller expliquer notre désarroi (…). On n’est pas sur les mêmes combats, on n’est pas sur les mêmes enjeux, il n’est pas question qu’on mélange les sujets ». Un refus qui empêche la mobilisation de s’étendre et de défendre des revendications qui concernent l’ensemble de la population, agriculteurs compris, sur les salaires ou les prix.

La FNSEA n’a pas au cœur les intérêts des petits et moyens exploitants et entend limiter le mouvement, étant incapable de changer la vie des agriculteurs pauvres. Contre cette politique au service de ceux qui profitent de la concentration foncière et de l’agro-industrie, à l’image du président agrobusinessman de la FNSEA Arnaud Rousseau, il faut construire un programme qui lutte contre les vrais responsables d’un système agricole qui favorise les grands capitalistes de l’industrie, de la grande distribution et des banques. En ce sens, il est fondamental que les agriculteurs remettent en cause le programme et la direction de la FNSEA, en cherchant à tisser des alliances du côté du mouvement ouvrier plutôt que du grand patronat. Alors que la CGT a appelé ce jeudi à se lier au mouvement, le mouvement ouvrier doit se doter pour cela d’un programme d’action qui lie les préoccupations de la classe ouvrière à celle des petits agriculteurs.


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