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Répression de la solidarité

CRA de Vincennes : acharnement judiciaire contre les 12 interpellés de la St Sylvestre

Le soir du 31 décembre, 12 personnes ont été interpellées aux abords du CRA de Vincennes pour « participation à un groupement », une semaine après l’évasion de 11 étrangers enfermés. La justice entend en faire un exemple de la répression de la solidarité avec les étrangers.

Joshua Cohn

3 janvier

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CRA de Vincennes : acharnement judiciaire contre les 12 interpellés de la St Sylvestre

Crédit photo : Révolution permanente

Le jour de Noël, profitant d’une alarme défectueuse sur une fenêtre forcée après en avoir coupé le grillage, 11 étrangers enfermés au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes avaient réussi à s’échapper. Elles n’ont pas été retrouvées par la police à ce jour.

Par la suite, la préfecture de police avait annoncé une surveillance renforcée du site. Le lendemain, des feux d’artifice ont été tirés devant le centre, en solidarité avec les personnes toujours à l’intérieur. Les prisonniers du CRA sont en procédure d’expulsion, ou attendent que leur expulsion prononcée soit exécutée.

L’évasion du 25 décembre est arrivée moins d’une semaine le vote définitif de la nouvelle loi immigration à l’Assemblée nationale, alors que le texte, conformément au projet initial du gouvernement, élargit les possibilités pour l’administration de recourir aux expulsions et aux interdictions de territoire, tandis qu’il réduit les recours possibles des personnes étrangères.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu l’interpellation de 12 personnes près du CRA la nuit du 31 décembre. La police et la presse de droite se sont empressées de faire de cet évènement le match retour de l’évasion réussie du 25 décembre, poussant un récit fantaisiste afin de justifier un acharnement à l’encontre de toute solidarité avec les étrangers. Valeurs actuelles titrait ainsi sur « un projet d’attaque et d’évasion déjoué » tandis que Réda Belhaj, porte-parole du syndicat policier Unité SGP d’Île-de-France, expliquait pour Cnews qu’avait été découverte « une fourgonnette avec des engins pyrotechniques qui pourraient servir à la conception de cocktails Molotov ».

Des allégations policières sans aucun fondement, alors que le procureur n’a rien trouvé d’autre pour poursuivre les interpellés que l’infraction floue de « participation à un groupement », une qualification arbitraire qui suggère par définition que l’intention des prévenus est indéterminée.

Parmi les 12 interpellés, 3 sont jugés ce jeudi 3 janvier en comparution immédiate au Tribunal judiciaire de Paris à Porte de Clichy. Un seul parmi eux est également poursuivi pour transport d’explosifs. Aucun des 9 ne ressort pour autant libre de garde-à-vue. Tous ceux qui ne font pas l’objet d’une comparution immédiate devraient être reconvoqués ultérieurement et passent devant un juge pour déterminer les conditions d’un éventuel contrôle judiciaire (obligation de pointer au commissariat, interdiction de zone, etc).

Il s’agit d’une réponse policière et judiciaire extrêmement sévère qui s’explique par la séquence réactionnaire actuelle qui promeut l’enfermement en CRA, la réduction et l’accélération des voies de recours et les expulsions comme outils de la politique répressive du gouvernement en matière migratoire. En frappant un grand coup contre les interpellés de la St Sylvestre, l’État défend son racisme et sa violence envers les étrangers. Il poursuit également son agenda autoritaire à l’encontre de toute contestation sociale plus généralement, alors que le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin avait évoqué «  un contexte de menace terroriste très élevée du fait du conflit en Israël et en Palestine  » pour justifier d’un dispositif sécuritaire musclé la nuit du réveillon, avec plus de 90 000 gendarmes et policiers mobilisés sur tout le territoire.

S’alignant sur le discours de la droite et l’extrême droite, Darmanin avait fait de l’expulsion des étrangers une politique centrale afin de faire passer sa loi immigration, surfant sur les meurtres à Arras et à Crépol pour pousser la criminalisation de toute personne étrangère. En octobre, il avait annoncé le doublement du nombre de place dans les CRA d’ici 2027. Avec le passage de la loi immigration d’une brutalité historique, le gouvernement entend poursuivre encore la traque aux sans-papiers.

Nous exprimons toute notre solidarité avec les personnes enfermées dans les CRA, à Vincennes et ailleurs, ainsi qu’avec les 12 interpellés de dimanche soir. Le combat contre le racisme d’État et la loi immigration continue, notamment avec l’appel national à la mobilisation le dimanche 14 janvier.


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