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Médias

Palestine : jusqu’où ira la surenchère islamophobe dans les médias ?

Alors que l’offensive terrestre de Tsahal a commencé et que 8650 personnes sont mortes sous les bombes israéliennes, les médias français se déchaînent contre les musulmans et les « arabes » et diffusent le narratif d’un conflit religieux et civilisationnel en Palestine pour mener leur cabale islamophobe.

Arsène Justo

1er novembre 2023

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Palestine : jusqu'où ira la surenchère islamophobe dans les médias ?

Depuis l’attaque du Hamas il y a bientôt un mois, le gouvernement français multiplie les témoignages de soutien inconditionnel à l’égard d’Israël, dont les bombardements ont déjà fait plus de 8650 morts et 23 000 blessés. Pas en reste, la sphère médiatique française s’est très majoritairement fait la courroie de transmission de cette position, soutenant au dehors les bombardements et les éléments de langage de l’armée israélienne et condamnant au dedans tout refus de soutenir l’opération de répression coloniale menée par Tsahal. Nous dénoncions déjà cette offensive idéologique le 13 octobre et la manière dont de nombreux médias participaient à la déshumanisation du peuple palestinien et justifiaient son massacre par l’Etat sioniste.

Ces derniers jours ont malheureusement vu une accélération de cette offensive médiatique et son extension aux français de confession musulmane, ou assimilés comme tels, surfant en partie sur l’instrumentalisation du meurtre de Dominique Bernard, mais également sur un narratif violemment islamophobe développé et diffusé par l’extrême droite depuis plusieurs années. Ce dernier, qui a nettement gagné en visibilité lors de la campagne d’Eric Zemmour en 2022, tente d’assimiler tous les musulmans au terrorisme islamiste et de dépeindre différentes « civilisations » en lutte entre elles. Un discours de plus en plus repris en dehors de l’extrême droite jusque pour « analyser » (les guillemets sont d’importance) la situation en Palestine.

En effet nombre d’offensives médiatiques islamophobes ces derniers jours se sont inscrites dans la présentation du conflit israélo-palestinien comme une lutte entre musulmans et juifs, voir comme une lutte entre une « civilisation judéo-chrétienne » et une « civilisation arabe », vues comme nécessairement incompatibles et comme des ennemies héréditaires, dans un schéma qui plus est manichéen qui opposerait des Israéliens civilisés et tolérants à des arabes barbares, forcément fondamentalistes et antisémites. Si cette vision ne survit évidemment pas à la moindre analyse sérieuse de la situation, elle n’en constitue pas moins la base de la propagande pro-israélienne, que s’appliquent certains médias français à désenclaver de la Palestine et à appliquer aux musulmans français.

Ce narratif, qui fait de tout musulman, étranger ou d’origine étrangère, un complice ou au minima un suspect, a par exemple poussé Cyril Hanouna ou encore Jean-Michel Aphatie à s’offusquer que Kylian Mbappé et Omar Sy ne se soient pas publiquement exprimés sur l’attaque du Hamas, là où aucune personnalité non « étrangère » ou assimilée comme telle n’a subi ce genre de pression. Plus délirant encore, tout musulman qui ose exprimer un soutien à la Palestine se voit accuser d’être un terroriste en puissance, c’est ce dont a fait les frais Karim Benzema. Le footballeur, qui avait publié le 15 octobre sur twitter « toutes nos prières pour les habitants de Gaza victimes une fois de plus de ces bombardements injustes qui n’épargnent ni femmes ni enfants », s’est fait, suite à ces propos, accuser par Gérald Darmanin d’être « en lien avec les Frères Musulmans » et de « cacher quelque chose ». Ce narratif, présent habituellement essentiellement à l’extrême droite, a largement gagné en visibilité ces derniers jours, au point d’étonner des zemmouristes comme Damien Rieu, ex-figure de Génération identitaire et candidat Reconquête aux législatives, qui a déclaré mardi dans un tweet « depuis quelques jours j’ai l’impression d’être un centriste tellement le spectre [médiatique] a basculé ».

Deux séquences télévisées diffusées ce mardi 31 octobre ont ainsi particulièrement fait réagir. La première est un passage de Pascal Perri sur LCI :

Dans cet extrait, le journaliste déclare qu’il existerait un « antisémitisme-couscous » lié à un « conflit historique » entre musulmans et juifs. Outre l’usage raciste et péjoratif du terme “couscous” pour désigner les musulmans, l’éditorialiste explique ici considérer qu’il y aurait une tendance générale des musulmans à l’antisémitisme, qui prendrait selon lui racine dans un conflit historique. Une déclaration à la fois islamophobe et fausse puisqu’elle revient à faire du conflit israélo-palestinien un conflit religieux, alors qu’il s’agit historiquement d’un conflit entre un état colonisateur et un peuple colonisé, loin d’être exclusivement musulman. Elle démontre qui plus est le révisionnisme historique de Pascal Perri, qui semble expliquer qu’il existerait un « conflit historique » entre juifs et musulmans au-delà des frontières de la Palestine, alors même que le monde musulman a une longue histoire de coexistence et de tolérance à l’égard du peuple juif, tandis que l’« occident » a été coupable des pires crimes antisémites.

