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Crise économique

Un tiers de la planète en récession : le FMI annonce une année plus difficile que 2022

La directrice du Fonds Monétaire International, Kristalina Georgieva, a présenté lundi les perspectives économiques du FMI pour l’année à venir dans une interview accordée à CBS. Sans surprise, celles-ci sont particulièrement mauvaises sur tous les plans.

Wolfgang Mandelbaum

2 janvier 2023

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Kristalina Georgieva, directrice du FMI, a présenté lundi les prévisions du FMI pour l’année 2023 dans une interview à la chaîne CBS. Selon les projections du FMI, « pour la majeure partie de l’économie mondiale, cette année sera difficile, plus difficile que [2022]. » Si elle ne parle pas encore d’une récession mondiale (une croissance inférieure à 2 % à l’échelle de la planète), Georgieva a toutefois prévenu que de nombreux pays vont entrer en récession rapidement, dont la moitié des pays de l’UE.

L’année qui vient de s’achever a vu une accélération exponentielle des phénomènes de crise à l’échelle du monde. Déjà affaiblie par la pandémie, l’économie mondiale a subi un nouveau choc avec la guerre en Ukraine, qui a précipité les tendances à la crise, démontrant l’incapacité du système pourrissant à se prémunir des catastrophes qu’il engendre. La crise s’est en effet propagée à tous les secteurs de la production, et plus particulièrement dans le domaine de l’énergie, touchant de plein fouet les populations qui doivent faire face à une baisse de leur salaire réel en raison de l’inflation galopante.

Le FMI avait publié en octobre un rapport prévoyant une contraction de l’économie d’un tiers des pays de la planète, avec 25% de chances pour que la croissance globale ne dépasse pas les 2 %, c’est-à-dire le seuil en-deçà duquel le FMI estime qu’on assiste à une récession mondiale. Kristalina Georgieva a réitéré ces perspectives négatives, soulignant que les trois plus grands pôles économiques mondiaux, les États-Unis, la Chine et l’Union Européenne, subissent un ralentissement brutal de leur croissance. Selon les projections du FMI, un tiers de l’économie mondiale va connaître cette année des phénomènes de récession.

L’UE sera la plus touchée par la crise, puisque la moitié des pays pourraient être en récession avant la fin de l’année. Georgieva a expliqué que l’UE sera la zone économique la plus touchée en raison de la crise énergétique engendrée par la guerre en Ukraine et des politiques de sanctions, une grosse partie du bloc étant dépendante du gaz russe. Pour juguler l’inflation qui touche tous les pays de l’UE, la Banque Centrale Européenne a augmenté à plusieurs reprises ses taux d’intérêt en 2022, un « remède » qui pourrait toucher durement les travailleurs en aggravant la crise.

Pour ce qui est de la Chine, Georgieva estime que la politique de zéro-COVID et son interruption brutale va à court terme peser énormément sur l’économie et la production chinoise et donc celles du monde entier. La croissance de la Chine devrait être en 2023 inférieure à la moyenne mondiale, une première depuis 40 ans. Le redémarrage potentiel de la production à des niveaux similaires à ceux d’avant 2022, conséquence espérée des déconfinements, va néanmoins permettre un rétablissement des chaînes de production et pourrait à moyen terme stabiliser l’économie mondiale. Georgieva pose cependant une condition sine qua non à une éventuelle embellie de l’économie globalisée : que la Chine et les États-Unis travaillent ensemble à la reprise et que la guerre économique que se livrent les deux puissances prenne fin. Un vœu pieu dans un contexte de refroidissement constant des relations entre les deux pays.

Pour Georgieva, seuls les États-Unis devraient tenir le choc face à la récession qui vient, en raison de la bonne santé de son « marché du travail » et le faible niveau de chômage. Selon elle, « si cette résilience persiste en 2023, les États-Unis aideraient le monde à tenir dans cette année difficile ». Faire reposer le sort de l’économie mondiale sur la résilience de l’économie étasunienne est pour le moins hasardeux, quand on sait que de nombreux économistes envisagent sérieusement l’hypothèse d’une récession aux États-Unis. Pour le groupe londonien Capital Economics, il y a 90% de chances pour que le pays connaisse une récession dans les six prochains mois.

Une hypothèse partagée par Dominique Baillard pour RFI, qui souligne que « chaque fois que l’inflation a dépassé le seuil des 5 % – et elle a dépassé les 8 % l’an dernier –, le resserrement des taux mis en place pour l’éradiquer a engendré une récession. Autre indice historique : depuis 1945, chaque fois que les taux rapprochés sont plus élevés que les taux longs, en clair quand l’argent est plus cher à court terme qu’à long terme parce que les opérateurs redoutent la récession, eh bien, elle survient dans l’année qui suit. »

Récession ou pas, une certitude est que le poids de la crise va retomber sur les plus pauvres. Un fait qu’admet volontiers Georgieva : « même dans les pays qui ne sont pas en récession, cela serait ressenti comme une récession pour des centaines de millions de personnes. »

Lors du sommet du G20 à Bali, Georgieva avait déjà détaillé des suggestions du FMI pour endiguer les phénomènes de récession. Son plan était axé autour de trois axes : renforcer la mondialisation et combattre les phénomènes de protectionnisme, contrôler la dette, investir dans les énergies renouvelables. Des « solutions » éminemment libérales donc, visant à renforcer un système qui a créé et perpétué les crises auxquelles nous faisons face.

Si les prévisions économiques du FMI pour 2023 sont particulièrement mauvaises, les projections finales seront présentées au sommet de Davos à la fin du mois, et risquent d’être encore plus pessimistes. La perspective d’une récession mondiale n’est pas à écarter pour de nombreux économistes, dont Kay Daniel Neufeld de l’agence de prévisions économiques CEBR, pour lequel « il est probable que l’économie mondiale subisse une récession [en 2023], en raison des hausses des taux d’intérêt en réponse à l’inflation. » Une perspective qui devraient alimenter la colère sociale dans le monde, déjà forte en 2022, et qui invite à préparer les combats à venir.


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