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Argentine : une nostalgique des crimes de la dictature vice-présidente de Milei

Figure de proue du projet ultra réactionnaire de Javier Milei, l’avocate Victoria Villarruel, ardente défenseuse de la dictature militaire, va devenir la nouvelle vice-présidente en Argentine.

Emile Causs

20 novembre

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Argentine : une nostalgique des crimes de la dictature vice-présidente de Milei

Ce dimanche soir en Argentine, Javier Milei et son parti d’extrême droite La Libertad Avanza ont remporté le scrutin présidentiel argentin, battant Sergio Massa, le précédent ministre de l’Économie. Ainsi, le 10 décembre prochain, les libertariens d’extrême droite prendront leurs fonctions à la Casa Rosada, et Milei sera officiellement investi comme président de l’Argentine.

Figure de proue du projet ultra-réactionnaire de Milei, l’avocate Victoria Villarruel, âgée de 48 ans, sera investie à la vice-présidence. Surnommée un temps par Milei "la Dame de fer" en hommage à Thatcher, elle devrait se voir confier le ministère de la Sécurité et de la Défense, équivalent du ministère de l’Intérieur en France. Cette dernière a joué un rôle central dans la campagne de Milei en mettant au centre son discours négationniste concernant les crimes de la dictature Argentine qui a sévi de 1976 à 1983. Une méthode de mobilisation des secteurs les plus réactionnaires de la bourgeoisie et de la société argentine contre le discours officiel de l’Etat Argentin, mais aussi de nombreuses organisations politiques et sociales qui continuent à se battre pour une reconnaissance intégrale des victimes et responsables de la dictature génocidaire.

L’avocate des tortionnaires de la dictature

Victoria Eugenia Villarruel est née le 13 avril 1975 à Buenos Aires. Son berceau était entouré de bottes, d’uniformes vert olive, de casques et de mitraillettes. Son père et son grand-père maternel étaient des hauts gradés de l’armée. En 1982, le père de Victoria a participé à la guerre des Malouines en tant que deuxième chef de la compagnie de commandos 602, autrement dit, un haut gradé de la dictature. Au retour de la démocratie en Argentine, il a créé une entreprise privée de sécurité, dont sa fille a héritée et qu’elle continue de gérer selon Médiapart. Son grand-père était le contre-amiral Laurio Hedelvio Destáfani, son oncle Ernesto fut également commandant du centre clandestin de détention Le Vesubio, dans la banlieue de Buenos Aires.

Bercée dans un milieu ultra-conservateur et nostalgique de la dictature, comme l’explique La Izquierda Diario, l’avocate « se place à droite de la théorie des deux démons, » une théorie réactionnaire élaborée dans les années 80 devenue doctrine d’Etat au retour de la démocratie et qui visait à disculper les responsables civils et militaires de la dictature de 76 en mettant un pied d’égalité entre la violence d’Etat, les crimes contre l’humanité menés par la junte et les militants politiques (ayant participé ou non à la lutte armée) et ouvriers massacrés par la dictature.

« Villarruel va plus loin. Elle ne justifie pas seulement la répression du mouvement de masses par les classes dominantes et le ’parti militaire’ (avec l’aval des partis majoritaires) au cours des années 70, mais elle exige que l’État reconnaisse comme ’victimes’ les militaires, les policiers, les agents pénitentiaires, les entrepreneurs, les bureaucrates syndicaux et autres personnalités de cette répression qui sont morts dans des affrontements avec les militants des organisations armées ou même dans des circonstances jamais élucidées. » continue la Izquierda Diario.

Dans cet objectif, elle a co-créé au début des années 2000 un collectif « Les jeunes pour la vérité » avec lequel elle a organisé des visites en prison du général Jorge Videla, l’un des principaux responsables du génocide politique et de classe mené par l’Etat Argentin dans les années 70 et a participé à des marches pour la libération des génocidaires. Durant la campagne présidentielle, elle a défendu le tortionnaire condamné à cinq reprises, Juan Daniel Amelong, présenté par ses soins comme une « victime du terrorisme sans droits humains ». En outre, elle n’a pas hésité à partager des posts de l’ancien militaire Ivan Volante, apologiste de la dictature militaire.

