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Mouvement écolo

Répression de l’A69 : pourquoi tant d’acharnement et comment y faire face ?

Ce weekend, le gouvernement a mené l’expulsion-éclair de la ZAD qui s’était installée contre l’A69, et a réprimé la fin du weekend Ramdam sur la Macadam. Un acharnement qui s’ancre dans un renforcement autoritaire du gouvernement et qui nécessite une réponse globale

James Draoust

27 octobre 2023

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Répression de l'A69 : pourquoi tant d'acharnement et comment y faire face ?

Crédits photo : Révolution Permanente

Lors du week-end de mobilisation « Ramdam sur le Macadam », organisé par La Voie est Libre et les Soulèvements de la Terre notamment, plusieurs milliers de personnes se sont réunies pour manifester contre le prolongement autoroutier écocide entre Toulouse et Castres, ardemment défendu par le gouvernement et les collectivités locales. Un rassemblement important, qui a montré un rejet large du projet, mais à l’issue duquel doutes et débats émergent chez les opposants au projet. L’expulsion-éclair dimanche de la ZAD qui s’était installée samedi, ainsi que la répression par la gendarmerie mobile de la fin du weekend d’action, visant une conférence de scientifiques, des familles et des personnes âgées, soulève en effet des questions sur le niveau d’autoritarisme du gouvernement, et les moyens d’y faire face.

« Il nous reste quoi face à tout ça ? C’est la question que je me pose. Je vais rentrer à la maison, j’ai mon petit garçon qui m’attend…Je sais plus quoi faire pour lutter », expliquait ainsi dimanche le fondateur du Groupe National de Surveillance des Arbres Thomas Brail.. Alors qu’il sort d’une grève de la faim et de la soif contre le projet, il a été passé à tabac et blessé par la gendarmerie mobile lors de l’expulsion de la ZAD. Le militant a par la suite affirmé qu’il continuerait le combat.

De son côté, le journaliste écolo en ligne Partager C’est Sympa témoigne sur Facebook : « Je rentre dégoûté. Dégoûté et vert de rage devant tant de cynisme, de court-termisme chez toute une classe politique et économique qui nous mène droit dans le mur. Le mur, on se l’est encore pris aujourd’hui, encore une bonne grosse claque qui dit "on ne vous laissera rien, pas un seul répit" même pas le temps de monter une première cantine dans votre maison en ruine qu’on a préalablement recouverte de fumier". »

Un sentiment partagé par des scientifiques, dont une conférence, organisée par l’Atécopol (un collectif de scientifiques toulousains) a été réprimée simultanément de l’évacuation de la ZAD. Dans un communiqué publié dimanche, l’Atecopol explique : « Quelques minutes après le début de la conférence, alors que les scientifiques étaient en train de rappeler l’inadéquation de ce projet face aux trajectoires nécessaires pour respecter l’Accord de Paris, et d’expliciter leur positionnement critique face aux pratiques de compensation écologique sous le bruit croissant d’un hélicoptère de la gendarmerie, les forces de l’ordre ont décidé de donner l’assaut ».
Le scientifique Christophe Cassou, co-auteur du sixième rapport
du GIEC, expliquait ainsi son dépit dans un thread sur les réseaux sociaux face à un gouvernement qui n’en avait que faire des mobilisations et des preuves scientifiques. Il écrit entre autres : « Je suis dégoûté par cette classe politique d’une médiocrité confondante qui vise à décrédibiliser les mouvements portant les enjeux environnementaux en les présentant comme violents. » et « je prends en pleine figure une forme de naïveté. Il est maintenant clair que les décisions & choix qui entravent inévitablement la réussite d’une métamorphose sociétale vers des modes de vie bas-carbone sont pris en conscience & connaissance.  »

Un acharnement symptômatique de la radicalisation autoritaire du gouvernement

En effet, l’expulsion éclair de la ZAD, qui a mobilisé 6 blindés, 2 hélicoptères et une compagnie de gendarmes mobiles, ainsi que la répression de la fin du weekend de Ramdam sur la Macadam, viennet soulever des questions de fond sur le sens de l’acharnement du gouvernement contre les opposants au projet.

