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Notre classe

Hommage

Il s’appelait Mathieu Poli. Un ex-gréviste de RTE, réprimé par l’Etat, met fin à ses jours

Lundi soir, nous apprenions le suicide de Mathieu Poli, 29 ans, ex-gréviste du gestionnaire du réseau électrique RTE. Il avait été la cible, avec ses collègues, d'une répression syndicale et policière suite à des faits de grève. Début septembre, il avait été convoqué par la police. Nos pensées vont à ses proches et camarades.

mardi 18 octobre 2022

Crédits photo : AFP

Ce lundi soir, nous avons appris la mort de Mathieu Poli, électricien de 29 ans. Ce salarié de RTE dans le Groupe Maintenance Réseau d’Anjou, s’est donné la mort. Dans un communiqué publié ce mardi soir, la CGT Energie 49 décrit « un agent investi dans son travail par sa rigueur et son professionnalisme. Apprécié dans son équipe ainsi que par les autres équipes du GMR, il était à l’écoute, juste, droit, perfectionniste, concis et reconnaissable à son sourire discret ».

En outre, elle rappelle un fait important. « Comme de très nombreux collègues du GMR de l’ouest, il avait participé aux trois mois de grève pour gagner une revalorisation de 5% des salaires et une révision des reconnaissances de qualification. (…) Il avait été le premier à être convoqué au commissariat d’Angers le mercredi 7 septembre à la suite d’une action de grève le 2 juin. Comme d’autres collègues convoqués, Mathieu avait très mal vécu cette période de mépris, d’humiliation puis de répression en tout genre. »

Face à cette histoire dramatique, qui frappe un travailleur en lutte pour son salaire, victime de la répression d’État, nos pensées vont à ses proches, sa famille et ses camarades de la CGT Énergie 49. En ce mardi 18 octobre de grève interprofessionnelle pour des augmentations de salaires, des hommages lui ont été rendus sur les piquets de grève et dans les manifestations.

Depuis l’assemblée générale des cheminots de Paris Nord, Anasse Kazib a tenu à revenir sur cet évènement tragique : « Je voudrais qu’on puisse toutes et tous ici avoir une pensée pour un camarade de la CGT et de la fédération RTE, Mathieu Poli, 29 ans, qui a mis fin à ses jours hier (…) Je veux que toutes et tous on puisse faire une minute d’applaudissements pour Mathieu Poli, pour tous les camarades réprimés, toutes celles et ceux qui malheureusement, lorsqu’ils sont attaqués, décident de mettre fin à leurs jours. Pour dénoncer ce qu’est en train de faire ce gouvernement-là, c’est à dire de faire la guerre aux syndicalistes, à celles et ceux qui se battent, et de leur montrer, ici à Paris Nord, que s’ils font la guerre au monde ouvrier on va leur faire la guerre jusqu’au bout ! »

Bérenger Cernon, cheminot et syndicaliste CGT, a également tenu à lui rendre hommage : « Il fait partie des militants de la CGT qui ont lutté notamment pour passer en heures creuses certains usagers de l’électricité pour qu’ils payent moins cher et pour montrer à l’entreprise que les bénéfices ça suffit. Ce mec, il s’est battu avec ses tripes, il a fait des choses bien. [...] Je lui dédie cette AG parce que ce courage, il faut l’avoir. Parce qu’en face on a des pourritures, on a des gens qui ne veulent rien entendre et qui bloquent tout. Alors aujourd’hui, on est en grève sur nos salaires à la SNCF, mais on est aussi en grève pour défendre le droit syndical, le droit de grève ! »

Le suicide de Mathieu Poli survient dans un contexte de répression anti-grève menée par le gouvernement à l’encontre des salariés de RTE, entreprise stratégique puisqu’elle est gestionnaire du réseau public de transport d’électricité haute tension en France. Une répression qui a récemment conduit à ce que quatre salariés de l’entreprise soient placés en garde à vue le 4 octobre dernier au siège de la DGSI à Levallois-Perret au nom de « la lutte contre le terrorisme »

Une offensive contre les grévistes qui, comme le soulignait Francis Casanova, délégué syndical central CGT RTE, dans une interview publiée pour Blast a pour but « de terroriser les salariés, et de faire en sorte qu’à l’avenir il n’y ait plus aucune action de grève qui soit entreprise et qu’il n’y ait pas de mouvement de contestation sociale. »

En ce jour de grève appelé nationalement pour des augmentations de salaires et pour les libertés syndicales, la grève qu’ont mené Mathieu Poli et ses collègues au printemps dernier résonne de façon particulière et trouve un prolongement sur la scène nationale. Nous lui rendons hommage ce soir, et réaffirmons que le combat de Mathieu et des salariés de RTE contre la répression est aussi le nôtre. Nous ferons vivre son souvenir sur nos piquets de grève et dans nos manifestations.

Le communiqué de la CGT Energie 49 :



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