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7 mars réussi dans l’Education : la mobilisation s’enracine dans le 93 et s’élargit aux départements voisins

Ce 7 mars signait une nouvelle journée de grève, massivement suivie dans le 93, et étendue aux départements voisins à l'image du 95. Réunis en AG après une manifestation dynamique en direction du ministère, les personnels de l'éducation enracinent le mouvement, en alliance avec leurs élèves et les parents.

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7 mars réussi dans l'Education : la mobilisation s'enracine dans le 93 et s'élargit aux départements voisins

Une nouvelle journée de mobilisation réussie qui témoigne de la profondeur du mouvement dans l’éducation

Ce jeudi 7 mars, les personnels de l’éducation du 93 étaient à nouveau massivement en grève. La FSU revendique ainsi 60% de grévistes dans le secondaire et près de 50% dans le primaire sur l’ensemble de la Seine-Saint-Denis.

La mobilisation qui a débuté dès le retour en classe, le 26 février, s’enracine et s’amplifie. Dans les pointes avancées de la mobilisation, notamment les villes d’Aulnay, de Sevran ou encore de Tremblay-en-France, les taux de grévistes impressionnent et sont le fruit d’une mobilisation construite par en bas, rythmée par des assemblées générales réunissant élèves, parents et personnels et la mise en place d’une grève marchante, destinée à faire entrer l’ensemble des établissements dans un mouvement de grève dure.

Ce matin, l’AG Villepinte, Sevran, Aulnay réunissait ainsi 130 personnes, tandis que les AG de Montreuil et de Tremblay ont voté la grève reconductible dès la semaine prochaine.

La manifestation qui s’est tenue à Paris en début d’après-midi, en direction du ministère de l’éducation, était à l’image de ce phénomène, les banderoles d’établissements et de villes au premier plan. La présence d’élèves, parmi lesquels ceux du lycée Blaise Cendrars de Sevran, ou du lycée Simone de Beauvoir de Garges-lès-Gonesse (95), est également centrale car elle témoigne de l’alliance profonde qui se joue dans cette mobilisation entre les personnels, les élèves et leurs parents.

Une alliance largement revendiquée durant l’AG départementale qui a fait suite à la manifestation et qui témoigne de la profondeur de la dynamique en cours. « La mobilisation est très soutenue, des établissements sont encore en grève reconductible, comme le lycée Utrillo de Stains et à Pierrefitte. La mobilisation avec les parents grandit encore avec la perspective d’une opération école morte », relate un mandaté de l’AG Stains Pierrefitte Villetaneuse. Même son de cloche à Tremblay dont un enseignant explique que les réunions d’information avec les parents ont permis d’organiser une journée collèges déserts.

Cette tension à construire la mobilisation en alliance avec les élèves et les parents constitue un acquis important. Elle permet de lutter contre les divisions que le gouvernement cherche à instituer et alimenter visant notamment les élèves racisés. Ce début d’alliance constitue également un point d’appui pour ouvrir des discussions qui vont au-delà de la question des moyens mais commencer en lien avec les parents d’élèves à questionner plus largement non seulement le projet d’école que le gouvernement compte bien nous imposer par la force mais plus largement le rôle de l’institution scolaire, notamment vis-à-vis de la jeunesse des quartiers populaires. Comme en témoigne la présence des élèves du 93, cette jeunesse, racisée et précaire, fait l’objet des attaques les plus violentes et autoritaires du gouvernement.

Les rangs de la manifestation étaient par ailleurs grossis par la présence d’un cortège du 95 dynamique, autour des personnels et élèves du lycée Simone de Beauvoir de Garges-lès-Gonesse, en grève reconductible depuis le 26 février, rejoints par des délégations d’établissements du 95, à l’image des lycée René Cassin et Camille Saint-Saëns, du collège Anatole France et de l’école primaire Jean Jaurès. Un phénomène progressiste qui témoigne d’une volonté de jonction et de la possibilité d’un élargissement de la mobilisation bien au-delà de la Seine-Saint-Denis.

La question de l’élargissement, une discussion au cœur de l’AG départementale

L’AG du 93 a réuni près de 500 personnes, suite à la manifestation afin de rendre-compte des dynamiques de chaque ville et discuter des perspectives du mouvement.

La question de l’élargissement des mots d’ordre était un axe central des discussions. En effet, si la question des moyens est au cœur du « plan d’urgence pour le 93 » revendiqué par l’intersyndicale de l’éducation locale, nombreux étaient les personnels et élèves à exiger d’élargir les revendications. Parmi celles-ci le retrait de la réforme du « choc des savoirs » figure en bonne place. « L’Intersyndicale et des parlementaires ne parlent pas du choc des savoirs, mais ce matin j’étais avec une maman qui pleurait parce qu’elle ne voulait pas que son fils soit dans le camp des nuls. C’est très important », rappelait un professeur de Tremblay. Au-delà, le projet d’éducation promis aux élèves par le gouvernement était largement dénoncé, à l’image du tri social renforcé par la réforme du collège, la réforme du lycée pro ou encore Parcoursup, mais aussi les mesures de mise au pas des élèves par l’uniforme et le SNU.