C’est un acharnement de longue date, entre le harcèlement par les forces de répression des « écureuils », les militants qui s’harnachent aux arbres afin d’empêcher qu’ils soient coupés, ainsi que le mépris pour leur grève de la faim puis de la soif, ou encore l’organisation en septembre d’une battue par la préfecture pour empêcher les opposants au projet de protéger des arbres. Même la courte suspension des travaux de défrichage arrachée par les « écureuils » n’avait pas été respectée, comme l’expliquait Thomas Brail au micro de Révolution Permanente samedi.

Le media écologiste Bon Pote résume : « Tous les moyens légaux et non violents ont été tentés. Mais la justice prend du temps, et les travaux avancent, détruisant chaque jour un peu plus la biodiversité de notre pays. Les grèves de la faim ont été ignorées. Les scientifiques aussi. Ainsi se pose la seule question qui devrait être posée sur les plateaux TV : quel choix reste-il aux citoyens qui voient un gouvernement les ignorer et ignorer nos objectifs climatiques ? »

Bon Pote propose une réponse à la question : « Ce projet doit devenir un gouffre économique pour ses promoteurs et un échec politique pour cette classe politique dont les idées se sont arrêtées en 1990. Comme à Notre-Dame-Des-Landes, la construction d’une ZAD semble être la seule solution à court terme pour arrêter le massacre environnemental. » Partager C’est Sympa propose une résolution semblable : « On peut encore les faire reculer. Ils ne raisonnent qu’en terme de coût-bénéfice d’où l’importance d’augmenter le coût financier d’abord par des recours juridiques mais aussi par des actions de démantèlement de ces infrastructures. Le coût politique surtout, d’où l’importance de convaincre les populations locales, d’aller obtenir des soutiens de plus en plus larges, de leur faire comprendre que s’ils soutiennent le projet, ils perdront leur siège aux prochaines élections ».
Des propositions qui ont le défaut de rester dans le domaine déjà extensivement éprouvé à travers les grèves de la faim et de la soif de la pression sur le gouvernement, et d’ignorer le contexte politique qui pousse le gouvernement à tant de radicalité et d’acharnement. Si cet acharnement est effectivement lié à la défense inconditionnelle par l’Etat des intérêts de Pierre Fabre, et des géants du BTP qui profitent du projet (Off investigation révélait récemment que la campagne de Macron a bénéficié de financements d’actionnaires de l’A69), c’est avant tout une manière pour le gouvernement d’incarner l’inflexibilité face aux militants écolos. Le timing ne trompe d’ailleurs pas : alors que l’audience de recours contre la dissolution des Soulèvements de la terre se tient vendredi, l’intervention de la gendarmerie mobile permet d’appuyer le narratif du gouvernement.

Dès la fin de l’expulsion de la ZAD dimanche, Darmanin s’est ainsi vanté sur les réseaux sociaux, rappelant que « l’autorité de l’Etat et des décisions de justice permettent de ne pas revivre un nouveau Notre-Dame-des-Landes ». A l’Assemblée, il a criminalisé mardi les manifestants contre l’A69 lors d’un discours martial, affirmant : « aucune ZAD ne sera constituée tant que je serai ministre de l’Intérieur ». Alors qu’il servait avant tout dans la période pour criminaliser le soutien à la Palestine, le procès en terrorisme a été ressorti contre les militants écolos, avec le retour dans la bouche de la majorité et de LR de l’insulte désormais fameuse d’écoterroriste.

Une posture d’inflexibilité, qui ne peut être comprise qu’à l’aune d’un renfoncement autoritaire plus général du gouvernement, dont le mouvement écologiste fait les frais, comme le prouve la répression de dimanche, mais également la menace de dissolution qui plane sur Les Soulèvements de la terre, qui, si elle était validée, pourrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à une multiplication des dissolutions. L’écrasement policier de Sainte Soline ou encore les procès à la suite de l’affaire Lafarge sont autant d’autres exemples récents.

