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Idées & débats

Tu es communiste ? Alors parlons de la TMI…

La Tendance Marxiste Internationale, dirigée par Alan Woods, rebaptise plusieurs de ses sections « Parti communiste révolutionnaire ». S'agit-il d'un virage à gauche ? En quelque sorte. Cependant, des décennies de positions opportunistes ne disparaissent pas du jour au lendemain.

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Tu es communiste ? Alors parlons de la TMI…

Alan Woods, principal dirigeant de la TMI, en compagnie du président vénézuélien Hugo Chavez, 2005.

Article publié le 12 février dans Left Voice, journal frère de Révolution Permanente aux Etats-Unis. Nous souhaitons, en complément de cet article, attirer l’attention du lecteur sur la polémique engagée par les camarades de Left Voice vis-à-vis de la TMI à propos des luttes LGBT, sur lesquelles nous ne revenons pas ici, NdT.

Ce mois-ci, la Tendance marxiste internationale, dirigée par Alan Woods, renomme certaines de ses plus grandes sections. Elle prévoit en effet de fonder un « Parti communiste révolutionnaire » en Grande-Bretagne, un autre en Suisse, un troisième au Canada et un quatrième en Suède. Au moment où cet article est mis sous presse, elle vient d’annoncer qu’elle se rebaptise l’ « Internationale communiste révolutionnaire ». Depuis un an, les membres de la TMI distribuent le même autocollant dans plusieurs pays avec toujours le même slogan : « Tu es communiste ? Rejoins Nous ! », accompagné d’un QR code permettant de s’inscrire à la TMI et de commencer à lui envoyer de l’argent.

La TMI existe sous sa forme actuelle depuis 30 ans et, jusqu’à récemment, n’utilisait que rarement le marteau et la faucille. Que se cache-t-il derrière ce changement d’apparence ? Revenons sur l’histoire de la TMI pour comprendre sa trajectoire actuelle.

La scission du CIO

La TMI est fondée en 1992 (bien qu’elle n’adopte le nom de TMI qu’une décennie plus tard) en tant que scission du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO). Le CIO est quant à lui un groupe trotskyste fondé en 1974 par Ted Grant, centré autour de la tendance « Militant » au sein du Parti travailliste britannique.

Grant a été un dirigeant historique de la Quatrième Internationale, l’organisation révolutionnaire fondée par Léon Trotsky, à l’époque de son basculement dans le centrisme au cours de la période d’après-guerre. Après 1945, alors que le mouvement trotskyste est isolé et désorienté, plusieurs dirigeants pensent que leur meilleur espoir est d’hiberner au sein des partis sociaux-démocrates, transformant la tactique à court terme de l’« entrisme » en une stratégie de long terme. Alors qu’il doute à l’origine de cet « entrisme sui generis » (que l’on peut également appeler « entrisme à long terme » ou « entrisme sans sortie »), Grant en devient rapidement l’adepte le plus convaincu [1].

Lorsque la radicalisation de la jeunesse s’amorce vers 1968, la plupart des scissions du mouvement trotskyste s’affranchissent de la social-démocratie et fondent de nouvelles organisations révolutionnaires indépendantes. Grant, cependant, réaffirme son orientation vers le Parti travailliste : il proclame ainsi comme « loi historique » que, dans les périodes de bouleversements, les masses se tourneraient toujours vers leurs « organisations de masse traditionnelles », obligeant les marxistes à rejoindre des partis réformistes.

Des décennies de travail au sein du Parti travailliste sont naturellement incompatibles avec la défense d’un programme ouvertement bolchevique. Sous la direction de Grant, Militant défend un programme centriste qui tente de brouiller les lignes entre positions révolutionnaires et réformistes, portant uniquement des revendications censées ne pas « effrayer » le « travailleur moyen ». Militant affirme par exemple à cette époque que le socialisme peut être mis en œuvre pacifiquement si le parti travailliste obtient la majorité au parlement et met en œuvre un programme socialiste audacieux. Il affirme également que les policiers sont des « travailleurs en uniforme » et qu’ils doivent être organisés dans les syndicats. Lorsque le gouvernement de Margaret Thatcher lance sa guerre impérialiste contre l’Argentine, Grant rejette toute forme de résistance anti-impérialiste parce que cela « décrédibiliserait les marxistes aux yeux des travailleurs ».

