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Rumble in the Jungle

Sous couvert d’écologie, Macron et Lula organisent le partage et le militarisation de l’Amazonie

De passage au Brésil pendant 3 jours, Macron et Lula ont tenté de s'ériger en sauveurs des populations indigènes et de l'Amazonie. En plus d'organiser la déforestation, bras dessus bras dessous, la rencontre a surtout eu pour objectif de réchauffer les relations du Brésil avec l'Occident, tout en garantissant les intérêts économiques et militaires français dans la région.

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Sous couvert d'écologie, Macron et Lula organisent le partage et le militarisation de l'Amazonie

Compte X de Lula

Du 26 au 28 mars, Macron est parti rendre visite à Lula, 11 ans après la dernière visite présidentielle sur le sol brésilien. Malgré des désaccords sur les conflits en Ukraine et en Palestine, les 2 présidents ont tenu à afficher une unité sans faille, notamment sur la préservation de l’Amazonie, à l’occasion de la visite sur l’île de Combú, à côté de la ville de Belém au nord du Brésil.

En effet, Macron et Lula se sont affichés très complices au cours de leur promenade dans la forêt amazonienne, considérée dans la presse et sur les réseaux sociaux comme une opération de communication, voire à une mise en scène de mariage, revendiquée par les deux chefs d’états.

Hors des appareils photos, la principale annonce de cette rencontre a été la levée d’un fond « vert » à hauteur d’un milliard d’euros pour la préservation de la forêt amazonienne. Une annonce dans la continuité de la dernière COP, où le mécanisme de compensation carbone sert de droit à polluer et d’accaparement des territoires indigènes pour les industries fossiles et l’agrobusiness.

Lula et Macron : un binôme gagnant pour la destruction de l’environnement

En plus de la levée de fond, la rencontre a aussi permis de réaffirmer le leadership que tente d’occuper les deux dirigeants en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Lors de sa campagne et depuis son élection, Lula, figure réformiste et très populaire, a envoyé des messages forts pour se positionner comme le sauveur des populations indigènes et de l’Amazonie face à sa déforestation massive, exacerbée par le réactionnaire Bolsonaro, main dans la main avec l’agrobusiness brésilien. Ainsi, la déforestation de la forêt tropicale a baissé de 50% en 2023, pour une superficie de 5 152 kilomètres carrés. Une baisse à nuancer cependant, qui masque des inégalités de territoire importantes et la responsabilité de l’agro-industrie, dont les intérêts directs sont toujours les premiers bénéficiaires de ces incendies à 90% volontaires.

Dans la région du Cerrado, la déforestation de la savane continue depuis l’élection de Lula et a même augmenté de 43% en un an, surtout pour la culture du soja. De plus, cette lutte anti-déforestation ne remet pas en cause l’accaparement des terres amazoniennes déjà déforestées. Un angle critique du plan « Déforestation zéro » du gouvernement Lula, promettant la fin de la déforestation illégale d’ici 2030, tout en faisant des compromis dangereux avec le « bancada ruralista », le lobby agricole présent dans le Parlement brésilien.

De plus, la firme pétrolière Petrobras a aussi profité de l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement pour continuer son développement. Elle a obtenu l’autorisation d’un forage pétrolier par l’Ibama, l’institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables, dans une zone de biodiversité exceptionnelle en marge de l’équateur et à 600 km de l’embouchure de l’Amazone. Plus globalement, le Brésil est le premier pays producteur de pétrole brut en Amérique Latine avec une production de 3,7 millions de barils par jour (neuvième producteur mondial), battant des records de production mensuelle, avec une hausse prévue jusqu’en 2029 au moins, pour atteindre 5,4 millions de barils par jour. Une ambition qui explique l’entrée du Brésil dans l’Opep+, sorte d’antichambre de l’Opep, comprenant les 12 membres de l’organisation pétrolière internationale et 10 pays producteurs, dont la Russie et le Mexique, pour élargir son champ d’influence.

Enfin, le nouveau gouvernement a promulgué une loi permettant de faciliter l’usage des pesticides en décembre 2023. Des éléments qui montrent l’hypocrisie de Lula en matière de lutte contre le réchauffement climatique. En réalité, il tente de satisfaire les industriels fossiles et l’agrobusiness, tout en replaçant le Brésil sur l’échiquier international, isolé par ses positions sur l’Ukraine et la Palestine, avant la future présidence de l’état brésilien du G20 en novembre et sa candidature à la présidence de la COP 30, soutenue par Macron.

