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Assemblées ouvertes

Face à Macron, quelle stratégie pour gagner ? Au Havre, RP ouvre les débats sur la nécessité de s’organiser

Syndicalistes et militants se sont réunis, vendredi 16 juin, au Havre, pour discuter des grands bilans de la réformes des retraites, mais aussi pour discuter de quels outils nous avons besoins pour lutter face à Macron et son monde.

Arthur Nicola

23 juin 2023

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Tirer les bilans d’une lutte historique : telle était l’objectif de l’Assemblée ouverte de Révolution Permanente organisée vendredi 16 juin dernier et qui a rassemblée une trentaine d’ouvriers de différents secteurs du Havre, qu’ils soient travailleurs industriels de la zone industrielle d’Harfleur ou fonctionnaires de l’éducation ou de la santé.

Pour tirer ces bilans, Révolution Permanente a voulu ouvrir une discussion avec les militants syndicaux qui ont participé à la mobilisation havraise contre la réforme des retraites, dans une ville qui a été une nouvelle fois un poumon de la lutte au niveau national. Dans un contexte de radicalisation autoritaire de la bourgeoisie française et du gouvernement, la nécessité de construire une organisation de combat pour la classe ouvrière se pose aujourd’hui de manière plus accrue que jamais.

Lire aussi : Où se déroulent les autres dates des Assemblées Ouvertes de RP ?

Une discussion sur la nécessité d’un parti révolutionnaire évoquée avec les ouvriers havrais, en partant des forces et faiblesses du mouvement qui s’achève.

Alexis Antonioli, raffineur CGT chez Total, est revenu sur les déclarations de Sophie Binet sur le manque de grévistes qui expliquerait la défaite : « ce qui me gêne dans cette analyse, c’est que cela occulte la vraie question de la stratégie : si tu te bornes à dire que Macron est un fou et que dans un autre pays on aurait gagné, tu ne dis pas un mot de ce qui a été une stratégie perdante, et malheureusement, les grandes confédérations sont en train de tirer ce bilan ». La façon dont l’intersyndicale a conduit la grève a donc été au centre des débats, notamment sur la stratégie des journées isolées, mais aussi sur l’isolement des grèves reconductibles qui se sont lancées après le 7 mars. Dans la discussion sur ce sujet, la trentaine de salariés présents, pratiquement tous syndiqués a plaidé dans ce sens, donnant de nombreux exemples montrant à quel point ce mouvement avait ébranlé le monde du travail beaucoup plus profondément que les derniers mouvements, que ce soit dans le privé, mais aussi à l’hôpital public par exemple.

Une des grandes questions abordées par l’Assemblée ouverte a aussi été celle de l’auto-organisation. En effet, le mouvement ouvrier havrais avait vu, notamment en 2010, des organismes de coordinations des luttes locales dans ce qui s’est appelé « le Havre de grève ». Des traditions qui n’ont malheureusement pas perduré, au point où seulement une seule Assemblée générale interprofessionnelle a pu se tenir au Havre pendant le mouvement. Pour Reynald Kubecki, ancien dirigeant de l’UL du Havre et syndicaliste chez Sidel (métallurgie), la loi travail de 2016 a changé beaucoup de chose : « elle a favorisé l’institutionnalisation des organisations syndicale, ca a chamboulé les rapports entreprise-ouvriers, et on le ressent dans les rapports qu’on a entre syndicats d’entreprise et confédération. Cela a favorisé le fossé qu’on peut avoir entre la confédération et les syndicats locaux. Les institutions syndicales nationales se sont considérablement éloignées du terrain ».

Un éloignement des instances nationales du terrain, mais aussi un changement dans la stratégie locale pour faire vivre le mouvement : « Il y a eu aussi un manque de stratégie. En 2010 on était en auto-gestion avec le Havre de grève, tous les jours il y avait des AG, mais en plus des actions nationales, on faisait une multitude d’action locales : on ne voulait pas faire une manif et rentrer chez nous, comme ce qui s’est passé aujourd’hui. Quand la lutte est menée en interpro de façon autogérée, la lutte est plus créative, parce que plus diversifiée, et c’est là que surgisse des idées plus revendicatrices, et plus de solidarité entre camarades », continue le syndicaliste.

Cette discussion, sur la nécessité d’avoir des organes de discussion et de décision de la base, a été au coeur de la discussion ouverte avec l’Assemblée. En effet, si une AG interpro a été organisée au Havre le 8 mars, de nombreux participants ont pointé la nécessité de construire ces outils. A défaut, comme le notait un ouvrier présent dans la salle, « on va continuer à faire des tours de l’hôtel de ville, et on ne gagnera pas comme ça ». Dans une ville aussi centrale du mouvement ouvrier français, la nécessité de construire des syndicats et des organisations pro-auto organisations est donc cruciale.

C’est ce qu’a tenté de faire Révolution Permanente, en lançant le Réseau pour la Grève Générale, qui a été particulièrement actif au Havre. Un réseau de syndicalistes, pour penser une stratégie gagnante face à Macron, qui a permis de coordonner certaines initiatives et créer des liens entre des syndicats et des secteurs qui ne se parlent pas : « Voir qu’on n’est pas les seuls qui voulons que ça change, ça motive énormément : le RGG a toute sa légitimité pour mener ce combat. Ceux qui disent que le réseau s’est construit contre les syndicats, ce n’est pas le cas ! On a même but, du moins les syndicats devraient avoir le même but : la victoire. C’est un outil supplémentaire pour cela ». « Un outil de coordination qui a manqué à l’intersyndicale », complète Reynald Kubecki.

L’Assemblée ouverte a été aussi l’occasion d’aborder la nécessité de la lutte contre la répression, la nécessité de s’organiser dans des coordinations comme a tenté de le faire le Réseau pour la Grève Générale, et finalement, la nécessité d’un parti révolutionnaire utile aux travailleurs. Dans un contexte où l’extrême gauche traditionnelle comme le NPA ou Lutte Ouvrière n’ont pas cherché à construire une politique alternative à celle de l’intersyndicale pendant toute la lutte contre la réforme des retraites, et alors que le pouvoir se radicalise et utilise des moyens toujours plus répressifs pour empêcher celles et ceux qui relèvent la tête de s’affronter au pouvoir, il faut un parti de combat pour s’affronter à la bourgeoisie. Cette Assemblée est un premier pas dans la construction d’un tel outil.


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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