Au milieu des années 1980, Militant a atteint une certaine influence (bien que le nombre de 8 000 membres soit exagéré). Finalement, la bureaucratie du parti travailliste décide de se débarrasser des trotskystes qui dirigent l’organisation de jeunesse du parti. Militant, engagé dans son orientation devenue perpétuelle de travail au sein du Labour, ne peut pas riposter - au lieu de cela, les partisans de Grant tentent de s’y implanter plus profondément. Cette tactique mène à la démoralisation et à l’effondrement du nombre de ses membres. Au début des années 1990, une grande partie de l’appareil tentaculaire du groupe, sous la direction de Peter Taaffe (qui compte alors plus de 250 permanents à temps plein !), décide qu’il est temps de rompre avec le parti travailliste pour sauver ce qui reste de l’organisation. C’est à l’occasion de ce « tournant écossais » que la majorité du CIO, après plusieurs décennies, quitte la social-démocratie.

Ce que l’on appellera plus tard la TMI est en fait la minorité du CIO, dirigée par Grant et Woods, qui s’oppose à cette rupture. Selon Grant, quitter le parti travailliste revient à jeter aux orties des décennies de travail patient. La raison d’être de la TMI est donc historiquement de camper au sein du parti travailliste, du SPD allemand et d’autres partis ouvriers réformistes.

Le CIO, et plus tard la TMI, ont pratiqué leur entrisme à long terme non seulement dans des partis ouvriers bourgeois, mais aussi dans des partis purement bourgeois, tels que le Parti de la révolution démocratique (PRD) et plus tard MORENA au Mexique, ou le Parti du peuple pakistanais (PPP), du clan hyper corrompu des Bhutto. La TMI n’a à ce propos réussi à faire élire qu’un seul membre dans un parlement national - en tant que candidat du PPP, qui, de l’aveu même de la TMI, était tout aussi corrompu que son parti.

À la recherche de sujets d’intervention

Après s’être séparée du CIO, la TMI continue d’être « la voix marxiste de la social-démocratie » pendant plusieurs décennies. Cependant, elle est confrontée au même problème objectif que les partisans de Taaffe : à mesure que le Labour, le SPD et d’autres partis similaires mettent en œuvre des politiques néolibérales brutales, ils attirent de moins en moins de travailleurs et de jeunes partisans du socialisme. La TMI, tout en restant formellement attachée à ses principes d’entrisme, est donc dans l’obligation de se tourner vers de nouveaux milieux.

Elle trouve alors un sujet qui enthousiasme les jeunes de gauche au début et au milieu des années 2000 : les gouvernements de la « marée rose » en Amérique latine. Woods devient alors un soutien du président vénézuélien Hugo Chávez. Après la mise en échec de la tentative de coup d’État de 2002 grâce à d’importantes mobilisations de masse, Chávez change sa rhétorique et proclame que son objectif est le « socialisme du 21e siècle ».

Comme nous avons pu l’expliquer en détails ailleurs, le gouvernement de Chávez représente ce que les marxistes appellent le bonapartisme sui generis. Dans l’espoir de gagner plus d’autonomie par rapport à l’impérialisme, une section de la bourgeoisie d’un pays semi-colonial a besoin de mobiliser les masses avec des revendications progressistes. C’est par exemple ainsi que Trotsky analysait le gouvernement de Lázaro Cárdenas au Mexique dans les années 1930.

Woods refuse cependant d’appliquer les catégories marxistes au Venezuela - il déclare que Chávez mène une révolution socialiste, même si il se trouve être à la tête d’un État bourgeois et a toujours défendu la propriété privée des moyens de production. Chávez n’ayant même jamais cessé de payer la dette extérieure du pays à l’impérialisme. Woods applique alors la théorie de Grant justifiant l’opportunisme, écrivant qu’une analyse marxiste claire du gouvernement vénézuélien serait « sectaire » et « nous couperait immédiatement (...) des masses ».

La stratégie de Woods est basée sur l’idée que le gouvernement bolivarien, avec une pression suffisante de la part des masses, pourrait être poussé à rompre avec le capitalisme. Il s’agit d’une stratégie classique du centrisme, formulée au début des années 1950 par Michel Pablo pour justifier son soutien politique au gouvernement algérien de Ben Bela.

Il convient de noter que la TMI a rompu, sans aucune analyse critique ni justification théorique, avec la tradition de Grant. Dans les années 1960, Grant critique Pablo et d’autres dirigeants trotskystes pour leur adaptation à l’État ouvrier cubain déformé de Fidel Castro et Che Guevara. Grant insiste à l’époque sur le fait qu’une révolution prolétarienne est nécessaire à Cuba, c’est-à-dire une révolution qui se doterait d’une direction indépendante des staliniens. Pourtant, Woods se met désormais à soutenir que le socialisme peut être atteint au Venezuela sous la direction de Chávez, dirigeant d’un État bourgeois. Une position faisant écho à la vieille croyance anti-marxiste de Militant concernant la possibilité d’une transition pacifique vers le socialisme.

