^

Notre classe

Rapport de force

Grève SNCF à Saint-Lazare : "On a prouvé qu’avec une grève bien organisée, on peut gagner !"

Grâce à une « grève surprise » suivie massivement mercredi dernier, les cheminots du réseau SNCF Saint-Lazare ont obtenu une prime et stoppé une partie des attaques contre leurs conditions de travail. Une démonstration que le rapport de force paie. Interview de Mehdi Elomri, délégué SUD-Rail et conducteur de train à Saint-Lazare.

mardi 5 juillet

Une assemblée générale de grévistes le 24 juin à Paris Saint-Lazare.

Révolution Permanente : La semaine dernière, les cheminots du réseau Saint-Lazare à Paris (ligne L et J du Transilien et branche Cergy-Poissy du RER A) ont fait plusieurs journées de grève pour dénoncer leurs conditions de travail et demander des augmentations de salaire. Quelles sont les raisons de la colère ?

Mehdi Elomri : Nous nous sommes mis en grève le 13, le 23 et le 24 juin pour des problèmes liés à la mise en place du logiciel de gestion Orion depuis le mois de janvier. Cela perturbe grandement notre qualité de vie au travail et notre quotidien parce qu’il amène des modifications de planning, parfois de la veille pour le lendemain. Nous avons ainsi des contenus de journées qui changent et en fonction de ces contenus nous n’avons pas les mêmes primes. Le résultat pour de nombreux agents, c’est entre 200 et 300 euros perdus certains mois à cause de ce logiciel.

Il y a aussi un projet de protocole congé qui a mis pas mal d’agents en colère. Il y a également pas mal de problèmes de qualité de vie sur les établissements, notamment dans les locaux à Nanterre préfecture ou des toilettes sont souvent bouchées. Avant nous avions droit à des bouteilles d’eau pendant le service, mais aujourd’hui on ne nous distribue plus que des gourdes basses de gamme qui ne sont même pas adaptées aux fontaines à eau pour les remplir. C’est une accumulation de problèmes au quotidien qui explique la montée de la colère.

Nous avons été reçus le 28 juin pour une négociation qui s’est mal passée. La veille nous avions reçu nos roulements d’été, pas même par un logiciel officiel de la SNCF, mais pas une info interne des conducteurs. Ces roulements comportaient notamment des erreurs de planning graves et ont été communiqué très tard. Là, ça a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

R.P : Mercredi et jeudi les médias ont parlé de "grève surprise". Comment cela s’est-il passé ? Qu’est ce qui explique que les cheminots aient spontanément décidé de cesser le travail ?

Mehdi Elomri : Le 28 au soir lorsque nous sommes sortis de la réunion, nous avons communiqué entre nous via nos groupes de conversation et les réseaux sociaux, à propos de la position de la direction. Celle-ci était ridicule comparés à ce que nous demandions. Rapidement, une majorité d’agents nous disent « on peut poser le sac dès demain », c’est-à-dire le mercredi 29. Les choses se passaient mal sur notre établissement depuis plusieurs années, la colère grondait, et là ça a démarré.

Dès le premier jour nous étions à 90 ou 95% d’arrêt des conducteurs par droit de retrait. Nous avons fait descendre la direction, qui a refusé catégoriquement de négocier. Nous leur avons répondu que nous allions donc continuer. Le soir nous étions de nouveau reçu. Ils nous ont annoncé que nous n’aurons rien de plus, et menaçaient même de nous donner moins que ce qui avait été annoncé le 28. En d’autres termes, ils voulaient nous retirer ce que nous n’avions pas.

Face à cela, les collègues ont décidé de continuer. Certains délégués de FO et de la CGT, suivant les instructions de leurs directions, ont alors commencé à tenter décourager les grévistes en leur disant qu’il pouvait y avoir des représailles de la direction. En réalité nous étions plus d’une centaine à avoir cessé le travail. C’était notre force, la direction ne pouvait pas tous nous réprimer. Et tout le monde était déterminé à continuer.

R.P : Quelle a été la réaction de la direction face aux revendications des cheminots ? Qu’est-ce que la grève a permis d’obtenir ? Quelles leçon en tirer pour la suite ?

Mehdi Elomri : La direction a essayé de mettre la pression également, avec des mises en demeure contre nos droits de retrait, ils tentaient aussi d’intimider les plus jeunes.

Le deuxième jour, le jeudi 30, la direction régionale nous a contacté, et nous a annoncé qu’ils n’accepteront de reprendre les négociations que si nous reprenons le travail. C’était évidemment hors de question.
Nous avons alors décidé d’aller voir la DRH régionale, qui a elle accepté de nous recevoir le jour même pour négocier.

C’est comme ça que nous avons obtenu notamment l’arrêt total du protocole de congé, la mise en place d’une IPT forfaitaire de 100€ par mois minimum, ainsi qu’une prime de 250€ au mois de juillet et à la rentrée de septembre. De plus, pour toutes les journées où il aura une modification de planning de plus de 30 minutes il faudra l’accord de l’agent. Nous avons également des choses sur les questions de qualité de vie au travail, comme la réparation des toilettes, le changement des fontaines etc…

Ça faisait bien 15 ans qu’il n’y avait pas eu une victoire comme ça sur Saint Lazare. Nous avons prouvé qu’avec une grève bien suivie, surprise, qui prend les patrons au dépourvu, nous pouvons obtenir ce que nous demandons. Lorsqu’on a un mouvement massif et organisé, c’est là qu’on gagne. Tout le monde était vraiment motivé, et c’est ça qui a payé. La direction a vu notre détermination, ils ont vu que nous ne lâcherions pas, et ils ont dû plier. Et vraiment, une victoire, ça regonfle, ça redonne de la joie aux camarades, aux copains.

R.P : Le 6 juillet est annoncé une grève nationale, que pensez-vous de l’importance de se coordonner avec d’autres secteurs de la SNCF et plus largement avec le monde du travail ?

Mehdi Elomri : C’est important de se coordonner, même au-delà de la SNCF, tout corps de métier confondus. C’est comme ça que ça a le plus de gueule et le plus d’impact. Il faut que les journées de grève soient interprofessionnelles, que tout le monde, tous les syndicats, posent les grèves simultanément, quelles que soient les revendications, même différentes.

La seule chose qui importe aux patrons, c’est qu’on continue de travailler. Si on cesse le travail tous en même temps, avec détermination, forcément les patrons vont reculer.



Mots-clés

Cheminot-e-s   /    Grève   /    SNCF   /    Notre classe