Surtout, la question d’élargir la mobilisation au-delà de la seule Seine-Saint-Denis a été largement débattue. L’AG s’est en effet ouverte par une prise de parole d’une professeure et d’élèves du lycée Simone de Beauvoir, afin de relater leur mobilisation dans le 95. « Qu’on aille sur les autres départements qu’on leur donne de l’exemple », insistait en ce sens une enseignante, avant d’appeler à la construction d’AG et d’un mouvement de grève dure et reconductible élargie à toute l’Île-de-France. « On en a marre des journées perlées qui épuisent les collègues », conclut-elle. « On voit qu’il y a des grèves dans le 95, dans le 94, dans le 78, il faut saluer ces mobilisations et appeler à nationaliser cette mobilisation », appelle un autre enseignant.

L’enjeu de nationalisation de la mobilisation est en effet absolument central pour imposer un rapport de force à la hauteur, à l’heure où le gouvernement démultiplie les attaques contre l’éducation et cherche à nous enfumer en effectuant un pas de côté sur les groupes de niveaux, tout en maintenant son projet. Il y a donc urgence à le défendre dans les AG afin de dépasser les tendances à se limiter au 93 et penser à l’inverse cette mobilisation massive de la Seine-Saint-Denis comme une place forte à partir de laquelle étendre la mobilisation. Car si le 93 est la pointe avancée de la crise de l’éducation, il pourrait également devenir la pointe avancée de la lutte pour poser d’autres perspectives pour l’éducation et dénoncer clairement les offensives du gouvernement sur le secteur et la jeunesse, qui touche tous l’école dans son ensemble. En ce sens, le combat mené dans le 93 aurait tout intérêt à formuler un appel qui trouve un écho à échelle nationale, en dépassant le plan de bataille circonscrit au seul 93 et en exigeant des directions syndicales nationales un plan de bataille plus large.

La reconduction de la grève et la grève des 19, 20, 21 et 22 mars, des points d’appui pour construire le rapport de force

La reconduction de la grève a été votée dans de nombreuses AG de ville et dans l’AG départementale, tandis que de nombreux enseignants seront également en grève le 8 mars pour la journée internationale de lutte pour le droit des femmes. Si les dynamiques seront inégales selon les établissements, il s’agit d’un point d’appui clef pour maintenir la pression, continuer la grève marchante et maintenir dans la durée les AG, tout en rythmant la semaine avec des actions localement, en lien avec les parents d’élèves et les lycéens. Une pression nécessaire pour préparer le 19 et ses suites. L’AG départementale appelle ainsi à la grève non seulement le 19, mais aussi les journées suivantes des 20, 21 et 22 mars. La perspective d’une journée de grève nationale commune à l’ensemble de la fonction publique est un point d’appui central pour nationaliser la grève de l’éducation, et au-delà en faire le début d’une opposition plus large à Macron.

De fait, si le 93 est la pointe avancée de la crise de l’éducation, elle pourrait également devenir la pointe avancée d’une bataille d’ensemble contre la casse néolibérale des école populaires en général et du service public. En continuant à se battre pour des moyens mais aussi en dénonçant clairement les offensives historiques du gouvernement sur le secteur et la jeunesse, le mouvement doit aussi pouvoir rencontrer la colère profonde et accumulée qui, en témoignent les préavis de grève déposés autour des JO, s’expriment dans les autres secteurs du service public. Parce que seul un mouvement d’ampleur et en alliance avec les autres secteurs peut l’emporter, il est nécessaire de formuler un appel qui trouve un écho à l’échelle nationale et d’exiger des directions nationales de l’éducation, qui reste pour le moment l’arme au pied, un plan de bataille qui permette de construire une grève majoritaire et reconductible.

Une telle perspective nécessite de se doter d’un programme offensif. A l’heure où l’école traverse une crise profonde, il est central d’en faire une lutte d’ensemble, contre l’offensive néo-libérale qui vise toujours plus l’école, contre la mise au pas de la jeunesse et le renforcement du tri social et raciste. L’implication des parents d’élèves dans cette mobilisation témoigne du fait qu’il s’agit d’une question politique qui touche l’ensemble de la société. A nous de renforcer l’auto-organisation, afin de faire de cette mobilisation profonde une bataille politique contre Macron et son monde.


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