Il ne s’agit pas seulement d’une rupture avec l’héritage de Grant, mais surtout d’une rupture avec tout ce que Trotsky a écrit sur l’Amérique latine durant son exil mexicain. Alors que Trotsky appelait les travailleurs à rejeter les « partis de front populaire », la TMI a fait campagne pour que les travailleurs rejoignent le parti de Chávez, le PSUV, et s’unissent ainsi à une aile progressiste de la bourgeoisie.

Lorsque le projet bonapartiste de gauche de Chávez s’est dégradé sous son successeur Nicolás Maduro, adoptant des politiques de plus en plus autoritaires et néolibérales, la TMI a finalement rompu avec le PSUV. Cependant, ce ne fut pas une rupture avec l’idéologie nationaliste bourgeoise du chavisme. La TMI a en effet formé une alliance avec le parti stalinien local, exigeant un retour au chavisme de Chávez [2]. L’organisation sœur de Left Voice (et de Révolution Permanente, NdT) au Venezuela, la Ligue des travailleurs pour le socialisme (LTS), s’y bat au contraire pour l’indépendance politique de la classe ouvrière.

Cet opportunisme ne s’est pas limitée au Venezuela. Woods a également déclaré son soutien au gouvernement bourgeois d’Evo Morales en Bolivie. Au Mexique, la TMI soutient depuis plusieurs décennies Andrés Manuel López Obrador (AMLO), qui a d’abord été maire de la capitale et est aujourd’hui président du pays. Aux États-Unis, la TMI soutient à juste titre que les socialistes ne pourront jamais soutenir Bernie Sanders parce qu’il s’agit d’un politicien bourgeois. Au sud du Río Grande pourtant, la TMI ne connaît pas le principe de l’indépendance de classe. En embellissant le chavisme et d’autres régimes bourgeois, la TMI rend plus difficile l’explication aux jeunes de ce qu’est le communisme et de ce qu’il n’est pas.

Un glissement vers la gauche

Au cours des années 2010, tout en maintenant une forme d’orthodoxie théorique grantienne, la TMI glisse progressivement à gauche et rompt silencieusement avec sa stratégie d’entrisme. Au Royaume-Uni, elle cesse de travailler dans le cadre des Jeunes travaillistes et crée ses propres groupes d’étudiants marxistes. Lorsque le Socialist Workers Party entre en crise en 2013, perdant sa place hégémonique en tant que plus grand groupe de gauche radicale dans les universités britanniques, la TMI parvient partiellement à combler le vide.

Les nouvelles couches de jeunes politisés pendant ou après la crise capitaliste de 2008 sont beaucoup plus nombreuses à s’identifier au communisme. Cette radicalisation, facilitée par les réseaux sociaux, a poussé de larges pans de la jeunesse à la gauche des positions traditionnelles de la TMI. La TMI a par exemple toujours défendu les syndicats de policiers, affirmant qu’ils attireraient la police dans le mouvement ouvrier et « saperaient la capacité de l’État capitaliste à réprimer la classe ouvrière ». Pourtant, les millions de personnes qui sont descendues dans la rue dans le cadre du mouvement Black Lives Matter en 2020 ont compris que les syndicats de policiers sont des institutions totalement réactionnaires, qui doivent être expulsées du mouvement ouvrier.

Cherchant à s’adapter à cette nouvelle conscience sans renoncer à son ancienne position, la TMI a maintenant abouti à des formulations désespérément confuses sur la police. Elle déclare adopter « l’approche consistant à s’opposer aux actions des syndicats de police qui se font au détriment de l’ensemble de la classe ouvrière, mais à soutenir les actions qui profitent aux travailleurs et qui rapprochent les policiers de base du mouvement syndical ». D’une manière typiquement centriste, cette phrase peut signifier soit un soutien total aux syndicats de policiers, soit un rejet total. En tant que Left Voice et la Fraction trotskyste, nous n’avions pas besoin de réviser nos positions en 2020, car nous avons toujours expliqué que les policiers ne sont pas des travailleurs. La TMI, en revanche, affirme que les syndicats de policiers sont irrémédiablement réactionnaires aux États-Unis, mais potentiellement progressistes au Canada ou dans le reste du monde.

