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Montpellier. 200 personnes en AG interpro : « Il faut se coordonner pour faire passer un cap à la mobilisation »

Ce lundi, près de 200 personnes se sont réunies en AG interprofessionnelle à l’université Paul Valéry. Alors que le mouvement a fait un saut depuis l’utilisation du 49.3 par le gouvernement, il apparaît essentiel que l’ensemble des grévistes et des personnes mobilisées puissent se retrouver pour se coordonner.

Lucas Darin

22 mars 2023

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Montpellier. 200 personnes en AG interpro : « Il faut se coordonner pour faire passer un cap à la mobilisation »

Crédits photo : Révolution Permanente

Le 49.3, tournant du mouvement

Depuis jeudi dernier et l’utilisation du 49.3, la situation politique a considérablement évolué en France. Le passage en force du gouvernement a entraîné un sursaut de la mobilisation, de sa radicalité et de son rythme. Alors que l’intersyndicale nationale n’avait appelé qu’au 23 mars, on observe depuis un phénomène de débordement de cette stratégie très minimale, avec la multiplication des manifestations sauvages réunissant des milliers de personnes, des blocages comme à Rennes ou à Paris, mais aussi un durcissement de la grève au sein des raffineries par exemple, ce qui laisse entrevoir la perspective d’une pénurie comme à l’automne dernier, ou encore chez les cheminots avec la grève sauvage au technicentre de Châtillon qui dure depuis samedi.

Face à ce saut dans la radicalité, autant des méthodes d’action que dans le rythme de la mobilisation, le gouvernement en crise et isolé répond par un saut répressif qui rappelle la répression du mouvement des Gilets Jaunes. Depuis ce week-end, les images de charges, de violences policières et de réquisitions de grévistes inondent les réseaux sociaux, provoquant l’indignation et renforçant la détermination des manifestants.

À Montpellier, une multiplication d’appels à manifester et d’actions

À Montpellier, la mobilisation a connu le même embrasement que dans le reste du pays. Dès jeudi soir, la retraite aux flambeaux initialement prévue par l’intersyndicale locale a été rejoint par des centaines de personnes, pour former un cortège ultra-dynamique de 2500 personnes.

Samedi, un appel de Sud Education, la CNT, FO Snudi 34 et le SNUipp a à nouveau rassemblé plus de 2000 personnes pour une manifestation très combative Depuis lundi, les appels s’enchaînent. En plus des piquets de grève et rassemblements sur des rond-points le matin, l’intersyndicale appelait à un rassemblement devant le siège du MEDEF lundi midi.

Le comité de mobilisation de l’Université de Montpellier a lancé un appel à rassemblement à 18h devant la préfecture tous les soirs de la semaine jusqu’à jeudi, qui a abouti à plusieurs manifestations radicales qui ont réuni plus de 500 personnes lundi soir, puis plusieurs centaines mardi soir, et qui ont été confrontées à un déploiement policier très important.

Enfin, ce mardi midi, l’ensemble des syndicats cheminots organisaient une manifestation qui a rassemblé plus de 1500 personnes, un nombre considérable pour un appel en pleine journée alors que tous les secteurs ne sont pas en grève reconductible.

Coordonner la lutte à Montpellier : le rôle de l’assemblée inter-professionnelle

Toutes ces initiatives expriment une colère et une détermination profondes qui dépassent le cadre proposé par l’intersyndicale nationale, mais aussi par l’intersyndicale locale dont le rendez-vous du lundi midi n’a pas pu être rejoint par des centaines voire des milliers de personnes mobilisées depuis 2 mois mais qui travaillaient à ce moment-là.

Pour que le mouvement passe un cap, il est indispensable que nous prenions des décisions toutes et tous ensemble, afin d’éviter un phénomène de multiplications des appels parfois contradictoires et que nous puissions concentrer les forces de tous les secteurs mobilisés sur des rendez-vous réguliers, mais aussi pour pouvoir discuter du mouvement en cours, de la situation politique, de nos perspectives et de nos revendications. Seule cette organisation collective et démocratique permettrait d’élaborer un plan de lutte qui corresponde au niveau réel de colère, de créativité et de détermination qui existe dans le mouvement à Montpellier.

C’est dans cette logique qu’à Révolution Permanente, nous militons activement pour le développement de l’Assemblée inter-professionnelle qui s’est lancée à Montpellier le lundi 13 mars, et qui pourrait devenir un centre important de la mobilisation sur la ville.

