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Aéronautique

Élections à Airbus : FO en recul important, la CGT et la CFDT se renforcent

Chez le géant aéronautique Airbus, les élections professionnelles tenues en novembre ont enregistré un recul important du syndicalisme pro patronal incarné par FO. Une dynamique qui profite particulièrement à la CGT et la CFDT.

Rafael Cherfy

10 décembre 2023

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Élections à Airbus : FO en recul important, la CGT et la CFDT se renforcent

Crédits photo : j_bg

Une participation en hausse pour l’une des élections professionnelles les plus importantes du pays

En novembre, les salariés du groupe Airbus étaient appelés à voter pour les élections professionnelles des différentes filiales en France (Airbus Opérations, Airbus SAS, Airbus Atlantic, Airbus Defense and Space). Un scrutin qui représente ainsi l’une des élections professionnelles les plus importantes du secteur privé en France, Airbus constituant la première entreprise de la branche métallurgie.

Une très grande majorité des 56 000 salariés sont allés voter pour leurs représentants syndicaux avec une participation de 77,85 % contre 72,09 % en 2019. Une hausse conséquente de la participation alors que le géant aéronautique a connu un grand renouvellement des votants depuis 2019, avec près de 10 000 nouveaux salariés depuis 2019.

Les rapports de force entre syndicats au sein du géant aéronautique restent difficiles à cerner tant la structure de l’entreprise et son découpage sont complexes. Cependant, sur la base des résultats au niveau du groupe Airbus et d’une analyse des votes dans les principales entités, il est possible de dégager certaines tendances de fond.

FO perd du terrain après 4 ans d’accompagnement des politiques anti-sociales de la direction

Historiquement dominé par Force Ouvrière, les récentes élections montrent finalement une dynamique défavorable au syndicat pro patronal de l’avionneur. Au niveau du groupe Airbus, Force Ouvrière réalise 32,99 % des voix. Si ce dernier reste premier syndicat avec ce score, il enregistre cependant un recul important de 8 points par rapport aux élections en 2019 (40,80 %). Dans l’entité Airbus Opérations, celle qui représente le plus grand site industriel en France avec de nombreux ouvriers et techniciens, le recul de FO est le plus important. En effet, le syndicat passe de 55 % en 2019 à 45,28 % en 2023, soit un recul de quasiment 10 points.

Force ouvrière se félicite du résultat avec un communiqué titré « Airbus : FO toujours au plus haut » et s’enferme dans le déni. Pourtant, ce recul est un important symptôme du désaveu de la politique pro patronale menée par le syndicat dans sa plus forte implantation du secteur privé. Dominique Delbouis, coordinateur de Force ouvrière au niveau d’Airbus Group, le concède : « au cours du dernier mandat, nous avons traversé une tempête de quatre ans avec dès le lendemain des élections la crise du Covid ». En effet, le syndicat n’a pas défendu les intérêts des salariés face aux attaques qui se sont multipliées depuis l’arrivée du Covid (plan social, augmentation des salaires en dessous de l’inflation, dégradations des conditions de travail avec le projet Reload...). À l’inverse, FO a été la figure d’un syndicalisme d’accompagnement des politiques de la direction, allant jusqu’à militer contre les grèves et signant l’ensemble des accords défavorable aux salariés.

Dans la continuité, le syndicat CFE-CGC connaît aussi un recul au niveau du groupe, passant à 29,65 % contre 34,06 % en 2019. C’est la même dynamique pour la CFTC : 14,12 % contre 12,94 % en 2019. Là aussi, ces scores peuvent s’expliquer par les conséquences des politiques d’accompagnement menées par les syndicats qui, aux côtés de FO, ont signés l’accord Reload, un plan social mis en place suite au Covid ainsi que des négociations salariales au rabais.

La CGT et la CFDT ressortent renforcés

Le recul de certaines organisations syndicales profite à d’autres. En effet, la CGT et la CFDT progressent fortement dans la principale entité Airbus Opérations engrangeant chacune 4 points de plus qu’en 2019. La CGT obtient ainsi 11,30 % des voix, tandis que la CFDT en obtient elle 8,23 %. Au niveau du groupe, les deux organisations syndicales sont les seules à progresser par rapport aux précédentes élections.

Une avancée qui peut s’expliquer grâce à des positionnements contre le projet « Reload », qui constitue un refonte des accords d’Airbus engendrant une casse des conditions de travail et de rémunération. En effet, la CGT est le seul syndicat représentatif à ne pas avoir signé l’accord et qui l’a toujours dénoncé. De son côté, la CFDT (qui n’a pas été consulté pour signature car non représentative à ce moment) a fait campagne contre le projet Reload. Pourtant, la refonte des accords d’entreprises du projet Reload est une conséquence directe de la nouvelle convention de la métallurgie qui a elle été signée par la CFDT au niveau national le 7 février 2022 . Le syndicat a donc mené campagne à Airbus contre les conséquences d’une politique qu’il a lui même soutenu à l’échelle nationale.

Au niveau de la CGT, ce résultat vient aussi confirmer la bonne dynamique lors de la campagne et ce qui s’était exprimé à plus petit échelle lors des élections des salariés du CSE d’Airbus en avril 2022 où la CGT présentait une liste pour la première fois en obtenant 24 % des voix, disputant ainsi un terrain où FO réalisait 100 % des voix aux précédentes élections.

Des scores électoraux qui donnent une continuité au travail militant de ces dernières années, avec la CGT Airbus qui revendique par exemple d’avoir triplé son nombre d’adhésion depuis 2019 selon Bruno Galaud, délégué syndical adjoint CGT. Plus largement, les progrès de la CGT à Airbus font aussi écho à des avancées de la CGT dans les trois autres grands donneur d’ordre du secteur aéronautique (Safran, Thales, Dassault).

Ainsi, les résultats des élections professionnelles d’Airbus marquent un recul du syndicalisme pro-patronal incarnée par FO, la CFE-CGC et la CFTC à Airbus. Alors que certains secteurs du géant aéronautique sont entrés en grève durant ces dernières années, à l’image des ouvriers de la chaîne d’assemblage A320 à Toulouse, des syndicats comme la CGT Airbus ont réellement accompagnés ces mobilisations et donné la voie aux salariés, ce qui se retranscrit aujourd’hui dans les élections.

Sur la base de ces avancées électorale, il s’agit maintenant de consolider la dynamique dans un syndicat militant qui mette au centre de son activité l’organisation des salariés. Continuer un tel travail permettra de réellement peser face à une direction qui, dans un contexte de crise galopante, cherche à imposer une politique de recul sociaux toujours plus offensive.


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