Des contradictions encore plus grandes sont apparues en ce qui concerne la Palestine. Comme nous l’avons expliqué dans un autre article, la TMI a défendu pendant des décennies une « solution socialiste à deux États », affirmant qu’un « Israël socialiste » devrait exister à côté d’une « Palestine socialiste ». À notre avis, la position de la TMI représente une concession au chauvinisme. Un nombre croissant de jeunes soutiennent la proposition marxiste d’une Palestine unique, démocratique et socialiste dans le cadre d’une Fédération socialiste du Moyen-Orient. La TMI a donc silencieusement changé de position et a nettoyé son site web de certains des contenus anti-palestiniens les plus odieux datant du milieu des années 2000 (les liens sont disponibles ici).

Sur plusieurs questions, la TMI évolue vers la gauche et se rapproche de positions trotskystes correctes. Au moins, elle est plus discrète sur son soutien aux syndicats de policiers ou à un « Israël socialiste ». Pourtant, elle ne reconnaît nulle part ces changements, et elle les explique encore moins.

Absence de théorie

Cela nous amène à la révision de leur image de marque qu’ils entreprennent actuellement, qui les a notamment menés à renommer plusieurs de leurs sections anglophones « revolutionary communists ». Dans quelques semaines, la TMI va rompre avec quelques 70 ans de travail au sein des partis réformistes. Lorsque Taaffe a conduit la majorité du CIO hors des partis sociaux-démocrates il y a 30 ans, il visait la cohérence théorique. Taaffe défendait toujours la « loi historique » de Grant selon laquelle les marxistes devaient se trouver au sein des « organisations de masse traditionnelles » de la classe ouvrière. Il postulait cependant que le Labour et les autres partis réformistes avaient cessé d’être des partis ouvriers bourgeois et étaient désormais de simples partis bourgeois. Cette théorie ne tenait pas compte du fait que, dans de nombreux pays, les partis réformistes continuaient à s’appuyer sur la bureaucratie syndicale, et donc indirectement sur la classe ouvrière (ce qui, à notre avis, n’a jamais obligé les marxistes à s’adapter à ces partis et à y travailler pendant des décennies). Au moins, il s’agissait d’une tentative de fournir une théorie pour un virage stratégique majeur.

Aujourd’hui, Woods et sa TMI prennent le même virage que Taaffe et le CIO il y a trois décennies - pourtant Woods, qui se considère comme un théoricien, n’a pas fourni un seul mot de justification pour cela, à part des généralités sur le communisme. Si c’était une aventure sectaire de quitter le parti travailliste et de fonder un parti concurrent dans les années 1990, ainsi qu’il y a tout juste 15 ans, pourquoi est-ce la bonne politique dans les années 2020 ? Le parti travailliste sous Starmer est-il si différent de ce qu’il était sous Blair ?

Il est bienvenu que la TMI se soit fixé pour objectif de construire des partis communistes révolutionnaires. Toutefois, cet objectif ne peut être atteint par des groupes de propagande, sans que des dirigeants connus des luttes de la classe ouvrière ne s’en réclament. Et bien qu’il se qualifie lui-même de « communiste révolutionnaire », il ne semble pas que Woods ait cessé de soutenir le gouvernement bourgeois du Mexique.

Sans aucune base programmatique sérieuse, le virage à gauche de la TMI ne peut pas durer - elle reviendra à droite au prochain coup de vent. Un zig sauvage est inévitablement suivi d’un zag tout aussi sauvage. Les camarades de la TMI rompent avec leur stratégie de longue date d’adaptation au réformisme, mais il s’agit d’une rupture politique plutôt qu’organisationnelle. C’est ce qui ressort clairement du bilan du CIO depuis qu’il a quitté le Labour : bien qu’ils ne faisaient plus partie d’un parti réformiste, il ont continués à croire qu’une sorte de parti réformiste est une étape intermédiaire nécessaire sur la voie d’une formation révolutionnaire. Cette position a conduit le CIO à soutenir de « nouveaux » partis réformistes dans différentes parties du monde [3].

Une véritable indépendance de classe

À bien des égards, la TMI s’est débarrassée sans cérémonie de bon nombre des positions qui constituaient la tradition de Grant. Dans un sens, cependant, Woods s’avère être son élève le plus loyal : tous deux sont des maîtres de l’auto-glorification, quitte à prendre de grosses libertés avec la réalité. En effet, la TMI prétend souvent que Militant était la plus grande organisation trotskyste du monde après 1945. C’est indubitablement faux. Même à son apogée, Militant ne pouvait se comparer à la LCR en France ou au MAS en Argentine, sans même parler des trotskystes au Vietnam ou en Bolivie.

