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Europe forteresse

De Rome à Stockholm, les gouvernements européens durcissent leur politique anti-migrants

Dans la continuité du Pacte Asile et Immigration adopté par les dirigeants de l’UE, les différents gouvernements renforcent les frontières et les expulsions de migrants.

Léo Stella

5 octobre 2023

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De Rome à Stockholm, les gouvernements européens durcissent leur politique anti-migrants

Crédits photos : Bénédicte Jourdier / CC BY 2.0 DEED

Vendredi s’ouvrira à Grenade en Espagne le Conseil européen, dont la question migratoire sera un des sujets principaux. Dans le cadre d’une réunion qui s’est tenue ce mercredi, à l’exception de la Hongrie et de la Pologne, les états de l’Union européenne ont scellé leur objectif : finaliser le Pacte Asile et Immigration d’ici février 2024. Au programme de ce nouvel accord : renforcement des frontières, création de nouveaux camps de rétention, multiplication des expulsions et externalisation des frontières. Du gouvernement Macron à l’extrême-droite de Meloni, les états impérialistes européens continuent de faire de la Méditerranée un cimetière.

Des mesures qui se déclinent nationalement dans une surenchère xénophobe et sécuritaire, l’Italie en tête. Après une première salve de lois en mai dernier comme ce fut le cas en Allemagne (fichage de migrants, accord bilatéraux aux frontières, ont procédé d’une part à un renforcement à leurs frontières mais aussi à une réduction des droits l’asile au profit d’expulsions plus systématiques.

Barbelés, militaires et drones : des frontières toujours plus sécurisées

Les premières mesures mises en place par les états européens ont été de renforcer et de sécuriser les frontières à un niveau jamais atteint depuis le traité de Maastricht. L’Allemagne a été un des fers de lance de cette politique. La ministre de l’Intérieur Nancy Faeser a ainsi annoncé le 27 septembre la mise en place d’unités de polices « flexibles et mobiles » proches de la frontière avec la Pologne et la République Tchèque. Des mesures qui pourraient encore se durcir comme on peut le lire dans Info Migrants : des postes de contrôles fixes ne sont pas à l’ordre du jour, mais la ministre « n’exclut pas la possibilité [de le faire] plus tard, si les contrôles supplémentaires ne fonctionnent pas ».

Ce nouveau renforcement des frontières de la part de l’Allemagne a déclenché une série de politiques similaires. La Pologne, l’Autriche, la République Tchèque ainsi que la Slovaquie ont réintroduit directement des contrôles policiers le long de leurs frontières. Des contrôles qui se font comme en Slovaquie avec des militaires lourdement armés.

La France, quant à elle, joue aussi un rôle de premier rang dans la sécurisation des frontières comme cela se voit depuis mi-septembre à Menton. La frontière franco-italienne était déjà une zone ultra-sécurisée avec la présence de militaires dans le cadre de l’opération « Sentinelle », la mise en place de drones et radars thermiques, sans parler des forces policières et douanières qui jouent le rôle de garde-frontière contrôlant les trains, les véhicules ainsi que les cols des montagnes. Un dispositif qui a comme résultat des refoulements illégaux vers l’Italie ainsi qu’un traitement inhumain des migrants, comme par exemple l’enfermement de mineurs dans des locaux de police pendant plusieurs jours.

Suite à l’arrivée des migrants à Lampedusa, Darmanin avait appelé à plus de « fermeté » afin de renforcer la frontière avec l’Italie. Le ministre avait ainsi assuré que « les unités de forces mobiles, policiers ou gendarmes, passeront de deux à quatre, pour atteindre un total de plus de 200 agents. Les militaires affectés à la reconnaissance nocturne en montagne dans le cadre de l’opération Sentinelle passeront, eux, de 60 à 120 et les effectifs douaniers seront aussi doublés » comme l’explique Info Migrants. Cette militarisation de la frontière a causé l’arrestation de plus de 3 000 migrants en moins de trois semaines.

Des mesures qui risquent de s’aggraver avec la loi Immigration qui prévoit d’élargir lourdement la zone de refoulements des migrants qui est aujourd’hui à 20 kilomètres de la frontière italienne. L’ensemble de ces dispositifs et en particulier celui mis en place à Menton donne la couleur de ce que va proposer l’UE à travers ce pacte Asile et Immigration.

Réduire les droits et faciliter les expulsions : Meloni donne l’exemple

Couplé à ce renforcement sécuritaire aux frontières, certains pays ont réduit l’accessibilité aux droits des exilés tout en permettant un système d’expulsion beaucoup plus efficace. Comme l’explique Le Monde la Suède prévoit ainsi « des restrictions sur l’obtention du permis de séjour permanent et de la citoyenneté, la généralisation des titres de séjour temporaire, et l’accélération des retours pour les personnes sous le coup d’une obligation de quitter le territoire. Stockholm veut aussi forcer les demandeurs d’asile à résider dans des centres d’accueil dont ils ne pourront sortir que de façon limitée ».

Le cas de la Suède incarne ce que prévoit l’UE dans le pacte, entre un système anti-immigration renforcé tout en restant à l’écoute d’un patronat qui réclame une plus grande réserve de travailleurs immigrés sur-exploitables à merci. Cependant, depuis la crise de Lampedusa, c’est bien Giorgia Meloni, cheffe du gouvernement italien, qui, main dans la main avec Macron et Ursula Von der Leyen, mène les principales offensives contre les migrants.

Meloni a ainsi mis en place une série de mesure qui donnent un avant-goût de ce que donnera le pacte dans les pays frontaliers de l’Union européenne. La mesure phare a été la création d’un centre d’hébergement en Sicile de migrants venant de « pays sûrs » calqué sur le modèle grec. Ce centre va emprisonner, sans liberté de circulation, les migrants de « pays sûrs » c’est à dire la majorité des pays dont viennent les migrants, comme la Tunisie ou le Sénégal, afin de les expulser le plus rapidement possible. Ces camps fermés aux portes de l’Europe auront vocation à se multiplier avec le Pacte, principalement en Italie et en Grèce.

Le but est d’enfermer les migrants directement à leur arrivés en Europe avant, grâce à un système d’expulsion simplifié, de les renvoyer vers des « pays sûrs » en échange d’un accord économique ce dernier. La cheffe d’extrême-droite a prévu aussi la création de centres de rétention fermés (CPR) dans chacune des 20 régions du pays. Ces centres auront pour but de pouvoir maintenir les migrants « illégaux » pendant plus de cent jours, là encore avant de pouvoir les expulser.

A cela, Meloni a ajouté toute une série d’autres mesures, comme le durcissement des conditions d’éligibilité à l’asile pour les mineurs ,en donnant la possibilité à la police d’évaluer la majorité ou non d’un mineur.

Alors que le pacte Asile et immigration devrait être adopté en février 2024, la situation à Lampedusa a été un laboratoire pour tester les futurs réformes xénophobes et meurtrières de l’Union européenne aux frontières. Une politique européenne dans laquelle la macronie compte jouer un rôle de premier plan.

Face au durcissement réactionnaire des frontières, tant au niveau national qu’à l’échelle européenne, il est urgent de lutter contre tous les projets de loi visant à renforcer la chasse aux migrants, à l’instar de la loi immigration, et d’exiger l’ouverture inconditionnelle des frontières, l’accueil de tous les réfugiés et la régularisation de tous les sans-papiers


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