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Inflation

4,9% d’inflation en 2023 : pas de quoi se réjouir

L’inflation a en moyenne augmenté de 4,9% en un an. Un très léger ralentissement par rapport aux 5,2% de l’année passée, qui cache mal l’accroissement de la misère sociale, tandis que l’inflation n’a pas dit son dernier mot, ce dont témoigne la hausse de 10% à venir des prix de l’électricité.

Alexis Taïeb

12 janvier

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 4,9% d'inflation en 2023 : pas de quoi se réjouir

Crédit photo : capture d’écran du compte X de Bruno le Maire sur France 3

Les dernières données concernant l’inflation en 2023 de l’INSEE sont tombées. L’inflation des prix à la consommation sur un an est passée de 5,2% en moyenne en 2022 à 4,9% en 2023. Un très léger ralentissement de l’inflation qui est principalement due à une baisse de la hausse des prix de l’énergie, qui ont augmenté cette année de 5,6%, contre 23,1% l’année passée. Alors que cette « baisse » de l’inflation est vantée par les grands médias et le gouvernement, y a-t-il vraiment de quoi se réjouir ?

Pour Bruno le Maire en tout cas, il n’y a aucun doute. Le 8 janvier, lors de ses vœux aux acteurs économiques, le Ministre de l’économie déclarait ni plus ni moins que : « Face à la crise inflationniste la plus grave depuis les années 70, nous avons à nouveau protégé efficacement les Français ». Dès le 21 décembre, il fanfaronnait sur le plateau de CNEWS en déclarant que « la crise est derrière nous ». Mieux encore, il promettait que l’inflation s’établirait en dessous de 3% en 2024 même s’il reconnaissait, pour donner quelques gage de sincérité, que le « niveau d’inflation structurel » resterait « un peu plus élevé que ce qu’il était avant ».

Un beau geste de la part d’un ministre dont les pronostics ont toujours été pour le moins peu concluants. En novembre 2021, il déclarait sur Sud Radio que « cette inflation est temporaire ». Trois mois plus tard, il déclarait sur France Inter : « nous travaillons sur un scénario principal, qui est la baisse de l’inflation à partir de la fin de l’année 2022 ». Deux ans plus tard, l’inflation continue d’étouffer la population.

Un ralentissement de l’inflation en trompe l’œil qui cache mal une misère sociale qui ne fait que grandir

Tout d’abord, si l’inflation a en moyenne ralenti sur un an, celle-ci s’avère en trompe l’œil tant la variation est faible et ne peut exprimer une réelle tendance à la baisse. En dépit de la baisse des prix de l’énergie, loin de refluer, l’inflation se maintient fortement et à un haut niveau. Aussi, on se rend rapidement compte que cela n’est en rien synonyme d’une amélioration des conditions de vie pour la population. En effet, les prix de l’alimentaire ont quant à eux augmenté de 12% cette année, contre 7,7% en 2022. Et l’alimentaire constitue l’une des dépenses les plus importantes de la majorité des ménages.

Si l’on élargit un petit peu la focale, les prix de l’énergie ont augmenté de 44% en trois ans d’après des calculs de France Info basés sur les données de l’INSEE. Et du côté de l’alimentaire, ils ont augmenté de 23%. Certains produits, comme le sucre, ont augmenté de 60%.

Autrement dit, l’inflation reste très importante et l’augmentation réelle du coût de la vie est toujours plus palpable pour les travailleurs C’est ce qu’expliquait à Révolution Permanente Christian Porta, délégué syndical CGT de la boulangerie industrielle de Neuhauser, à Saint-Avold (57) : « C’est de la propagande. Ils disent que ça va baisser, mais en réalité les prix eux ne baissent pas, ils continuent d’augmenter, même si moins vite ».

De plus, il faut ajouter à l’équation la question des salaires, dont les augmentations se cantonnent toujours à des chiffres en dessous de l’inflation. C’est ce que fait remarquer l’économiste et directeur adjoint de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques) Mathieu Plane, qui synthétise dans un article publié le 6 décembre que le « salaire réel, y compris primes, a diminué de plus de 2% en deux ans ».

C’est ce que confirme également dans un article Médiapart le journaliste et économiste Romaric Godin : « En clair, le décrochage entre les prix et les salaires s’est cumulé au fil des mois pour conduire à un écart durable entre le niveau des prix et celui des rémunérations ». Et d’ajouter : « le travail paie de moins en moins. La croissance est faible, mais elle n’est pas au bénéfice des travailleurs ».

