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Solidarité

Chambéry : un manifestant du 1er mai lourdement condamné pour « outrage au drapeau »

Jeudi 4 mai, à l'issue d'un rapide procès, un manifestant a été condamné à 6 mois de prison avec sursis et 400€ d’amende pour avoir jeté, au milieu d'autres choses, un drapeau français dans un feu lors de la manifestation du 1er mai. Une condamnation scandaleuse dans le cadre de l'intense répression qui s'est déchaînée partout en France.

Dom Thomas

13 mai 2023

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Chambéry : un manifestant du 1er mai lourdement condamné pour « outrage au drapeau »

Lundi 1er mai, le cortège était fourni à Chambéry : dans cette période de profonde colère qui vise la réforme des retraites et, plus largement, Macron et son gouvernement, 11.000 manifestants étaient descendus dans les rues. Bannières syndicales, banderoles de secteurs, cortège lycéen et étudiant : la manifestation ressemblait à celles du cœur du mouvement de ces derniers mois, loin des défilés plus tranquilles des 1er mai habituels.

Devant la Préfecture, une partie du cortège a marqué un arrêt pour allumer un feu et y brûler des pantins représentant Macron et Darmanin. L’isolement de la centaine de manifestants qui a assisté à cette action était une occasion trop belle pour les policiers en faction devant l’édifice : après avoir fait mine d’escorter le cortège qui repartait calmement vers le parc de Buisson Rond, où un pique-nique était prévu, les policiers ont brutalement chargé, gazé et coursé les manifestants, provoquant leur dispersion. Ils ont en outre arrêté et placé en garde-à-vue plusieurs personnes, ciblant délibérément les plus isolées, non syndiquées et non encartées.

Si certaines ont été rapidement relâchées, ce n’est pas le cas de B., qui est resté en garde à vue jusqu’à son procès en comparution immédiate. Comme dans de très nombreux autres cas, les conditions de garde à vue de B. ont été particulièrement indignes. Arrêté en fin de matinée lundi, B. n’a reçu aucune nourriture avant la fin de la journée ; incarcéré en cellule collective sans accès à des toilettes, c’est dans une bouteille qu’il a dû uriner pendant sa détention !

Jeudi 4 mai, à l’issue d’un rapide procès, B. a été condamné à six mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve de cinq ans, ainsi qu’à une amende et des frais de justice de plus de 500 €, pour avoir jeté dans le feu, au milieu d’autres choses, un drapeau français. Le procureur, qui aurait voulu envoyer B. directement en prison pour 10 mois, a prétendu faire le procès du « meneur » d’un « groupuscule radicalisé », pendant que le Préfet, venu en personne au procès, déclarait qu’en brûlant ce morceau de tissu B. attaquait la liberté de manifester ! B. est en outre convoqué à une seconde audience en septembre.

Un honteux tissu de mensonges pour charger lourdement le simple fait d’avoir mis au feu, au milieu d’autres choses, d’un simple carré de tissu, et justifier d’enfoncer un homme dont la situation est déjà très précaire. Depuis plusieurs mois, B. vit en effet dans la rue. Ayant perdu son travail, il lui faut faire la manche pour survivre. Ses conditions de vie le rendent donc particulièrement vulnérable au harcèlement policier. Le condamner à du sursis avec une longue mise à l’épreuve de cinq ans, dans ce contexte, rend la perspective de la prison bien réelle.

Cette condamnation très lourde et scandaleuse pour un drapeau brûlé s’inscrit dans une offensive répressive que le gouvernement, qui se saisit de n’importe quel élément pour réprimer depuis le 49.3, multiplie les procès pour « outrages » et a encore passé un cap le 1er mai. En effet, pendant qu’à Chambéry une peine énorme tombait pour un drapeau, 540 personnes étaient interpellées en France, et une partie d’entre elle mise en prison pour plusieurs jours de détention provisoire avant leur procès.

Face à la répression du gouvernement, face à sa volonté d’écraser la colère et de museler les manifestants, il faut dénoncer l’offensive autoritaire et construire une réponse collective et solidaire, exiger l’abandon de toutes les charges et la libération de celles et ceux qui sont encore emprisonnés.


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