Woods proclame que la TMI est « la seule organisation qui a la responsabilité de rétablir le communisme ». Les autres organisations, du simple fait qu’elles ne sont pas la TMI, sont toutes des « sectes ». Il semble que les dirigeants de la TMI, tout en se rapprochant politiquement des autres tendances trotskystes, les décrivent comme toujours plus repoussantes. Woods affirme carrément que toute proposition de collaboration venant d’autres organisations communistes révolutionnaires doit aller « directement dans la corbeille à papier ».

A titre de contre-exemple, examinons les plus grandes organisations trotskystes dans le monde aujourd’hui. En Argentine, les trotskystes forment le Front de gauche des travailleurs - Unité (FIT-U), dont la principale composante est le Parti des travailleurs socialistes (PTS), le groupe frère de Left Voice. Le FIT-U dispose de cinq sièges au congrès argentin (dont quatre appartiennent à des membres du PTS), après avoir obtenu plus de 700 000 voix. La gauche trotskyste peut mobiliser quelques 25 000 personnes à Buenos Aires, remplissant des stades de football. Plus important encore, les travailleurs trotskystes sont présents sur des centaines de lieux de travail et ont dirigé de nombreuses luttes importantes.

Avec une petite poignée de membres en Argentine, la TMI a formulé de vagues critiques à l’encontre du FIT, accusant le front d’un « biais parlementariste ». Pourtant, les camarades du PTS sont fiers d’avoir utilisé la tribune parlementaire à des fins d’agitation révolutionnaire. Comme nous l’avons vu, la TMI n’a de son côté jamais eu l’occasion de montrer en pratique comment ses représentants agiraient dans un parlement bourgeois.

Il y a tout juste dix ans, Woods appelait les marxistes argentins à rejoindre la coalition bourgeoise progressiste de Néstor et Cristina Kirchner. Cette attitude est tout à fait conforme au soutien qu’il apporte à Chávez, Morales, AMLO et à d’autres gouvernements de la marée rose. Heureusement, la plupart des trotskystes argentins ont rejeté les recommandations de Woods et ont à l’inverse fondé une coalition basée sur l’indépendance de classe. Ils ont montré qu’ils pouvaient travailler ensemble sur la base d’un programme de lutte des classes tout en débattant ouvertement de leurs différences.

Il est dommage que Woods ait été prêt à former un front avec Chávez, Morales ou tout autre gouvernement bourgeois, tout en rejetant toute collaboration entre communistes révolutionnaires. Nous pensons que, surtout dans le contexte de l’assaut génocidaire d’Israël sur Gaza, il est impératif que les socialistes travaillent ensemble aussi étroitement que possible, sans cacher leurs différences. Si Woods rejette cette idée, nous sommes convaincus que les membres de la TMI sont prêts à l’envisager.

Avec Left Voice, nous portons un manifeste pour un parti de la classe ouvrière pour le socialisme sur la base duquel nous souhaitons rassembler les révolutionnaires organisés, les travailleurs militants et les jeunes aux Etats-Unis. Le PTS et le FIT-U en Argentine représentent le projet trotskyste le plus important et le plus abouti dans le monde à l’heure actuelle. Mais il serait absurde de proclamer qu’ils sont les seuls révolutionnaires. Au contraire, les expériences du FIT peuvent servir de base à la construction de véritables partis et à la reconstruction de la Quatrième Internationale. Cela ne peut résulter que de la lutte et de la collaboration entre les différentes tendances du mouvement socialiste révolutionnaire.


[1Pour une version plus détaillée de cette histoire, voir mon article de 2019 sur la scission du CIO. Pour une analyse plus longue de l’effondrement politique de la Quatrième Internationale au début des années 1950, voir « Les limites de la restauration bourgeoise ».

[2Pour une critique de l’Alliance populaire révolutionnaire (APR) au Venezuela, formée par des staliniens, des sociaux-démocrates et la TMI, voir notre site frère au Venezuela, Ángel Arias, « Sobre la APR y los ataques del Gobierno/PSUV : Se necesita un balance histórico y lecciones estratégicas. » Ideas de Izquierda Venezuela. 27 septembre 2020.

[3Le CIO est représenté en France par la « Gauche révolutionnaire », une petite organisation soutenant La France Insoumise, NdT.



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