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Genres et sexualités

Violences sexistes

Agressions sexuelles et ambiance sexiste : quand la télé-réalité exacerbe les rapports patriarcaux

Depuis plus d'un an, des témoignages rapportent de nombreuses agressions sexuelles dans le monde de la télé-réalité et l'ambiance sexiste qui règne dans ces productions. Si les autres émissions de télé ne sont pas exemptes des logiques patriarcales, la télé réalité les exacerbe dans le but de « faire du buzz ».

lundi 5 décembre 2022

Depuis le printemps 2021 le phénomène #MeToo secoue le monde de la télé-réalité : plusieurs témoignages de violences sexistes et sexuelles visent des candidats, mais mettent également en lumière l’organisation délibérée de ces violences par les productions, et la loi du silence qu’elles imposent ensuite aux victimes. L’année dernière, nous écrivions en ce sens sur les dénonciations par Alix Desmoineaux de ces phénomènes structurels dans le monde de la télé-réalité.

Récemment, un thread Twitter, publié le 30 novembre et massivement relayé a remis cette question en avant. On y retrouve de nombreux extraits choquants d’émissions de télé-réalité, où l’on peut voir des candidats agresser sexuellement des candidates, mais aussi un nombre incalculable de scènes de chantage à caractère sexuel.

Dans cet extrait de Les marseillais et les ch’tis VS le reste du monde Julien, un habitué de la télé-réalité, incite par exemple fortement Virgil, un autre candidat, à embrasser de force la femme avec qui il flirte : « Tu la prend comme ça, comme un homme et tu l’embrasse […] maintenant tu vas me la gameler la petite ». Assis à côté de lui, un autre candidat emboîte le pas à Julien « montre lui c’est qui le patron là ». La séquence d’après, Virgil s’assoit à côté d’Aurélie et l’embrasse de force alors qu’elle repousse son visage avec sa main et recule sa tête à l’approche de celle de Virgil pendant que tous les autres candidats éclatent de rire.

Une agression sexuelle tout à fait banalisée, tandis qu’Aurélie tente de comprendre ce qu’il vient de se passer et dit à Virgil de ne plus jamais refaire ça de sa vie. Un autre extrait du thread montre le même Virgil tentant d’embrasser de force une autre candidate en lui attrapant les poignets alors qu’elle recule et se débat en répétant « non » tout du long.

Les nombreux extraits exposent le caractère extrêmement oppressif et patriarcal des relations entre candidats. Les candidats hommes font subir une énorme pression aux candidates femmes. Il leur serait dû que les candidates dorment – sous-entendu couchent - avec eux. Lorsque celles-ci refusent, ils leur hurlent dessus, se fâchent et dénoncent les refus des femmes comme une forme d’irrespect. Dans les extraits présentés, la solidarité des autres candidats, et même candidates, est toujours de mise autour de ces comportements sexistes.

Un des extraits du thread met même en scène ce qui semble être une tentative de viol alors que deux candidats dorment dans le même lit.

Ces scènes particulièrement graves sont courantes dans les programmes de télé-réalité comme le rapportait Mediapart dans une enquête sur l’omniprésence du sexisme dans les Anges de la télé-réalité : « D’une même voix, elles sont plus d’une dizaine à estimer que la production des émissions [...] encourage un climat propice au harcèlement et aux violences sexistes. ». De la même façon, une star de la télé-réalité, Illan Castronovo qui avait déjà été accusé à plusieurs reprises d’agressions et de violences, est visé par deux plaintes pour violences sexuelles. Les témoignages rapportés par Mediapart sont glaçants : deux femmes l’accusent de les avoir droguées et agressées sexuellement en boite de nuit. Pourtant, celui-ci continue à travailler régulièrement pour des productions de télé-réalité en toute impunité.

De fait, le principe des émissions de télé-réalité est de mettre en scène des rapports de tension ou de compétition, souvent alors que les candidats vivent ensemble sur une période relativement longue : de quoi faire ressortir le pire des relations humaines sous le capitalisme et rendre particulièrement visibles leurs dimensions oppressives. Or les tensions entre candidats sont souvent ce qui permet à ses émissions de générer le plus de buzz, d’attirer des annonceurs et donc d’assurer aux boîtes de production le maximum de profit.

Un nouvel exemple de la façon dont le capitalisme n’hésite pas à s’appuyer sur les rapports de domination pour générer du profit. C’est pourquoi nous luttons pour mettre fin à ce système, pour pouvoir enfin penser une culture et des relations humaines débarrassées des oppressions.



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