^

Monde

Afrique de l’Ouest

Barkhane. Encore une humiliation pour l’impérialisme français au Mali

Barkhane se retire du Mali mais la présence militaire française continue au Sahel. Cependant la situation est dangereuse pour l’impérialisme français.

jeudi 17 février

Les tensions extrêmes entre les gouvernements français et maliens ont abouti au retrait des troupes de Barkhane et Takuba du Mali. C’est l’une des principales positions militaires de la France dans la région, dans un pays qui a longtemps fait office de pivot militaire pour l’impérialisme français.

Une humiliation importante pour l’impérialisme français

Le sommet Union Européenne-Union Africaine organisé ces 17 et 18 février à Bruxelles a commencé par la publication d’une déclaration commune aux nombreux signataires. Alors que le Mali fait partie des absents du sommet, plusieurs membres de l’Union Européenne et de l’Union Africaine ont décidé « le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations ». Le principal coupable dénoncé : « les obstructions des autorités maliennes ».

Le communiqué était publié quelques minutes avant une conférence de presse où Emmanuel Macron a annoncé un retrait progressif sur 6 mois des troupes françaises de Barkhane ainsi que de l’ensemble des Etats de la coalition européenne des forces de Takuba et des troupes des alliés des Français dans la région comme le Canada. Elle intervient notamment à travers le retrait des troupes françaises des emprises de Gossi, Ménaka ainsi que de Gao. Une décision de choc et une très importante crise pour l’impérialisme français dans la région qui annonçait déjà en juin dernier la fin de l’opération Barkhane pour sa réorganisation sous l’opération Takuba. Cet aboutissement est le résultat des tensions extrêmes qui opposent aujourd’hui le gouvernement français et la coalition militaire du gouvernement de Goïta au Mali.

Le président français ainsi que ses Etats alliés continuent cependant à porter une politique de pression vis-à-vis du gouvernement malien. C’est la continuité des politiques de sanctions internationales, notamment prises par la CEDEAO qui s’était comportée en véritable émissaire des intérêts des impérialistes français contre la population malienne (et qui n’avait d’ailleurs fait que renforcer les militaires au pouvoir).

Dans un accent totalement hypocrite (la démocratie à géométrie variable aux intérêts français), le gouvernement et ses alliés ont appelé les militaires maliens à « organiser des élections libres, équitables, crédibles » alors même que la France défend depuis la mort d’Idris Déby la prise de pouvoir par son fils et la junte militaire, ainsi que des gouvernements qui ont manipulé les constitutions nationales pour rester au pouvoir. Un échec majeur pour la France qui, malgré les discours faussement positifs d’Emmanuel Macron ne saurait cacher une crise importante pour l’impérialisme français dans la région. Le récent coup d’Etat au Burkina Faso a rappelé les difficultés pour la France de sortir de cette crise inextricable.

Le gouvernement malien joue sur la pression et cherche à trouver de nouveaux alliés

Le gouvernement malien quant à lui n’a pas encore indiqué quel niveau de soutien matériel, de formations et militaire il souhaite continuer à demander à la France. Il tente tout de même de se faire passer pour un gouvernement « anti-impérialiste » en appuyant particulièrement sur un discours nationaliste et de rejet des forces françaises et européennes. Le départ des forces danoises puis l’expulsion de l’ambassadeur français à Bamako sont des revers importants pour la politique française et ont accéléré un départ que la France souhaitait ordonné.

Pourtant, derrière ce discours, le gouvernement Malien justifie la présence des troupes de Wagner (troupes privées potentiellement dirigées par un proche de Vladimir Poutine et accusées de nombreuses exactions militaires) et qui auront pour objectif de protéger l’armée au pouvoir face à d’éventuelles tentatives de renversement par des groupes islamistes rebelles ou même par des fractions dissidentes au sein de l’armée.

N’oublions pas que les divergences entre la France et la junte malienne se produisent suite à un désaccord important quant à la stratégie à adopter face aux forces rebelles islamistes. Alors que les dirigeants maliens voudraient négocier avec certaines organisations islamistes, la France s’y est opposée farouchement. Le rapprochement avec le Wagner Group (et donc la Russie) s’explique par un besoin de diversification de partenaires pour faire face à la posture de la France. Les militaires ont en suite profité de la fatigue populaire à l’égard de la présence militaire française depuis près d’une décennie sans que cela règle le problème sécuritaire dans le pays.

Troupes françaises, hors d’Afrique ! !

La réorganisation de Barkhane ainsi que de Takuba étaient déjà des projets français, la France étant consciente de son incapacité à maintenir sa domination seule dans la région. Cependant, le retrait en catastrophe est une démonstration d’une fébrilité de la France qui l’oblige à réorganiser l’ensemble de ses opérations antiterroristes en Afrique de l’Ouest. Preuve en est que le gouvernement français a aussitôt annoncé sa réorientation au Niger et dans le Golfe de Guinée « afin de contenir la potentielle extension géographique des actions des groupes armés terroristes en direction du Sud et de l’Ouest de la région, les partenaires internationaux indiquent leur volonté d’envisager activement d’étendre leur soutien aux pays voisins du golfe de Guinée et d’Afrique de l’Ouest, sur la base de leurs demandes ». Un paradoxe sachant que la place de la France a été durement décriée lors de mobilisations au Niger en novembre dernier.

Ce retrait de l’un des principaux contingents de Barkhane est une humiliation importante. Une crise potentielle, notamment sur un plan électoral en France alors même que l’ensemble des candidats à la présidentielle tente de se positionner sur le sujet avec quasi-unanimité : comment défendre au mieux les intérêts militaires et politiques français dans la région.

Valérie Pécresse, Olivier Faure, Eric Zemmour ainsi que Marine Le Pen ont quasiment tous dénoncé l’échec d’Emmanuel Macron en s’attaquant durement au gouvernement malien et en insistant sur l’importance de conserver la présence française dans la région. Jean-Luc Mélenchon s’est quant à lui attaqué à la « gloriole de quelques-uns » avant de défendre qu’« il ne peut plus être question de se voir convoqué puis renvoyé comme nous l’avons été au Mali (…) Dans l’immédiat je crois qu’il faut revenir dans les bases françaises existantes sur le continent africain, avoir un sérieux débat d’ensemble au Parlement avant de décider quoique ce soit de nouveau (…) Et surtout je ne fais aucune confiance à je ne sais quel nouveau déploiement sur le terrain dans le Sahel décidé par les auteurs du désastre actuel ».

Dans cette situation où l’intervention française a abouti au déplacement massifs de millions d’habitants de la région et que l’armée française se comporte comme une armée d’occupation venue défendre les intérêts français sur un plan économique, politique et militaire, toute position « intermédiaire » est une position réactionnaire. Sans accorder la moindre confiance aux militaires du gouvernement maliens dont le projet n’est en aucun cas progressiste ou de la défense des classes populaires maliennes, nous devons nous opposer à toute aventure militaire française dans la région et demander le retrait immédiat de toutes les troupes françaises et impérialistes d’Afrique !



Mots-clés

Barkhane   /    Mali   /    Impérialisme   /    Afrique   /    Françafrique   /    Monde