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Université made in Macron

Paris 1. La présidence renouvelle le contrat d’Eiffage pour financer un master de greenwashing

Reconduisant pour un minimum de 3 ans son partenariat avec un master environnemental de l’université Paris 1, le géant du BTP Eiffage s'assure une apparence écolo et une ouverture dans le milieu universitaire, lui permettant d’orienter la recherche vers son projet écocide.

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Paris 1. La présidence renouvelle le contrat d'Eiffage pour financer un master de greenwashing

© Crédits photo : Chantier Eiffage de Chaumont // Lionel Allorge Creative Commons

Un Master "écolo" pour jeter les étudiants dans les bras des entreprises les plus polluantes

Ce 28 septembre, le Conseil d’administration de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a renouvelé son partenariat né en 2012 avec le grand groupe de BTP Eiffage en vue de financer son Master BIOTERRE (BIOdiversité, TERRitoires, Environnement). Sur sa page de formation, le Master est présenté comme une réponse à l’urgence climatique, et vise à « former des professionnels capables de prendre en charge l’ensemble des dimensions (écologiques, économiques, juridiques et sociales) qui caractérisent les questions de biodiversité ». Mêlant recherches scientifiques, séminaires, ateliers et travail de terrain aux cours académiques plus classiques, le Master se veut innovant. Ses formes diverses d’apprentissage sont en réalité rendues possibles par le financement privé de l’entreprise Eiffage, le mécène de ce Master. Contribuant à hauteur de 115 000€ par an, la société est présentée comme le « partenaire privilégié » de la formation.

C’est plus précisément le programme de recherche du Master que finance Eiffage. Le contrat stipule qu’au moins une partie des cours sera assurée par des employé·e·s de la société civile, et donne le cadre des recherches qui seront effectuées par les étudiant·es. Au programme : « améliorer la connaissance des interactions entre aménagement du territoire et biodiversité » ainsi que « l’expérimentation de dispositifs innovants de gestion de problèmes complexes et multiacteurs en relation avec l’environnement et la biodiversité ». En réalité, c’est plus de la moitié des cours qui sont dispensés par des cadres tout droit sortis de ces grandes entreprises ou administrations d’état et inculquent directement la pensée managériale de l’environnement aux étudiant·e·s. Difficile de ne pas être méfiant de recherches financées par le géant du BTP quand on connaît son activité. Pas question de remettre en cause l’impact du capitalisme sur l’environnement, mais plutôt de fournir les éléments de langage pour justifier de la bonne intention de ces entreprises à détruire la planète et ses habitant·es.

De quoi contraster avec les aspirations d’étudiant·es férus d’écologie venus chercher des perspectives d’avenir en postulant à cette formation. « En réalité, la plupart des gens quittent leur emploi après l’alternance et finissent au chômage car il ne peuvent pas supporter les pratiques écocides des employeurs qu’on nous propose, c’est juste du greenwashing », nous raconte Steevie, un ancien étudiant du Master.

Eiffage, un chiffre d’affaires exorbitant au prix de vies humaines et de la destruction de l’environnement

Eiffage est une entreprise française de construction et concessions de Bâtiments et Travaux Public (BTP), qui remporte régulièrement des contrats valant plusieurs centaines de millions d’euros, voire parfois plus d’un milliard. Alors qu’en décembre 2022 la société annonçait un chiffre d’affaires de près de 21 milliards d’euros, le peuple autochtone des Kali’na en Guyane se soulevait contre son projet de centrale électrique pas plus d’un mois auparavant. Pourtant présenté comme bénéfique pour la fourniture en électricité de la région, la construction de la centrale signifiait en réalité la destruction de « 78 hectares de forêt amazonienne en plein parc naturel régional de Guyane ».

De l’autre côté de l’Atlantique, Eiffage est l’une des nombreuses entreprises françaises à s’implanter à travers le continent africain, sa filiale Eiffage Energie Systèmes y est non seulement la plus représentée mais l’entreprise a également emporté de nombreux contrats de construction d’autoroutes, générant une déforestation importante. Non content d’exploiter les terres, Eiffage contrôle également divers péages. En 2021, l’entreprise a été contrainte de redéfinir son contrat avec le Sénégal, car les prix qu’ils y avaient fixé étaient exorbitants.

