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Tout augmente sauf nos salaires !

40% de la population ne partira pas en vacances : avec l’inflation, les pauvres assignés à résidence

Avec l’inflation, la proportion de la population qui prévoie, en France, de ne pas partir en vacances cet été est en hausse. À l’heure des vagues de chaleur à répétition, ce sont les plus précaires et les quartiers populaires qui sont en première ligne.

Adèle Chotsky

11 juillet 2023

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40% de la population ne partira pas en vacances : avec l'inflation, les pauvres assignés à résidence

Photo : logements sociaux à Saint-Denis. Domaine public

Plus d’inflation, moins de vacances

D’après des sondages IFOP et CSA publiés en juin, c’est entre 35% et 40% de la population en France qui prévoit de ne pas partir en vacances cet été, en hausse de respectivement 14 et 3 points par rapport 2022, comme le rapporte Le Monde. La première raison invoquée, à 44%, est de loin le manque de moyens.

Dans un article publié le 4 juillet dernier, le Monde reprend les témoignages d’une aide-soignante, d’un cuisinier en centre d’action sociale et de son collègue électricien, d’un maçon ou encore d’un fonctionnaire territorial. Tous affirment qu’ils ne partiront pas en vacances pour la même raison : le prix. Avec l’inflation, les prix ont augmenté partout et le budget qui aurait pu être utilisé pour les vacances, même pour partir « une semaine dans un camping », a déjà été grignoté par tout le reste : le prix des denrées alimentaires, celui de l’énergie, et ce d’autant plus dans les logements mal isolés, le prix de l’essence. La hausse du prix des transports rend aussi inenvisageable le fait de se déplacer dans une autre ville, ne serait-ce que sur un week-end pour aller voir sa famille.

Cette augmentation de la proportion de personnes forcées de renoncer à des vacances est un nouveau symptôme des impacts multiples de l’inflation sur nos vies. Dans le même temps, la consommation des ménages subit une baisse quasi-constante depuis l’été 2021 selon l’INSEE, témoignant d’un nombre de plus en plus important de personnes forcées de se serrer toujours plus la ceinture.

En 2019, une étude réalisée par l’Ifop montrait que 40 % de la population a renoncé plusieurs fois à partir en vacances au cours des 5 années précédentes. Parmi ces foyers, 61 % disaient se reconnaître dans le mouvement des Gilets Jaunes.

En règle générale, inflation ou pas, ce sont toujours les mêmes qui doivent renoncer à partir en vacances. En 2022, selon l’observatoire des inégalités 65 % des cadres supérieurs et des professions intermédiaires partaient en congés dans l’année, contre 47 % des ouvriers. Seuls 37 % des plus précaires (revenu inférieur à 1285 euros) partaient au moins une fois dans l’année.

Dans les quartiers, un confinement bis à chaque canicule

Pour les populations modestes, c’est la double peine : l’impossibilité financière de partir en vacances l’été se combine avec l’obligation de rester dans des logements et des villes devenues invivable avec les canicules estivales, voire de continuer à bosser sous la chaleur.

D’autant qu’avec le réchauffement climatique, les épisodes de canicules sont amenés à devenir de plus en plus fréquents, et ce sont les plus précaires qui les subissent de plein fouet. En 2022, la canicule avait causé jusqu’à 11 000 décès en France, et la canicule meurtrière de 2003, près de 19 500 décès.

Des décès auxquels sont sur-exposés les habitants des quartiers populaires, dont les logements (plus vétustes qu’ailleurs) et l’aménagement urbain, conçu avec une logique avant tout sécuritaire et policière, ne permettent pas de faire face aux vagues de chaleurs.

Alors que la situation économique ne fait que s’empirer, impossible de ne pas faire le lien avec la révolte de toute une frange de la jeunesse dans les quartiers populaires ces dernières semaines, nourrie par le racisme d’État, la précarité et la misère. 

