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Mobilisation agricole

Pas-de-Calais, Bretagne, Normandie : la mobilisation des agriculteurs s’étend et se durcit

Alors que l’Élysée craint l'embrasement de la colère des agriculteurs, depuis le début de la semaine les blocages et les actions radicales se multiplient, dépassant parfois les syndicats agricoles qui tentent de reprendre la main sur le mouvement.

Raji Samuthiram

24 janvier

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Pas-de-Calais, Bretagne, Normandie : la mobilisation des agriculteurs s'étend et se durcit

Crédits photo : Révolution Permanente - blocage de l’A89, Lormont (24/01/2023)

Mercredi, les agriculteurs ont poursuivi leurs mobilisations partout en France, notamment avec des blocages d’autoroutes. Une mobilisation qui si elle part d’appels de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs. s’ancre à la base dans de nombreuses villes où parfois, les manifestants refusent par exemple d’arborer les drapeaux syndicaux en signe de défiance avec ces organisations.

Face à la colère grandissante et dans une tentative de reprendre la main, la FNSEA a annoncé dimanche soir des actions «  toute la semaine et aussi longtemps que nécessaire » sur près de 85 départements. La Coordination rurale (deuxième syndicat agricole français, d’extrême droite), a également avancé son calendrier pour proposer des actions en France, alors qu’elle prévoyait initialement une manifestation à Bruxelles le 24 janvier.

Drôme, Pas-de-Calais, Bretagne… la colère s’étend et se radicalise

La mobilisation des agriculteurs avait débuté dans le Tarn (81) à la fin de l’année 2023, puis s’est d’abord étendue dans toute la région Occitanie. Cette semaine, pendant que le gouvernement recevait plusieurs syndicats agricoles, les actions se sont amplifiées, avec de nouveaux départements mobilisés et des démonstrations de radicalité : aux blocages d’autoroutes et aux opérations escargot se sont ajoutées des actions ciblant des bâtiments de l’État et des commerces. Si de nombreuses actions sont revendiquées par les syndicats, d’autres sont organisés de façon indépendante.

Une amplification entamée dès mardi, avec par exemple le blocage des autoroutes A16, A25, et A29 dans le Nord, ou encore de l’A7 dans le sud-est avec une trentaine de tracteurs installés sur les deux voies dans la Drôme, en compagnie des patrons dans le transport routier. Selon France Bleu, le blocage avait été initié par un ancien candidat RN. Le barrage se poursuivait encore mercredi, sans intervention policière.

Mardi soir aussi, les agriculteurs en Haute-Saône (70) sont entrés dans la bataille à l’appel de la FNSEA avec des actions coups de poing, déversant une quinzaine de bennes remplies de fumier autour de l’enceinte Lactalis. L’entreprise est visée car c’est celle qui rémunère le prix du lait le plus bas — 15% en-dessous de ses concurrents, selon la FDSEA locale. Action suivie, le lendemain, par un barrage filtrant au niveau du rond-point de la Vaugine à Vésoul, routier stratégique du département.

Mercredi, d’autres blocages s’étendaient partout en France : un barrage mis en place en Pas-de-Calais sur l’A26 a bloqué la principale voie d’accès au port de Calais aux camions transportant la marchandise pour le Royaume-Uni. Dans le Centre, les JA et la FNSEA ont également bloqué plusieurs autoroutes, dont l’A71 au niveau de Clermont-Ferrand, et l’A20 au nord et au sud de Châteauroux. Dans le Grand-Est, les même ont bloqué l’A4 autour de Strasbourg et organisé une opération de « péage gratuit ».

En plus des patrons routiers, d’autres secteurs se sont joint aux mobilisations dans d’autres régions. En Bretagne, une cinquantaine de pêcheurs prévoient de manifester avec les agriculteurs de la Coordination rurale jeudi, et à Agen, devenu un point fort de la mobilisation, des centaines de taxis se sont également joint à l’action devant la préfecture.

En plus des blocages d’autoroute, les actions ont ciblées des entreprises et des bâtiments de l’État. Mardi et mercredi, à Audes, des agriculteurs ont entravé l’accès à la plateforme logistique Leclerc à l’appel de la FDSEA et les JA. L’hypermarché de Leclerc a également été ciblé mardi soir à Marmande, déversant des pneus usagés, légumes pourris et lisier devant l’entreprise accusée eux aussi de ne pas respecter les prix minimum des produits laitiers dans le cadre de la loi Égalim.

A Agen, où les actions sont largement dirigées par les dits « bonnets jaunes » de la Coordination rurale, de nombreux bâtiments de l’État ont été ciblés, ainsi que la Banque populaire et un restaurant McDonalds, où les manifestants ont déposé une botte de paille dans le restaurant puis ont brûlé un drapeau européen à l’extérieur.

Toujours à Agen, ce mercredi, les manifestants ont monté d’un cran. Alors que la délégation d’agriculteurs était reçue à la préfecture du Lot-et-Garonne pour une réunion en visioconférence avec le directeur du cabinet du ministère de l’Agriculture, elle en est ressortie déçue. Par la suite, les manifestants ont déposé des pelletées de lisier, de déchets, de pneus et de paille devant la préfecture du Lot-et-Garonne et y ont mis le feu. De nombreux CRS étaient présents.

Face aux « syndicats » traîtres et à l’extrême-droite, le mouvement ouvrier doit prendre position

Autant d’actions qui démontrent une radicalisation potentielle du mouvement, ouvrant une nouvelle crise pour l’Élysée qui craint un embrasement général. Ce, alors que les sondages montrent que la mobilisation agricole rencontre une large sympathie auprès de la population.

Jusqu’ici, les présidents de la FNSEA et des JA, qui ont rencontré le gouvernement lundi soir, avaient assuré que bloquer Paris n’était « pas une option » à ce stade. Pourtant, d’autres menacent de durcir le combat : « S’il faut monter à Paris, pourquoi pas, le périple en tracteur peut être intéressant » déclarait Jean Darolles, éleveur ovin et président des Jeunes Agriculteurs à Rieumes sur France Info. A Carbonne en Haute-Garonne, un agriculteur à l’origine du premier barrage autoroutier confiait auprès du Monde : « On restera là un mois si c’est nécessaire. J’étais prêt à rendre la carte de la FNSEA tellement on était dégoûtés d’être manipulés par des orientations nationales ».

Des témoignages qui montrent que la colère des agriculteurs pourrait dépasser les directions des syndicats agricoles qui, aujourd’hui, représentent les intérêts des grandes exploitations et de l’agro-business, loin des préoccupations des agriculteurs qui se retrouvent dans des situations catastrophiques face à la montée de la prix de l’électricité et des matières premières. A l’heure où l’extrême droite et les syndicats traîtres tentent de s’imposer comme les leaders du mouvement, le mouvement ouvrier a un rôle essentiel à jouer en apportant un programme à même d’orienter la mobilisation contre le parasitisme des grands exploitants et des grandes entreprises agro-alimentaires.


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