En 2021, lors d’un meeting à Buenos Aires, elle déclarait : « À ceux qui parlent de moi comme d’une complice de génocide, d’une facho, raciste et réactionnaire, je leur dis que je prends tout ça avec le sourire. Parce que ce sont les mêmes qui justifient les crimes du communisme. Il y en a ras-le-bol des dictatures des minorités, qui nous disent comment nous devons vivre. Et si c’est être de gauche que de défendre l’impunité du terrorisme, alors oui, je suis de droite. »

Une lobbyiste du négationnisme des crimes de la dictature militaire

Enrobant ses paroles de la rhétorique de la jurisprudence internationale sur les droits de l’homme, elle entend imposer une « mémoire complète » sur la dictature, remettant également en cause le chiffre des 30 000 personnes disparues. Pour ce faire, dès 2006, elle fonde, après avoir été diplômée de la faculté de droit, avec d’autres défenseurs de la dictature, le Centre d’Études légales sur le Terrorisme et ses Victimes (CELTYV), une prétendue ONG humanitaire qui n’est rien de plus qu’un label à partir duquel Villarruel fait du lobbying négationniste et cherche à réhabiliter les militaires génocidaires. Cette politique a notamment pour but de participer à relégitimer les forces armées argentines, profondément discréditées par le processus mémoriel qui a été mené par les organisations politiques et sociales pour la mémoire depuis plusieurs décennies.

Début novembre, lors du débat face à Agustin Rossi, le candidat à la vice-présidence de Massa, Villarruel a déclaré : « Il n’y a pas eu 30 000 disparus, et c’est votre propre gouvernement qui le dit, arrêtez de mentir aux gens, au Parc de la Mémoire, il y a 8 751 noms, où sont les autres ? Arrêtez de faire du carnaval avec les disparus, arrêtez d’utiliser les disparus, dites la vérité ».

Dans le même sens, en mai 2018, elle s’est rendue à New York avec le CETLTYV pour une réunion de « victimes du terrorisme » organisée par les Nations Unies. Sur place, elle a enregistré une vidéo demandant directement au gouvernement de Mauricio Macri « de reconnaître les victimes du terrorisme » parce que « 17 380 familles attendent justice, vérité et réparation ». Une vidéo similaire a été enregistrée en juillet 2019, depuis le même siège de l’ONU. Elle défend sa version notamment dans son livre « Les autres morts : victimes civiles du terrorisme guérillero des années 70 », unanimement critiqué pour son négationnisme historique.

Politique sécuritaire, criminalisation des mapuches et position anti-avortement

Proche du parti néo-franquiste espagnol Vox, avec qui elle a organisé un meeting de Milei à Madrid en octobre 2022, l’avocate partage l’ensemble de la ligne sécuritaire, raciste et anti-féministe de cette extrême droite. Tandis que Milei prône le désinvestissement de l’État dans tous les domaines, dont l’éducation ou la santé, avec Villarruel, les libéraux d’extrême droite entendent renforcer les forces répressives de l’État et soutiennent des mesures telles que l’entrée de l’armée dans les quartiers populaires sous le prétexte de la lutte contre le trafic de drogue.

Villaruel a organisé cette dernière année des rencontres au sein de la législature de Buenos Aires en hommage aux tortionnaires et membres de la dictature. Son programme réactionnaire vise notamment les femmes, les pauvres et les peuples originaires comme le peuple Mapuche, qu’elle vise souvent afin de lui nier ses droits fondamentaux. Son arrivée au sein du ministère de la Sécurité indique que le programme économique de Javier Milei ne pourra être imposé sans affrontements et lutte des classes.


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