A cette baisse des salaires réels, il faut ajouter une hausse très importante des inégalités ces dernières années. En effet, la politique du gouvernement en matière de défiscalisation a « favorisé la croissance des revenus des plus riches » tandis que « si l’on en croit la plupart des associations, la pauvreté est clairement en progression avec l’épisode inflationniste » explique l’économiste.

Des risques de hausses de l’inflation qui restent importants

Ainsi, les chiffres de l’inflation n’équivalent en rien à une amélioration quelconque de conditions de vie de la population. Tout au mieux, elle garantit une dégradation persistante et cumulatives de nos conditions de vie. D’un autre côté, l’inflation pourrait de nouveau rapidement s’accélérer et aller vers le pire.

C’est ce que pourrait, par exemple, laisser présager les données de l’inflation sous-jacente – c’est-à-dire hors énergie et produits alimentaires transformés – qui a augmenté de 5,1% en 2023 contre 3,9% en 2022. De la même manière, si les prix ont en moyenne baissé sur un an, ils ont réaugmenté lors de celui de décembre, avec une augmentation de l’inflation de 3,7% de l’inflation sur un an, contre 3,5% le mois précédent. Une hausse constatée en France mais également dans toute la zone euro et qui résonne comme un avertissement.

En effet, pour Isabel Schnabel, une des six membres du directoire de la Banque Centrale Européenne, dont les propos ont été résumé par des journalistes du monde, les risques d’une reprise sont loin d’être inexistant. Et, en ce qui concerne l’inflation, « le dernier kilomètre est souvent le plus dur » déclare-t-elle. D’après l’économiste, les facteurs d’hier - le choc des prix provoqué par la guerre en Ukraine et la désorganisation des chaînes d’approvisionnement dû au COVID – laissent place à de nouveaux problèmes beaucoup plus difficiles à enrayer.

Une première difficulté concerne les entreprises qui, après avoir augmenté leur prix fortement lors des derniers mois en raison de la hausse des prix de matière premières, restent plus réticentes pour diminuer maintenant les prix, alors que les prix de matières premières sont en grande partie redescendues.

Une seconde difficulté concerne les salaires. L’économiste explique que, après une forte baisse du pouvoir d’achat, les entreprises vont bien être obligées d’augmenter un minimum les salaires face à la demande des ménages. Ainsi, même si ces hausses restent presque toujours en dessous de celle de l’inflation, elles risquent de pousser les entreprises à augmenter à nouveau leur prix afin de conserver leurs marges, entretenant ainsi l’inflation.

C’est ce dont témoigne Christian Porta dans son entreprise : « le patron fait tout pour conserver ses marges. Si en début d’année, on a pu obtenir quelques augmentations grâce à la grève, cette fois, les patrons utilisent le fait que les pronostics annoncent un ralentissement de l’inflation pour refuser catégoriquement d’augmenter les salaires ». Autrement dit : « Si les prix continuent d’augmenter, que nos salaires restent figés, on va encore plus sentir l’inflation que l’année passée » résume le syndicaliste.

Le risque géopolitique, premier moteur de l’inflation et de la dégradation de nos conditions de vie

Enfin, un autre facteur doit être pris en compte, la géopolitique. C’est bien l’éclatement de la guerre en Ukraine qui a provoqué l’embrasement de l’économie dont nous faisons encore les frais aujourd’hui. De ce point de vue, le réchauffement des tensions géopolitiques sur le globe ne présage rien de bon.

A ce titre, le conflit au Proche-Orient fait que de nombreux porte-conteneurs choisissent d’éviter la région. Les prix du fret maritime ont ainsi déjà triplé. « Si la mer Rouge restait fermée plusieurs mois, et que le coût du fret maritime restait au double de son niveau de mi-décembre, cela pourrait ajouter 0,7 point d’inflation mondial d’ici à fin 2024 », rapporte Ben May, du cabinet Oxford Economics pour le journal Le Monde.

En outre, la récente hausse de l’inflation aux Etats-Unis, à hauteur de 3,4% sur un an, contre 3,1% en novembre, constitue aussi un avertissement. D’autant plus que les prévisions n’avaient tablé que sur une hausse de 3,2%. Les bourses européennes ont ainsi baissé, après l’annonce de la hausse aux Etats-Unis.

En bref, les facteurs qui pourraient maintenir, voire relancer la hausse de l’inflation, sont nombreux. Dans ces coordonnées, il n’y a aucune confiance à avoir dans la rhétorique triomphante du gouvernement. Tout au contraire, il faut se préparer d’ores et déjà à une année qui s’annonce encore difficile et durant laquelle l’amélioration de nos conditions de vie ne pourra résulter que d’une lutte sans concession avec le patronat.


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