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Regularisation pour tous !

« C’est de l’esclavage » : les travailleurs sans-papiers d’Emmaüs en grève illimitée à Saint-André-lez-Lille

Depuis 13 jours, les compagnons sans-papiers de l’Emmaus de Saint-André-lez-Lille sont en grève pour dénoncer les conditions de travail que leur impose la direction, qui s’apparente à de l’esclavage moderne.

Alberta Nur

17 juillet 2023

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« C'est de l'esclavage » : les travailleurs sans-papiers d'Emmaüs en grève illimitée à Saint-André-lez-Lille

Crédits photo : compte Twitter de Saïd Bouamama @BouamamaFUIQP

Une grève illimitée pour dire stop à l’esclavage

Depuis maintenant 13 jours, un conflit anime l’entrepôt Emmaüs de Saint-André-lez-Lille. En cause, les pratiques scandaleuses de la direction d’Emmaüs, qui profite de la situation vulnérable des personnes sans-papiers. En leur faisant miroiter l’attribution du statut de « compagnon » qui permet aux personnes sans-papiers de toucher une indemnité et d’ouvrir la voie vers une régularisation, la direction du site leur impose des conditions de travail honteuses : intégrés au sein de la « communauté Emmaüs », elles travaillent 40 heures par semaine et sont rémunérées 150 euros par mois, sans être déclarés.

« J’ai même mon enfant au dos pour aller travailler, quand je suis enceinte, j’ai travaillé jusqu’au dernier jour, sinon je mange pas » expliquait ainsi une gréviste sur le piquet de grève. Logés et nourris par la structure, les compagnons sont surveillés sans cesse par la direction, qui les filme, à l’aide de caméras de surveillance, jusqu’à leur domicile. Une autre gréviste raconte : « on nous donne de la nourriture périmée, mais on est obligé de le garder car on a rien d’autre ». « Rentre en Afrique si t’es pas content » a rétorqué un responsable à un compagnon.

Une situation de précarité extrême, face à laquelle les compagnons sans-papiers ont relevé la tête. Ce lundi 17 juillet, ils entament leur treizième jour de grève et revendiquent une reconnaissance de leur statut de travailleur et le paiement de leurs heures de travail non-payées :« Emmaüs c’est pas pour aider les gens c’est de l’esclavage » raconte Mouloud, gréviste. « On a pas de fiches de payes, on a pas de contrat, on a rien, on vit dans la merde c’est pour ça qu’on fait la grève. On en a marre ! ».

 

Derrière la grève, un système qui mêle racisme et exploitation

La direction de l’entrepôt Emmaüs profite de la situation de vulnérabilité des personnes sans-papiers pour les faire travailler pour une rémunération minable. Elle a en effet a agité la promesse d’une régularisation et d’une ouverture à des droits au bout de trois ans d’activité aux personnes sans-papiers pour leur faire accepter des conditions de travail précaires – des déclarations mensongères qui s’appuient sur un système judiciaire raciste.

En effet, la loi asile immigration de 2018 exigent des personnes sans-papiers qu’elles justifient trois ans d’activité ininterrompue dans un OACAS (Organisme d’Accueil Communautaires et d’Activité Solidaires) pour pouvoir prétendre à l’obtention d’une carte de séjour de plein droit. Seulement, ces organismes doivent cotiser à l’Urssaf, ce que refuse de faire la direction de l’Emmaüs de Saint-André-lez-Lille, empêchant donc les compagnons sans-papiers d’accéder à leurs droits. Confrontée à son mensonge, Anne Saingier, la présidente d’Emmaüs Nord Pas-de-Calais aurait alors déclaré avec mépris aux compagnons que « les trois ans, vous pouvez les retirer de votre tête ! »

Suite à une enquête Streetpress en juin dernier qui révèle les conditions de maltraitance des vingt-et-un travailleurs sans-papiers à la Halte Saint-Jean et au lancement de leur grève le 7 juillet, la direction d’Emmaüs a été perquisitionnée par l’Office central de la lutte contre le travail illégal pour « traite d’êtres humains » et « travail dissimulé ». Au niveau national, la direction d’Emmaüs a annoncé avoir lancé un audit et demandé aux responsables locaux de « mettre en retrait » la directrice Anne Saingier, tout en continuant d’affirmer que les membres de la structure sont des « travailleurs solidaires » et non pas des employés. Des « bénévoles » sans-papiers qui subissent chantages et menaces constantes de la direction, auxquels s’ajoutent la peur de la répression de la préfecture.

 

Les travailleurs précaires relèvent la tête : soutenons-les ! 

« Ils ont trouvé le courage de casser l’omerta et le silence, ils dévoilent une situation esclavagiste des travailleurs qui travaillent 40 heures par semaine. C’est ça la réalité d’une France qui prétend encore donner des leçons au monde » s’écriait Saïd Bouamama le 5 juillet dernier, lors d’une prise de parole à la marche de lutte contre les violences policières auxquels se sont rendus les grévistes.

 

Une jonction exemplaire, dans un contexte où le meurtre de Nahel est venu révéler le racisme qui structure la société et ses institutions. La grève des compagnons sans-papiers d’Emmaüs vient ainsi démontrer la manière dont ce racisme justifie une surexploitation dans le monde du travail. Un combat que les grévistes sont déterminés à porter jusqu’à la victoire, malgré le refus de la direction de répondre aux revendications des compagnons, qui a « tout nié en bloc : les accidents du travail, les conditions de travail, la destruction des arrêts maladie, etc » comme l’atteste un communiqué des grévistes.

Pour durcir le rapport de force et permettre à l’ensemble des grévistes de continuer le conflit, les grévistes ont lancé une caisse de grève.. Les grévistes appellent à la solidarité sur leur piquet de grève devant la Halte au 181 rue du General Leclerc, 59350 Saint-André-lez-Lille. Soyons nombreux à les soutenir et dire stop à l’esclavage moderne !


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