Une troisième assemblée interpro s’est tenue ce lundi 20 mars, et a rassemblé près de 200 personnes dans un amphithéâtre de la fac Paul Valéry, bloquée par les étudiants depuis la semaine dernière. Cette assemblée interprofessionnelle, raccourcie par l’appel à manifestation à 19h30 à la préfecture, constitue un véritable point d’appui pour développer la lutte. En plus des dizaines d’étudiants présents, ce cadre démocratique a rassemblé de nombreux grévistes de l’éducation, des travailleurs sociaux, des cheminots et des grévistes de divers secteurs.

Après une discussion dans laquelle plusieurs interventions sont revenues sur la situation politique, l’ampleur de la crise du gouvernement, le saut de radicalité qui s’exprime dans le mouvement depuis jeudi, la nécessité de se défendre collectivement face à la répression ou encore l’importance de cibler l’économie par la grève et les blocages, l’assemblée interprofessionnelle a voté des décisions qui sont un premier pas dans ce rôle de structuration du mouvement.

En premier lieu, un appel clair à accélérer le rythme de la mobilisation : l’assemblée interprofessionnelle rejoint l’appel du comité de mobilisation de l’Université de Montpellier pour appeler au rassemblement devant la préfecture tous les soirs à 18h jusqu’à jeudi. De plus, l’assemblée a voté un appel à manifestation samedi à 14h sur la comédie, qui puisse converger avec la manifestation contre la loi Immigration appelée par les Etats Généraux des Migrations.

Sur le plan de la structuration du mouvement, l’assemblée interprofessionnelle a voté pour une nouvelle assemblée, jeudi soir à 18h à l’université Paul Valéry. L’objectif est de permettre les assemblées de chaque secteur – éducation, étudiants, travail social – avant un rendez-vous commun.

Des limites à dépasser

Si cette assemblée interprofessionnelle est un point d’appui précieux, elle présente encore des limites qu’elle doit dépasser afin de jouer pleinement le rôle de coordination de la lutte.

D’abord, des secteurs centraux de la mobilisation à Montpellier y sont particulièrement sous-représentés, alors qu’ils pourraient apporter beaucoup de poids à cette interpro et y jouer un rôle moteur : les cheminots et les énergéticiens. Ces deux secteurs fortement mobilisés, en reconductible, qui organisent piquets de grève et actions radicales comme l’envahissement des voies ferrées ou encore le « passage en sobriété énergétique » du siège du MEDEF ou de centres commerciaux, pourraient jouer ce rôle essentiel du fait de leur place unique dans l’économie et de leur pouvoir de blocage par la grève. Il est essentiel de développer ces liens de la part des personnes mobilisées au sein de cette interprofessionnelle, en allant sur les piquets de grève, en participant aux rassemblements pour inviter les grévistes à participer à ce cadre et à y apporter leur force.

Ensuite, le manque de liens avec l’intersyndicale locale. Il est indispensable pour que le mouvement continue à se développer et à s’élargir que les organisations syndicales reconnaissent toute la détermination qui s’exprime de la part de centaines, de milliers de personnes prêtes à durcir la lutte, et s’investissent dans ce cadre collectif pour en faire un vrai centre de discussions et de prises de décision de la mobilisation.

Au-delà des retraites, les possibilités d’une mobilisation d’ampleur

Si le développement de cadres d’auto-organisation tels que cette assemblée interprofessionnelle nous paraît essentiel, c’est aussi en raison des possibilités qui s’offrent à nous dans la période.Alors que le gouvernement est particulièrement isolé, et vient de reculer sur son projet de loi immigration par peur de la rue, l’élargissement de la mobilisation et l’approfondissement de nos revendications pourrait mener non-seulement au retrait de la réforme des retraites, mais aussi à une situation de crise politique à travers laquelle nous pourrions arracher bien d’autres revendications à un gouvernement aux abois. Retraites à 60 ans, indexation des salaires sur l’inflation, chômage, sélection au lycée et à l’université, services publics : le mouvement doit décider lui-même de ses revendications et de ses suites.

Une perspective que nous défendons également au niveau national avec le Réseau pour la grève générale. Ce réseau, qui regroupe des grévistes de tout le pays, de secteurs essentiels comme les raffineries, les cheminots et la RATP, l’énergie et les centrales électriques, l’éducation ou encore l’automobile, a pour vocation d’organiser le plus largement possible et de créer partout des comités d’action, des assemblées générales de secteur et interprofessionnelles, qui permettrait au mouvement de se structurer et de proposer des perspectives sans attendre les dates appelées par en haut par l’intersyndicale, qui depuis 2 mois nous montre son impuissance face à la nécessité de généraliser la grève pour la victoire.


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