La deuxième séquence est un passage sur Cnews d’Arno Klarsfeld, proche de Nicolas Sarkozy et membre du Conseil d’Etat :

Le juriste déclare texto que la hausse actuelle des actes antisémites en France « vient essentiellement d’une partie de la population musulmane ». Cette déclaration ne se base sur rien d’autre qu’un préjugé raciste, mais l’outrance ne s’arrête pas là, l’avocat déclare ainsi « les musulmans, beaucoup travaillent sur des chantiers, ont accès à des explosifs, peuvent avoir accès à des armes à feu, si il y avait un mot d’ordre pour tuer des juifs il pourrait y avoir un attentat tous les jours ». Pour Klarsfeld la situation est claire : chaque musulman est un terroriste en sommeil qui ne demande qu’un « mot d’ordre » pour devenir un tueur de juifs. Cette position, qui amalgame tous les musulmans à des terroristes, est semblable à celle qui justifie actuellement à Gaza le massacre d’enfants, sous prétexte que les gazaouis seraient tous complices des crimes « terroristes » du Hamas.

C’est en ce sens que Caroline Fourest déclarait ainsi le 29 octobre sur BFMTV « on ne peut pas comparer le fait d’avoir tué des enfants délibérément comme le Hamas, et le fait de les tuer involontairement comme Israël ». Raphaël Enthoven expliquait quant à lui mardi dans C à vous que « les gens qui refusent de faire la distinction entre une organisation terroriste génocidaire et une armée régulière reprennent l’argumentaire de Jean-Marie Le Pen en 1987 ». Le même jour, Rafaël Amselem déclare au micro de France Info qu’ « Il ne faudrait pas mettre une équivalence dans la façon dont sont diffusées les images. Il y a une différence substantielle de régime politique. Il y a une démocratie imparfaite et une organisation qui a des visées génocidaires ». Toutes ces déclarations, qui se basent sur une dichotomie inventée entre une démocratie supposée et un mouvement terroriste, s’attachent à nier le caractère colonial de l’Etat d’Israël et à criminaliser tout soutien au peuple palestinien, assimilé par exemple chez Enthoven au négationnisme de Jean-Marie Le Pen.

Ils ne sont pas les seuls, de nombreuses personnalités « de gauche » n’ont pas été en reste dans ce déferlement de haine islamophobe. On a ainsi pu voir le journaliste de Libération Jean Quatremer tweeter hier qu’ « il est de plus en plus clair que le conflit à Gaza n’est qu’un pretexte au déchainement de la rue musulmane ». Des propos nauséabonds, qui ne se basent encore une fois sur rien d’autre que les préjugés de leur auteur.

Cette surenchère islamophobe s’incarne aussi par l’omniprésence d’invités d’extrême droite sur les plateaux télés depuis le 7 octobre. Nous avons ainsi vu se succéder ces derniers jours dans les médias des dirigeants du RN comme Jean-Philippe Tanguy ou Julien Odoul, mais aussi Eric Zemmour, invité chez Europe 1 et Cnews et dont le voyage en Israël a été largement couvert par les médias mardi. Le RN et Reconquête ! essayent en effet d’incarner le soutien le plus déterminé à Israël et s’appliquent justement à lier la propagande anti-palestinienne du gouvernement israélien avec leurs propres obsessions contre les musulmans de France, tentant au passage de faire oublier leur antisémitisme congénital. Zemmour a ainsi multiplié les déclarations présentant l’attaque du Hamas comme une attaque contre la « civilisation judéo-chrétienne », tout en expliquant en parallèle que « l’islam n’est pas compatible avec la république ». L’ex-candidat d’extrême droite voit en fait dans la situation israélo-palestinienne l’occasion de diffuser son discours islamophobe et bénéficie d’une visibilité médiatique accrue pour le faire.

Cette offensive islamophobe n’est pas déconnectée enfin de la tentative de criminalisation de la cause palestinienne que nous évoquions plus haut. De nombreux médias et éditorialistes en profitent justement pour cibler les manifestations et actions de soutien à la Palestine. Nous avons ainsi vu se multiplier les accusations d’apologie du terrorisme et d’antisémitisme à l’égard de ceux qui osent s’opposer au massacre d’enfants par l’armée israélienne. Cela fait ainsi plusieurs semaines que plusieurs organisations sont ciblées, à l’image du NPA ou du collectif Palestine Vaincra, mais les médias se déchaînent également contre les manifestations de soutien à la Palestine. C’est dans ce sens que la manifestation du 22 octobre a été attaquée par toute une partie du champ médiatique, qui a accusé des manifestants d’avoir scandé « Allahu Akbar », une phrase utilisée en hommage aux gazaouis victimes des bombes israéliennes, mais instrumentalisée par la droite et accusée de servir à faire l’apologie du terrorisme. Nous avons aussi pu voir diverses figures médiatiques pro-Israël s’insurger de l’antisémitisme qu’impliquerait de manifester en solidarité au peuple palestinien. L’acteur Tomer Sisley déclarant par exemple le 26 octobre sur BFMTV que « se planquer derrière une envie de défendre les Palestiniens et descendre dans les rues pour manifester, c’est de l’antisémitisme et rien d’autre ».

Face à cette propagande médiatique, qui n’est qu’une expression supplémentaire que les grands médias sont au service des classes dominantes, du gouvernement mais aussi de l’extrême-droite, qui est au cœur d’une vaste campagne islamophobe contre le soutien à la Palestine, il est absolument nécessaire de ne pas céder et de maintenir nos positions et notre solidarité avec la Palestine. Palestine vivra, Palestine vaincra !


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