Dans les quartiers populaires, l’architecture n’est pas pensée pour faire face aux canicules : manque d’espace verts, logements trop petits, souvent sans balcon ni jardin. Ainsi, selon une enquête d’Harris Interactive datant de 2022, 70 % des habitants des quartiers dits « prioritaires » ont été confrontés à des températures trop chaudes dans leurs logements en été, contre 56 % au niveau national. Des conditions insupportables et irrespirables durant les périodes de vagues de chaleurs, comme en témoignaient en 2022 des habitants d’Aubervilliers (93) interrogés par l’Obs : « A chaque canicule, on vit un confinement bis. On est pris au piège, coincés dans nos logements totalement inadaptés à ces chaleurs. » racontait Viviane, mère de 3 enfants. Ou encore Moussa, vivant avec 6 membres de sa famille dans un appartement d’un grand ensemble de 300 logements dans lequel il devait rester tout l’été.

Résultat, la canicule tue en premier lieu les plus précaires et en 2003 c’était dans les départements les plus pauvres où la canicule avait été la plus meurtrière, comme la Seine-Saint-Denis ou le Val-de-Marne. À Paris, 41% des personnes décédées lors de la canicule de 2003 vivaient dans un logement doté d’une seule pièce, souvent avec une seule fenêtre, et un tiers vivait dans un appartement sous les toits.
 
La surexposition aux canicules meurtrières n’est qu’un des symptômes d’une surmortalité due à la crise climatique pour les habitants des quartiers populaires urbains. Ce sont ceux qui sont le plus touchés, de par la pollution de l’air, le manque d’espaces verts, la précarité énergétique et l’insalubrité de nombreux logements. À Paris, les habitants les plus pauvres risquent trois fois plus de mourir d’un épisode de pollution que les habitants les plus riches, car ce sont ceux qui habitent dans les territoires les plus pollués, où l’exposition au bruit et à la chaleur est la plus forte. 

Par ailleurs, l’institut de veille sanitaire, en étudiant différents cas de décès de personnes âgées survenus à l’occasion de la canicule de 2003 en France, identifie l’appartenance à la catégorie socioprofessionnelle ouvrier comme un facteur déterminant : « La catégorie ouvrier apparaît toujours la plus à risque. Ce lien entre la catégorie professionnelle et le risque de décès peut être dû à une sensibilité différente des personnes en fonction de leur parcours professionnel. » Autrement dit, une vie à s’user au travail affaiblit la capacité du corps à faire face aux chaleurs, quand les conditions économiques dans lesquelles sont maintenus la majorité des travailleurs les expose à plus de chaleur.

Crever au boulot et sous la chaleur : nous ne paieront pas leur crise !

Avec l’inflation, de plus en plus de couches de la classe ouvrière se voient privées de la seule bouffée d’air frais, loin du travail, que pouvait apporter les départs en vacances. Ainsi, dans Le Monde
Zeinaba, mère célibataire du Havre et aide-soignante de nuit dans un hôpital en manque de personnel, raconte qu’elle travaillera tout l’été.

Après des mois à compter chaque dépense car tout augmente sauf les salaires, ce sont encore plus de privations auxquelles vont devoir faire face une grande partie des travailleurs et des travailleuses cet été. Des privations qui s’ajoutent à toutes celles, quotidiennes, qu’entraîne l’inflation. Après le passage en force de la réforme des retraites, qui a volé de nouvelles années de vies aux travailleurs et enclenché un mouvement d’ensemble qui a posé les questions de l’usure, la souffrance et la mort au travail, ces signes montrent que le patronat et le gouvernement entendent bien rogner toujours plus sur ce qu’il pourrait exister de vie en dehors du travail.

Dans les quartiers populaires en particulier, les habitants ont dû faire face ces dernières années à l’inflation et l’augmentation du coût de la vie, mais aussi à l’arbitraire de la répression policière et au racisme d’État. Les scènes de pillages que l’on a pu voir lors des émeutes dans les quartiers – notamment de produits de premières nécessité – reflètent une dégradation toujours plus grande des conditions de vie, et un ras-le-bol face à l’impossibilité d’accéder aux biens de consommation, même les plus basiques.

Autant de constats qui entrainent la nécessité d’unifier notre camp autour d’un programme qui pose la question de la hausse des salaires et de leur indexation sur l’inflation, d’une retraite avant la mort mais également de la fin du régime d’exception policier et en termes d’aménagement des quartiers populaires.


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