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Austérité

Près de 700 millions d’euros retirés à l’Education : en plus du tri social, l’austérité

Avec l’annulation de 10 milliards d’euros prévus dans le budget de l’Etat 2024, c’est près de 700 millions d’euros qui disparaissent du budget de l’Education nationale. Le message est clair : le tri social ne suffit pas, il faudra, en même temps, faire des économies, avec de nouvelles suppressions de postes en perspective.

Tristane Chalaise

23 février

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Près de 700 millions d'euros retirés à l'Education : en plus du tri social, l'austérité

Crédits photo : capture d’écran TF1

Après avoir annoncé, en début de semaine, un plan d’économie de plus de 10 milliards d’euros pour 2024, le décret publié au journal officiel le 21 février est venu préciser le montant des annulations de crédits selon les ministères. Ainsi, selon les calculs effectués par le Café Pédagogique, ce sont 692 millions d’euros qui disparaissent du budget de l’Education nationale. Une annonce qui intervient en pleine réforme du « choc des savoirs », dont la mesure phare est la mise en place des classes de niveaux. Et cela, alors même que l’ancien ministre de l’Education, fraichement nommé premier ministre, déclarait en janvier faire de l’école « la mère des batailles » et une « priorité absolue pour le gouvernement ».

Les « dépenses de personnel » et l’accompagnement des élèves en situation de handicap en première ligne de l’austérité

Si le ministère, interrogé par le Café Pédagogique, prétend que l’annulation d’une partie du budget « n’a aucun impact sur les emplois », dans les faits, elles annoncent la disparition d’un certain nombre de crédits dit « de réserve » mais qui, dans la réalité, participent pleinement au fonctionnement des établissements.

D’après Le Monde, les deux enveloppes budgétaires qui vont être les plus impactées sont celles concernant les «  fonds consacrés à des dépenses de personnel  », avec 478 millions d’euros en moins, et l’enveloppe consacrée à la «  vie de l’élève », sur laquelle sont payés, entre autres, les personnels de vie scolaire ou les accompagnants d’élèves en situation de handicap, avec 261,8 millions d’euros en moins. Tandis que, d’après l’estimation du collectif de fonctionnaires Nos services publics, c’est une enveloppe équivalente à une dizaine de milliers d’emplois qui ne sera pas débloquée à la rentrée, le Café Pédagogique estime que les économies du gouvernement menacent le financement de 2620 postes d’enseignants dans le 1er degré, 1740 dans le second degré et 1760 dans le privé, mais aussi de 4600 postes d’AED et AESH.

Alors même que la mise en place de groupes de niveau au collège va mécaniquement faire augmenter les besoins en enseignant-e-s, et que l’école souffre déjà d’un manque de personnel dans tous les domaines, de la vie scolaire aux infirmier-ères, en passant par le personnel médico-social et les AESH, la situation va ainsi être loin de s’améliorer à la rentrée. Pire, alors même que le gouvernement prétend vouloir lutter contre le harcèlement et pour l’inclusion des élèves en situation de handicap, il choisit fait de la vie scolaire et des AESH le deuxième poste d’économies pour la rentrée.

Réduire le « déficit public » dans l’Education, mais pas pour l’uniforme, le SNU et les Jeux Olympiques

Alors que Bruno Le Maire utilise le prétexte du « ralentissement de l’économie » pour justifier ses coupes budgétaire, arguant que quand « on gagne moins, on dépense moins », dans les faits, cette pseudo-logique est loin de s’appliquer à tous les domaines. On peut déjà rappeler que les entreprises du CAC 40, loin de « gagner moins », ont réalisé des bénéfices cumulés dépassant les 120 milliards d’euros en 2023. De même, l’austérité n’est pas la même pour tous les ministères : si l’écologie et le logement sont les premières victimes des coupes prévues pour 2024, la Défense et l’intérieur, quant à eux, s’en sortent plutôt bien. Et, en ce qui concerne l’Education, l’austérité est elle aussi sélective.

Tout en retirant 700 millions d’euros du budget prévisionnel 2024 pour l’Education, le gouvernement poursuit ses réformes les plus inutiles – et les plus coûteuses. En 2024, le ministère table ainsi sur l’extension du SNU, avec 80 000 séjours de cohésion, pour un coût total de plus de 110 millions d’euros, alors que, selon un rapport déposé au Sénat au nom de la commission des finances, la généralisation annoncée pour 2026 représentera un coût d’1,75 milliard d’euros. De même, avec un coût de 200 € par élève, payés pour moitié par l’Etat et pour moitié par les collectivités locales, la généralisation de l’uniforme aux 12 millions d’élèves en France représenterait un coût de plus d’1 milliard d’euros pour le ministère en 2026 ! De même, dans le cadre d’une grande opération de communication lancée à l’occasion des Jeux Olympiques, le gouvernement n’a pas hésité à dépenser 16 millions d’euros d’argent public pour la distribution d’un livret pédagogique et d’une pièce de deux euros éditée spécialement par la monnaie de Paris aux 4 millions d’élèves d’école primaire.

Groupes de niveau, uniforme, SNU et austérité : face aux attaques, poursuivre la mobilisation dans l’Education

Autant de choix très sélectifs qui reflètent les priorités du gouvernement, qui a, depuis la rentrée, brutalement accéléré ses offensives sur l’école, axant ses politiques autour du renforcement de la mise au pas et du tri social des élèves. Des attaques face auxquelles les personnels de l’Education se mobilisent, et en particulier depuis le début du mois de février, avec une journée de grève majoritaire le 1er février, où les personnels mobilisés ont manifesté leur refus d’un « choc des savoirs » qui, avec la mise en place des groupes de niveaux, va encore renforcer les inégalités scolaires et sociales.

Alors que dans le 93, les directions syndicales appellent à se mobiliser pour un « plan d’urgence pour le 93 » et que les personnels de plusieurs établissements répondront à l’appel à la grève lancé le 26 février dans le département, la poursuite de la mobilisation et les revendications portées par les grévistes peuvent devenir des points d’appui pour poursuivre la lutte face au projet d’école imposé par Macron et son gouvernement. C’est en ce sens que plusieurs établissements scolaires de la capitale appellent eux aussi à la mobilisation dès lundi.

Autant d’appels qui révèlent la détermination d’un secteur de personnels à poursuivre la mobilisation, alors même que la majorité des enseignant-e-s rejettent la politique de Macron. Pour que ces appels ne restent pas lettre morte, il est aujourd’hui nécessaire que la mobilisation s’organise à l’échelle des établissements et s’étende au niveau national, avec l’appui des organisations syndicales du secteur, en continuant d’exiger des moyens et des embauches pour de meilleures conditions de travail et d’accompagnement des élèves, ainsi que le retrait de toutes les contre-réformes, du « choc des savoirs » à la réforme du lycée, en passant par l’imposition du SNU et de l’uniforme à l’école.


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