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Jeunesse

Un hiver à se geler

19°C max dans les facs : la directive du gouvernement qui fait payer la crise énergétiques aux étudiants

La circulaire du gouvernement sur le plan de sobriété énergétique dans les universités impose une réduction de 10% de la consommation d’énergie d’ici deux ans. Une mesure que les facs doivent appliquer localement, en imposant 19°C dans les salles en plein hiver ou rognant sur les budgets de la recherche.

lundi 3 octobre

Crédit photo : AFP

Ce 24 septembre, le gouvernement a publié une circulaire, qui traite du plan de sobriété énergétique dans les universités et lieux de recherches. Sylvie Retailleau, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, y rappelle que cette circulaire, s’inscrit dans le « grand plan de sobriété énergétique impulsé par le gouvernement au début de l’été. Derrière la potentielle pénurie d’énergie qui pourrait marquer l’hiver, le gouvernement s’attaque de fait à l’université publique.

L’idée centrale du plan est de réduire, sur deux ans, de 10% la consommation d’énergie dans les universités du pays. Celui-ci doit être décliné dans chaque université et si le soin est laissé aux directions d’université d’appliquer le plan localement, plusieurs mesures sont imposées ou suggérées. Elles sont en commun de dessiner une dégradation des conditions d’études et de travail au sein des facs.

L’une des mesures entend régler le chauffage des établissements. Selon la circulaire, lorsque les étudiants ou les personnels de l’université seront présents dans des salles, ces dernières seront au maximum chauffées à 19°C ! Quant à la climatisation elle ne pourra dépasser les 26°C. Lorsque les salles sont vides de 24 à 48 heures, le chauffage devra être baissé à 16°C et quand le taux d’inoccupation est égal ou supérieur à 48h, le chauffage devra être fixé à 8°C… La plupart des établissements connaissent déjà des problèmes d’isolation, avec des salles de cours ou des amphithéâtres sous chauffés où étudiants et enseignants passent l’hiver à grelotter. Et ce parfois dès le mois de septembre, Lucia, étudiante à Paris, témoigne dans ce sens auprès de Révolution Permanente : « je dois garder mon manteau pour étudier et j’ai les doigts gelés à longueur de journée. » Cette mesure va venir amplifier cette situation et va directement se répercuter sur les conditions d’étude et de travail, les dégradant activement.

Et le gouvernement n’entend pas s’arrêter là, puisqu’il propose de fonder les réflexions sur l’aménagement des locaux sur la nouvelle « organisation du travail ». Ainsi le gouvernement confirme la tendance à la multiplication des cadres en « distanciel » en évoquant dans la circulaire le « télétravail » ou les « visio-conférence ». Un moyen de dessiner un horizon fait d’enseignements en zoom, qui n’est pas sans faire écho à la volonté de la direction de la fac de Strasbourg de fermer ses portes durant deux semaines cet hiver. Cette option d’un retour, à court ou moyen terme, vers le distanciel impliquerait une dégradation des conditions d’études, un isolement des étudiants et une multiplication des inégalités d’autant plus grande que les cours en distanciel ne feront que déplacer la question de la consommation d’énergie vers le budgets des étudiants et des personnels qui passeraient la journée chez eux.

Le projet s’attaque également à la recherche. En effet, la circulaire ne donne pas de mesure précise, mais explique que chaque infrastructure de recherche devra constituer « un levier de réduction de la consommation d’énergie ». Alors que le milieu de la recherche a déjà été précarisé par la LPR (Loi pluriannuelle de la programmation de la recherche) et par d’ importantes coupes budgétaires, le secteur est à nouveau pris pour cible par le gouvernement, qui entend faire des coupures budgétaires dans le domaine de l’énergie en taillant dans le budget de la recherche.

La circulaire cherche à faire passer ces mesures en appelant à des concertations, recommandant une méthode de dialogue qui viserait à « concilier la mise en œuvre du plan de sobriété et le maintien de la qualité du service publique que nous devons à nos étudiants ». Pourtant la tournure est bien hypocrite quand il s’agit derrière d’étudier par 19°C et de chercher à faire des économies d’énergies en rognant sur les budgets de l’enseignement supérieur. Une façon de poursuivre les attaques contre l’université publique, en dégradant les conditions d’études. Le gouvernement a choisi à qui il ferait payer la crise : à la fac on doit se geler pendant que les patrons de l’énergie empochent des milliards d’euros.



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