Protecteur autoproclamé des forêts tropicales, Macron joue une nouvelle fois la carte du sauveur de la planète. Des forêts gabonaises à l’Amazonie, la préservation des espaces naturels permet surtout aux multinationales françaises de se positionner dans la course aux profits, via le pillage et l’exploitation de ces forêts. Par exemple, le gouvernement soutient la création d’une centrale électrique en Guyane, sur le territoire autochtone des Kali’na, réprimant toutes formes de contestation avec une présence permanente d’effectifs de gendarmerie, des arrestations préventives de figures de résistances, des gaz et des tirs de LBD durant les manifestations.

Par ailleurs, lors de son passage éclair de 35 heures en Guyane avant de se rendre au Brésil, la délégation présidentielle a tout fait pour rester loin de la population et de ses demandes. Pendant la visite, l’orpaillage illégal, les difficultés dans l’agriculture et la pêche, ainsi que la sécheresse ont été vaguement évoqués au même titre que le chômage et la vie chère. De plus, les problèmes de rétrocession des terres amérindiennes volées par l’État français lors de la colonisation de la Guyane sont restés sans réponse. La rétrocession des terres est un conflit qui oppose les populations autochtones à l’État depuis les années 1980 et au titre duquel Macron avait promis en 2017 la rétrocession de 400 000 hectares.

Dans son pied-à-terre historique, sur la plus large frontière terrestre de l’impérialisme français, partagée avec le Brésil, le passage en Guyane a surtout permis d’esquisser une nouvelle étape dans la coopération militaire franco-brésilienne. Alors que les tensions entre le Guyana et le Venezuela s’intensifient dans la région pétrolière de l’Essequibo au Nord du Brésil, avec intervention américaine et britannique, que la lutte contre le narcotrafic se poursuit, l’impérialisme français compte bien maintenir ses intérêts dans la région. Dans le même temps, Lula compte aussi profiter de la situation en proposant le Brésil en tant que pays stabilisateur de la région, sur lesquels les impérialistes peuvent s’appuyer.

Derrière les balades dans la forêt amazonienne, la militarisation et le développement de l’économie

Dissimulée derrière la protection de l’Amazonie, la France participe à la militarisation de la région, notamment avec la livraison du troisième sous-marin de conception française, le Tonnelero, construit au Brésil avec un transfert de technologie de Naval Group. Un sous-marin Scorpène de 71 mètres de long, à propulsion conventionnelle, capable de tirer des torpilles lourdes F21 ou des missiles antinavires Exocet, aussi vendus par des industries françaises. Le troisième sous-marin Scorpène livré après la mise en service du Riachuelo en septembre 2022 et de l’Humaita, avant le lancement du dernier, l’Angostura en 2025. De plus, l’État français est aussi investi dans le projet de construction d’un sous-marin, à propulsion nucléaire, fabriqué au Brésil avec la cession de technologies et la formation d’ingénieurs en France. Lula souhaitait dans ce contexte obtenir de nouvelles concessions dans le domaine notamment sur la technologie nucléaire.

Ces livraisons s’inscrivent dans le cadre d’une coopération stratégique avec « l’Amazonie bleue », un projet de sécurisation de l’immense zone économique exclusive du Brésil avec ses 8500 km de côtes.

À l’agenda également, il y avait la négociation d’un contrat de libre-échange entre l’UE et le Mercosur qui dure depuis plus de 25 ans. Bien que le Brésil est la deuxième destination des investissements directs à l’étrange (IDE) français parmi les pays émergents, avec une hausse des investissements de 37% par rapport à 2021 selon Banque de France, l’accord avec le Mercosur cristallise les intérêts respectifs des bourgeoisies des deux pays. En effet, Macron, opposé à cet accord et mis sous pression par la récente crise agricole, cherche à renégocier les termes pour favoriser les gros exploitants et la FNSEA. Se plaçant en défenseur de l’agrobusiness, Lula juge « inacceptable » les possibles nouveaux contours de l’accord, surtout au niveau du principe de réciprocité des normes, risquant de ralentir les bénéfices et le développement de l’agro-industrie locale.

Bien loin de la préservation de l’Amazonie et de l’idylle affichée, les deux dirigeants se sont surtout rapprochés sur les questions militaires, tout en menant un combat féroce sur les questions économiques, en cherchant à être le plus profitable pour les industriels des deux pays, au mépris des populations autochtones et du climat.


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