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Toulouse

Tisséo. Après 4 jours de grève consécutifs pour durcir le mouvement, quelles suites pour gagner ?

Après trois journées de grève isolées, les salariés de Tisséo se sont massivement mobilisés sur quatre journées consécutives, du 30 mai au 2 juin. Après un durcissement du conflit qui a prouvé la force et la radicalité des travailleurs de Tisséo, quelles perspectives pour gagner ?

Anna Ky

2 juin 2023

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Tisséo. Après 4 jours de grève consécutifs pour durcir le mouvement, quelles suites pour gagner ?

Crédits photo : Révolution Permanente

Après avoir débuté un mouvement de grève inédit le 11 et le 18 avril pour défendre le maintien de l’indexation de leurs salaires sur l’inflation, les salariés de Tisséo s’étaient à nouveau massivement mobilisés le 18 mai. Malgré ces trois premières journées de grève massives, la direction n’a répondu que par le mépris et les menaces aux salariés mobilisés. En conséquence, l’intersyndicale SUD, CGT, FNCR et CFDT avait appelé à quatre jours consécutifs de mobilisation du 30 mai au 2 juin.

Un durcissement du mouvement réussi qui montre la force et la radicalité des travailleurs des transports toulousains

Le taux de grève s’est maintenu entre 50 et 60 % des effectifs durant les quatre jours de grève consécutifs appelés en défense de la « clause de sauvegarde » par les syndicats de Tisséo. Une mobilisation impressionnante, qui s’est également traduite par l’organisation de piquets de grève bloquants chaque jour : le premier à la sortie du dépôt de tramway à Beauzelle, en périphérie de la ville rose, et les suivants à chaque dépôt de bus – Langlade, Colomiers puis Atlanta. Pas un bus n’est sorti des dépôts bloqués durant ces quatre jours, et la mobilisation exemplaire des salariés du métro a eu pour conséquence l’arrêt exceptionnel de celui-ci à 19h, et cela malgré les manœuvres de la direction pour casser la grève.

La journée du 1er juin, où le piquet de grève était installé au dépôt de bus de Colomiers, a permis de monter d’un cran dans le rapport de force imposé par les salariés. En effet, devant le dépôt passe la ligne de bus 25, une ligne gérée par le sous-traitant Negoti, conséquence de la privatisation rampante des transports publics. Les grévistes ont arrêté les bus et sont allés discuter avec les usagers, à qui ils ont offert le café. Mais cette action a également permis de mettre en lumière les conditions de travail dramatiques des employés de Negoti et d’établir une solidarité concrète entre salariés de Tisséo et de la sous-traitance.

« On fait le même métier, on est sur les mêmes lignes mais on travaille de 5h à 14h sans pause du lundi au samedi pour 1400 euros par mois » témoigne Étienne, conducteur employé par Negoti dont le bus a été bloqué par les grévistes devant le dépôt de Colomiers, et qui est resté de bonne grâce sur le piquet. Son collègue Laurent appuie : « On a des coupures de 5 heures et on a même pas accès à un lit pour se reposer, on doit rester sur un canapé défoncé ». « La salle de coupure fuit, c’est une piscine olympique ». Les deux salariés de la sous-traitance concluent : «  Nous aussi on devrait faire grève, il faut qu’on se fasse entendre ».

De leur côté, les salariés de Tisséo ont été touchés par cette solidarité inespérée des conducteurs de Negoti et affirment que c’est aussi pour eux, contre la privatisation et la précarité, qu’ils se battent.

Au cours de ces quatre jours de grève d’affilée, les grévistes de Tisséo ont montré à la fois leur capacité à paralyser la ville rose, mais ils ont aussi prouvé que leur combat était le combat de tous. En mettant les bus à l’arrêt, ils ont démontré que ce sont eux le véritable pilier des transports publics toulousains et que leur direction, qui a essayé sans succès de conduire les bus à leur place et de faire tourner le métro au même rythme qu’en temps normal, est loin d’être indispensable à l’entreprise.

En retour, les usagers des transports ont exprimé leur solidarité avec les agents, à l’image de Cheborney, étudiante qui s’est retrouvée bloquée dans le bus 25 ce jeudi et qui a découvert à cette occasion les revendications des grévistes.

Après ces quatre journées consécutives, quelles perspectives pour gagner ?

Malgré ces démonstrations de solidarité qui se multiplient, et une colère croissante, la direction de Tisséo refuse toujours d’accéder aux revendications des grévistes. Dans ce contexte, le durcissement du rapport de force et la reconduction de la grève la semaine suivante se pose de plus en plus concrètement. « La semaine prochaine, on veut durcir le mouvement » expliquaient Arnaud et Nicolas au micro de Révolution Permanente ce vendredi, depuis le piquet de grève d’Atlanta.

Pour autant, les perspectives proposées par l’intersyndicale n’apparaissent pas à la hauteur de la colère qui existe à la base. Pour que le plan de bataille permette d’exprimer la radicalité et la colère des grévistes, il faut qu’il soit discuté et décidé collectivement par ces derniers, dans des cadres de discussion collectifs où chacun puisse s’exprimer et voter, syndiqués comme non-syndiqués.

En déléguant leur pouvoir de décision à l’intersyndicale, les salariés de Tisséo se coupent de la possibilité de maîtriser leur grève de bout en bout, et certains grévistes expriment même le fait qu’ils ne se sentent pas légitimes sur le piquet de grève. « Je ne suis pas très à l’aise sur le piquet si je ne connais pas les collègues qui sont présents, parce qu’on a pas trop la possibilité de s’exprimer sur les suites du mouvement quand on est pas syndiqués ou qu’on est un peu réservé » témoigne un conducteur qui a fait plusieurs journées de grève cette semaine mais qui a préféré rester chez lui.

En organisant des assemblées générales démocratiques sur les piquets de grève, les salariés mobilisés, syndiqués et non syndiqués, pourraient refléter la solidarité qui a commencé à se construire avec les sous-traitants et les usagers au travers d’une liste de revendications votées collectivement. De tels cadres permettraient par exemple d’exiger la fin de la privatisation des lignes de bus, la titularisation des salariés de Negoti et des autres sous-traitants, de dénoncer le prix des transports en commun, afin de montrer que la lutte des salariés de Tisséo concerne aussi les usagers et usagères.

Enfin, un tel cadre d’organisation démocratique permettrait aux grévistes de se doter d’outils pour durcir le rapport de force et aller chercher les salariés qui ne sont pas encore entrés dans la bataille : une assemblée générale réunissant syndiqués et non syndiqués ouvrirait la possibilité à la gestion collective d’une caisse de grève afin de pallier les pertes d’argent des agents mobilisés, et de voter chaque jour la reconduction de la grève pour que la direction en face ne puisse plus s’organiser en connaissant d’avance le plan de bataille des salariés.


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