A lire aussi :
https://www.revolutionpermanente.fr/Criminalisation-du-soutien-a-la-Palestine-et-crise-de-l-imperialisme-francais-32105

Cette répression du mouvement écolo est en effet une des expressions du renforcement autoritaire du gouvernement, qui doit être réinscrite dans un contexte politique plus large. Alors que le gouvernement mène une véritable chasse aux sorcières contre les soutiens à la cause Palestinienne, impossible de dissocier les dynamiques à l’œuvre contre le milieu écolo de celles contre les secteurs anti-racistes et propalestiniens. Les multiples interdictions de manifester pour la Palestine ou même autour de mots d’ordre aussi vagues que la « paix », la pluie de menaces de dissolutions ou de poursuites en « apologie du terrrorisme » à l’encontre du NPA, de l’UJFP ou encore du Collectif Palestine Vaincra, ou encore l’interpellation chez lui du secrétaire CGT Nord pour un communiqué en soutien par la Palestine prouvent en effet que ce renforcement autoritaire frappe l’intégralité du mouvement social, à commencer par ceux qui s’opposent au massacre en cours Gaza et combattent le gouvernement français qui le couvre et le soutient.

Criminalisation du soutien à la Palestine, procès en « écoterrorisme » : faire face au renforcement autoritaire de l’Etat

Cette séquence de renforcement autoritaire du régime retrouve ses racines dans les interdictions et la répression des manifestations pro-palestiniennes de 2014. Un des symptômes de ce renforcement autoritaire est la multiplication des procédures de dissolutions d’organisations : le gouvernement Macron a ainsi déposé jusqu’ici 33 décrets de dissolutions, dont 14 depuis l’adoption en juillet 2021 de la loi séparatisme alors qu’on en comptait 13 cumulés sur les quinquennats Sarkozy et Hollande. Ces outils phares de l’autoritarisme d’Etat, à commencer par les dissolutions d’organisations, ont été d’abord perfectionnés contre des organisations musulmanes puis pro-palestiniennes. Alors que ces attaques n’avaient à l’époque pas trouvé de réponses à la hauteur du côté de la gauche et du mouvement ouvrier et social, elles se sont ensuite généralisées à l’ensemble du mouvement social.

C’est donc une véritable logique de division des secteurs du mouvement social qui repose en premier lieu sur le racisme et l’islamophobie, qui permet au régime d’attaquer, criminaliser et réprimer plus largement toutes remise en cause du business as usual capitaliste et son lot d’exploitation et de destruction de la planète. Dans ce sens, le communiqué des Soulèvements de la Terre sur la cause Palestinienne, qui dénonce : « La France est le seul pays à réprimer et interdire systématiquement les manifestations en soutien à la cause palestinienne. Elle confirme ainsi le basculement autoritaire opéré depuis plusieurs années avec l’état d’urgence et la loi séparatisme. La criminalisation des collectifs pro-palestiniens va dans le sens d’une généralisation des atteintes à la liberté d’expression et d’association. Les mesures d’exception (dissolutions, usages d’armes de guerre, répression judiciaire et administrative) visent toujours en premier lieu les personnes et collectifs racisés issus de l’immigration post-coloniale. », est un premier pas encore trop isolé pour faire face à cette stratégie de division du gouvernement.

L’acharnement du gouvernement sur la question de l’A69 s’ancre dans un renforcement autoritaire de l’Etat, qui vise l’intégralité du mouvement social. C’est bien en ralliant l’opposition au projet de l’A69 avec la lutte contre ce renforcement autoritaire du gouvernement que les opposants au projet pourront marquer des points décisifs. Une bataille qui implique de dénoncer largement la criminalisation du soutien à la Palestine, les menaces de dissolutions et les interdictions de manifester envers les organisations qui dénoncent les massacres en cours à Gaza. Faisons front !


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