Pendant que l’entreprise de BTP se fait une façade dorée avec des engagements publics pour l’environnement, ses travailleur·euses payent le prix fort sur les chantiers. Au moins l’un d’entre eux y trouvant la mort chaque année. De plus en plus horrifiques, touchant un jeune de 17 ans en Vendée et des ouvriers immigrés dans la région parisienne, les morts au travail deviennent habituelles sur les chantiers du géant de l’industrie. Les travailleur·euses pointent du doigt la responsabilité des grandes entreprises. Celles-ci exploitent ces travailleur·euses dans des conditions comparées à celles du chantier de la Coupe du Monde au Qatar, un scandale humanitaire. De surcroît, le recours à la sous-traitance de plus en plus fréquent permet à l’employeur de se déresponsabiliser de la sécurité des ouvrier·es. Alors qu’elles n’assurent pas la sécurité des employé·es et organisent le travail de façon dangereuse, ces entreprises peuvent pourtant continuer leur activité en toute impunité.

En réalité, le Master dispose de nombreux autres partenariats, bien que moins importants que celui avec Eiffage. Au milieu des collectivités locales et groupes environnementaux, on retrouve des grands groupes de l’énergie (Total, Engie, GRDF) mais aussi Louis Vuitton. Des entreprises connues pour leur greenwashing sur fond de destruction environnementale, ou dont le patron se prononce contre le mouvement écolo et admet ne prendre des engagements environnementaux seulement car les consommateurs réclament « un engagement éthique et écologique ».

Une université au service des patrons

Derrière un greenwashing de façade, l’université Panthéon-Sorbonne met au service de l’entreprise Eiffage une équipe de recherche, en échange de financements pour cette formation. En concordance avec les politiques du gouvernement qui contraignent toujours plus les universités à rentrer dans un modèle d’université néolibérale, il y a une volonté affichée de réformer l’Enseignement Supérieur pour le rendre plus professionnalisant, payant, et élitiste. En enfilant réformes et casses budgétaires, le gouvernement pousse les universités dans son modèle de rentabilité.

Un projet en parfait accord avec le cahier de doléances du MEDEF, publié en 2017, qui demande notamment un contrôle plus important des patrons et de l’Etat sur les universités. En ce sens, l’Université Paris Cité, parfait modèle de l’université rêvée par le grand patronat, avec un patron de l’énergie qui siège au Conseil d’Administration, subit une coupe budgétaire de 30 millions. Ces coupes budgétaires doivent contraindre les universités à fermer les filières non profitables, ou chercher de l’argent ailleurs : le mécénat privé. C’est cette politique qui mène aujourd’hui les présidences d’universités à faire faillite comme l’UPEC si elles ne se mettent pas au service de grands industriels.

Eiffage n’est pas le seul partenaire privé de l’université Paris 1, qui essaye tant bien que mal de dissimuler ceux-ci en se vantant de n’accueillir que des ONG, acteurs publics, ou syndicalistes dans ses Conseils. Méconnue, la fondation Panthéon-Sorbonne, est le résultat du « choix de s’ouvrir davantage sur le monde de l’entreprise » de l’université. Fondée avec Accor, géant de l’hôtelier et l’évènementiel, ainsi qu’Afer (Association Française d’Épargne et de Retraite), la fondation Panthéon-Sorbonne se lie toujours plus aux entreprises privées. Celle-ci accueille notamment de grands groupes tels que Netflix et Amazon Prime Video dans le cadre de la chaire pluralisme culturelle et éthique du numérique.

La fondation poursuit le partenariat avec le privé, en menant des projets avec des entreprises telles que BNP Paribas et Michelin, qui ont pourtant toutes deux menés récemment des politiques de suppressions de postes malgré leurs milliards de bénéfices, en 2020 (Michelin), et en janvier dernier (BNP Paribas). En conditionnant le financement des projets et des formations de l’université, les entreprises privées influencent fortement les politiques menées par celle-ci, dans la directe continuité de la volonté du gouvernement.

Un projet structurel de Macron pour l’enseignement supérieur qui ne laisse pas les étudiants et le personnel indifférent. Ces derniers jours, une Assemblée générale s’est tenue à l’Université de Paris pour contester les coupes budgétaires, tandis qu’à l’école polytechnique la colère gronde toujours face à la perspective d’un partenariat avec le groupe LVMH.

Aujourd’hui, l’enseignement supérieur a de plus en plus recours à des contrats précaires pour assurer les cours, à la sous-traitance, et les étudiants peinent à se nourrir et se chauffer l’hiver. Il y a plus que jamais urgence à se mobiliser pour nos conditions d’études et contre la présence des entreprises privées dans nos facs qui orientent toujours plus l’enseignement selon leurs intérêts au détriment des besoins de la majorité.


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