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Répression : Poutine fait passer une loi contre la désertion et réprime les mobilisations anti-guerre

Ce samedi, la loi qui prévoit 10 ans de prison pour les déserteurs de guerre est entrée en vigueur en Russie. Les manifestations qui avaient lieu dans plusieurs villes ce week-end pour dénoncer cette nouvelle attaque ont été durement réprimées avec encore une fois plusieurs centaines d’arrestation.

lundi 26 septembre

Ce samedi 24 septembre, Vladimir Poutine a signé une nouvelle loi contre la désertion dans les rangs de l’armée. Celle-ci prévoit 10 ans de prison pour toute personne qui « déserterait, refuserait de combattre ou désobéirait aux ordres en période de mobilisation, ou se rendrait à l’ennemi "sans autorisation"  ». Cette nouvelle loi arrive quelques jours après l’annonce de la mobilisation partielle, impliquant l’envoi de 300 000 réservistes en Ukraine après une période de formation.

La nouvelle loi permet ainsi de contraindre la masse de réservistes réquisitionnés en faisant planer sur eux la menace de la prison. Une situation dont témoigne Glev auprès des Echos : « Deux policiers sont venus chez moi pour me donner en main propre l’assignation. Je ne veux pas aller à la guerre. Au bureau d’enrôlement, je le leur ai dit. Ils m’ont regardé. Ils m’ont donné deux possibilités : soit départ immédiat pour un centre d’entraînement avant l’envoi au front, soit refus et poursuites judiciaires pour désertion. »

Ces transformations du Code pénal sont passées en même temps qu’une autre loi qui prévoit que la nationalité russe soit accordée plus facilement aux étrangers qui auraient passé au moins un an dans l’armée, contre les cinq ans habituellement exigés. Dans le même sens, un bureau de recrutement devrait prochainement ouvrir dans le centre administratif de Sakharovo, un lieu de passage obligatoire pour les personnes migrantes. Poutine cherche ainsi à faire grossir les rangs de son armée.

Dès le milieu de semaine dernière, à l’annonce de la mobilisation partielle des réservistes, des mobilisations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays. Les manifestants ont été brutalement réprimés. De nouvelles manifestations ont cependant eu lieu ce samedi en réponse à un appel national et ont là encore connu une forte répression, avec plus de 700 arrestations dans 32 villes du pays, dont la moitié à Moscou selon l’ONG russe OVD-Info.

À Khabarovsk, Inna Postnikova, a été arrêtée avec une banderole «  Combattez vous-même, accouchez vous-même  » et a été accusée de discréditer les forces armées, ce qui est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison, avant d’être relâchée. À Chita, en Sibérie, Marina Salomatova, membre du mouvement « Transbaikal Civil Solidarity », a été arrêtée pour avoir porté sur elle un morceau de papier sur lequel elle avait écrit « nous ne sommes pas de la viande  », en référence aux 300 000 réservistes appelés.

Plusieurs personnes ont également témoigné avoir été convoquées dans des bureaux d’enrôlement à la suite de leur arrestation. Le Huffington Post rapporte par exemple le témoignage de Mikhaïl Souetine « Je m’attendais aux [procédures] habituelles : l’arrestation, le poste de police, le tribunal. Mais s’entendre dire : ’Demain tu pars à la guerre’, (...) ça, c’était une surprise. ». Artem Kriger, un autre manifestant, relate : « Nous avons été amenés au poste de police. Le lendemain matin, un vieux militaire est venu vers nous et a convoqué tous les jeunes en âge de servir au bureau militaire. Tous, indistinctement ! Il y avait ceux qui avaient fait leur service militaire, ceux qui avaient de l’expérience militaire... et puis moi. »

Selon la Fédération internationale pour les droits humains, « de nombreux cas d’enrôlements forcés de détenu⋅es ont été constatés. Dans le même temps, un certain nombre de Russes a commencé à fuir le pays. Beaucoup se tournent vers le Kazakhstan et la Mongolie, pays frontaliers, ou encore la Géorgie.

Alors que Poutine a choisi la semaine dernière l’escalade, en mobilisant des centaines de milliers de réservistes, la réaction suscitée par sa mesure est entrain d’ouvrir la voie à un changement dans la situation intérieure russe. Comme le soulignait la semaine dernière Juan Chingo : « La fuite en avant de Poutine, l’annonce d’une mobilisation, même partielle, et la radicalisation des secteurs les plus belliqueux, pourraient peut-être finir par rompre le pacte implicite établi entre les masses et le pouvoir - où les premières consentent à l’autocratie en échange de la stabilité après les catastrophiques et traumatisantes années 90 - et réveiller les masses russes face au coût énorme de cette guerre réactionnaire. Cela pourrait être la fin de Poutine. »



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