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Racisme et violences d’Etat

Justice pour Steve !

Impunité policière. 3 ans après la mort de Steve, une enquête réaffirme la responsabilité de la police

Ce dimanche, Disclose a révélé un rapport d'expertise vidéo démontrant la responsabilité de la police dans la mort de Steve, noyé dans la Loire en 2019 lors de la fête de la musique à Nantes. Une nouvelle preuve de l'impunité policière puisque l'enquête a été close en mars par le juge sans qu'aucune sanction n'ait été prise contre le policier mis en cause.

mercredi 6 avril

Crédits photo : LOÏC VENANCE / AFP

Pour rappel, Steve Maia Caniço est décédé à 24 ans à Nantes dans la nuit du 21 juin 2019, lors de la Fête de la musique à la suite d’une intervention policière lors d’une free party. Il avait été retrouvé noyé dans la Loire.

Disclose, qui vient de révéler un rapport d’expertise vidéo, rapporte que la police avait alors eu recours à « 33 grenades lacrymogènes, 10 grenades de désencerclement, 12 tirs de flash-ball et un tir de taser » pour faire cesser la soirée. Édouard Philippe affirmait pourtant dès le 30 juillet 2019 qu’« il ne pouvait être établi de lien entre l’intervention de forces de police et la disparition de M. Steve Maia Caniço ».

Par la suite, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), avait affirmé que la police avait fait face à un « rapport de force défavorable » afin de justifier la violence employée la police. L’Inspection générale de l’administration (IGA), avait elle aussi repris cette version dans un rapport publié septembre 2019, qui pour sa part, fait aussi mention de légitime défense.

C’est dans ce contexte qu’une enquête pour homicide involontaire à l’encontre du Commissaire Grégoire Chassaing en charge de l’opération et de l’ancien préfet est alors ouverte. Ce dimanche, Disclose a dévoilé une expertise qui reconstitue les circonstances de la mort de Steve. Partie intégrante du dossier d’instruction clôturé le 7 mars, elle a été réalisée par une agence d’expertise indépendante, Index, et est basée sur les éléments de l’enquête judiciaire.

Selon Disclose, l’expertise conclut que « Compte tenu de l’ensemble des données disponibles, il est fortement probable que Monsieur Maia Caniço ait été affecté par du gaz lacrymogène au moment de sa chute dans la Loire ». Ainsi, le lien entre la chute de Steve, qui a mené à sa mort, et « la progression des policiers sur le quai Wilson ne peut être écarté ».

En se basant sur cette expertise, Disclose retrace pas à pas le déroulement de la soirée et montre que la police est responsable de la mort de Steve. Sur la base des conversations téléphoniques utilisées dans le cadre de l’enquête et de l’expertise, il est ainsi établi que les policiers avaient pour mission de faire cesser la musique. Il ressort que neuf des DJs présents ont alors cessé leur set rapidement, et qu’un dernier a cessé le sien après quelques minutes supplémentaires.

La musique reprend aux alentours de 4h25, et les policiers s’arment alors de matraques pour retourner sur les lieux. Ils affirmeront alors qu’une bouteille est jetée en leur direction. Ce serait en réponse à cela que la police a eu recours aux grenades lacrymogène. Le commissaire Grégoire Chassaing affirmera à ce propos : « à peine commencions-nous à nous équiper que nous avons reçu d’abord quelques projectiles, puis une pluie de projectiles. [...] C’est là où nous avons dû répliquer par une première salve de grenades lacrymogènes, à destination de ceux qui nous canardaient. »

Pourtant, selon l’expertise qui s’est basée sur une vidéo filmée à 4 h 30, « aucun jet de projectile n’est visible ou audible », rapporte Disclose. C’est à 4h31, que le chef d’équipe fait part d’un jet de « projectiles » et indique à son supérieur de son utilisation de gaz lacrymogène. Il semble que ce soit à 4h32 que la situation s’agite, notamment du fait du nuage de lacrymogène qui s’épaissit, réduisant pratiquement à néant la visibilité et entraînant des difficultés respiratoires. Disclose rapporte à ce titre le témoignage d’un secouriste de la protection civile, présent sur les lieux, décrivant « un nuage de lacrymogène » qui aurait créé « un mouvement de panique impressionnant ».

Il est alors souligné par les personnes sur place que certains seraient potentiellement tombés dans la Loire, comme en atteste la vidéo publiée par Disclose. On entend d’ailleurs un des policiers affirmer que « deux individus auraient peut-être sauté dans la Loire, à hauteur de notre intervention » et un autre solliciter que soient envoyés « les pompiers et les sauveteurs ».

Ainsi, il ressort de l’expertise que cinq personnes sont alors tombées dans le Loire, dont Steve, afin d’échapper au nuage de gaz et du fait du manque de visibilité qu’il a engendré. De plus, il est montré qu’à 4h37 l’ordre de cesser les gaz lacrymogène sera donné pas moins de 4 fois, sans pourtant être mis en œuvre.

Ainsi, on constate une fois de plus que l’enquête réalisée au préalable par l’IGPN a été complaisante avec ses collègues. Lors de l’enquête visant le commissaire et l’ancien préfet de Loire atlantique, qui a d’ailleurs été diplômé de la légion d’honneur par Emmanuel Macron, les avocats du commissaire et du préfet ont même sollicité la nullité de l’expertise réalisée par Index au motif que l’organisation ne serait pas impartiale. Que faudrait-il dire alors du caractère « impartial » d’une institution comme l’IGPN qui mène des enquêtes sur leurs pairs.

Comme à l’accoutumée dans les affaires impliquant des policiers, l’impunité règne. De la même manière que dans l’affaire Adama Traoré, qui vient d’être encore relancée par la justice, on assiste à un combat perpétuel afin d’écarter toute expertise pouvant mettre en cause les policiers.

De la même manière que les recherches des corps disparus après ce drame n’ont commencé qu’après les manifestations exigeant la justice pour Steve, cette énième affaire démontre que le combat contre les violences policières reste à mener. Là encore, il apparaît que ce n’est que par la mobilisation collective que ce combat pourra être gagné, face aux rouages institutionnels qui favorisent l’impunité policière.



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