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Extrême-droite

Brésil. Des militants pro-Bolsonaro envahissent les principaux lieux de pouvoir à Brasilia

La fraction radicale des soutiens de l’ex-président Jair Bolsonaro s’est mobilisée ce dimanche et a créé le chaos dans la capitale du Brésil. Des manifestants ont envahi le congrès, le palais présidentiel et le siège du Tribunal Suprême de Justice. Un défi à l’autorité du nouveau gouvernement de Lula.

Philippe Alcoy

8 janvier 2023

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Des milliers de partisans de l’ex-président brésilien, Jair Bolsonaro, ont manifesté à Brasilia ce dimanche et se sont dirigés vers les lieux de pouvoir. Face à la faible résistance des forces de sécurité, ils ont réussi à envahir et à dégrader le Parlement national, avant de faire de même avec le siège du Tribunal Suprême de Justice et le Palais présidentiel.

Ces scènes inédites dans l’histoire brésilienne rappellent l’assaut du Capitole par les soutiens de Donald Trump en 2021. Alors que Lula Da Silva a été investi la semaine précédente, il s’agit d’une contestation directe de l’autorité et de la légitimité du nouveau gouvernement par ce secteur radicalisé de l’extrême-droite.

Les images ont en quelques minutes fait le tour du monde. On a pu voir des bolsonaristes poster sur leurs réseaux sociaux des images d’extase, avec des manifestants montant la rampe du palais présidentiel où, une semaine auparavant, Lula célébrait sa troisième investiture en tant que président. Un véritable symbole de la polarisation politique du Brésil. Les images ont aussi montré des dégradations de la part des bolsonaristes qui ont brisé des vitres des bâtiments, détruit le mobilier. Ces derniers ont même mis en partie le feu au siège du Congrès national.

Face à eux, l’attitude de la police et des forces de sécurité a contrasté avec la brutalité qu’elles montrent d’habitude contre les travailleurs, la jeunesse, les populations noires ou indigènes, et les plus pauvres. En effet, des images montrent des policiers en train de parler tranquillement avec les manifestants putschistes pendant que d’autres s’introduisent dans les bâtiments publics. On les a vu même guider le cortège de la manifestation bolsonariste vers les lieux de pouvoir. Cela montre le caractère réactionnaire de ces institutions répressives, dont les membres sont largement des soutiens de l’ex président d’extrême-droite.

Mais les complicités ne se limitent pas aux agents de base ou aux sous-officiers des forces de sécurité. Anderson Torres, chef de la sécurité de Brasilia au moment des incidents, est un bolsonariste notoire. Il a été démis de ses fonctions par le gouverneur de Brasilia, Ibaneis Rocha (un autre soutien de Bolsonaro), sans doute pour couvrir sa propre responsabilité dans ce fiasco et pour tenter d’échapper à des sanctions éventuelles.

De son côté Lula a fait une adresse à la presse en affichant sa colère face à la situation. Dans son discours il s’est attaqué violemment aux manifestants qu’il a traité de « nazis fanatiques » et de « vandales ». Il s’est aussi attaqué à l’ex-président brésilien affirmant qu’il était un « génocidaire » qui n’a pas hésité à encourager ses partisans à s’attaquer aux institutions de l’Etat tout au long de son mandat. Il a promis que ces manifestants seraient identifiés et punis.

Il a également pointé « ceux qui financent » ces manifestations, alors que 80 bus avaient été affrétés pour transporter les manifestants à Brasilia. A la suite de son adresse il a décrété une intervention fédérale à Brasilia jusqu’au 31 janvier pour rétablir l’ordre et assurer la sécurité des sièges du pouvoir. Les agents de police, l’agro-business et les trafiquants de bois et d’or ont aussi été mentionnés comme responsables de ce qui s’est passé.

Cependant, ce discours violent et agacé de Lula contraste avec le caractère conciliateur qu’il est en train de donner à son nouveau gouvernement. Lors de son investiture et dans d’autres déclarations publiques le nouveau président s’est attaqué à Bolsonaro, et à une frange radicalisée de ses soutiens, mais a laissé entendre clairement qu’il comptait ouvrir un dialogue avec le bolsonarisme plus largement. Son objectif affiché est celui d’un « apaisement » du pays. A tel point que cette semaine son ministre de la Défense, José Múcio Monteiro, déclarait que les manifestations et rassemblements putschistes des bolsonaristes étaient une « expression de la démocratie »…

Or, ce que nous avons vu avec ces manifestations putschistes des bolsonaristes c’est que l’extrême-droite se sent en confiance au point de s’attaquer aux institutions de l’Etat contestant le résultat des élections. Toutes ces années de bolsonarisme ont permis à ce secteur réactionnaire radicalisé de se consolider, d’apprendre à s’organiser. Aujourd’hui ils représentent une menace directe pour la classe ouvrière, la jeunesse, les secteurs opprimés de la société et les classes populaires en général.

Mais Boslonaro n’est pas le seul responsable de cette situation. L’extrême-droite a commencé à se structurer et à prendre de la confiance notamment à partir du coup d’État institutionnel de 2016 contre la présidente Dilma Rousseff. Or, certaines des figures qui ont été à la tête de ce coup bonapartiste articulé autour du pouvoir judiciaire sont aujourd’hui membres éminents du gouvernement de Lula, à commencer par son vice-président, le réactionnaire néolibéral Geraldo Alckmin.

En ce sens, ce n’est pas la politique conciliatrice et de coalition avec des secteurs de la bourgeoisie nationale menée par Lula qui va permettre de vaincre l’extrême-droite. Au contraire, c’est la force de la classe ouvrière, de la jeunesse et des secteurs opprimés de la société, organisée indépendamment de ce gouvernement, qui sera clé pour écraser les mobilisations réactionnaires et putschistes des partisans de l’ex-président.


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