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« Tavares gagne 36,5 millions grâce aux ouvriers sous-payés » Vincent, délégué CGT Stellantis

En demandant aux actionnaires 36,5 millions de rémunération pour 2023, le PDG de Stellantis veut s’offrir 100 000 euros par jours. Vincent Duse, ouvrier à Stellantis Mulhouse et représentant CGT, revient sur la politique de licenciements et de réduction des coûts qui a permis au PDG de s’enrichir.

Vincent Duse

16 avril

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« Tavares gagne 36,5 millions grâce aux ouvriers sous-payés » Vincent, délégué CGT Stellantis

Le PDG de Stellantis Carlos Tavares veut toucher 36,5 millions d’euros pour l’année 2023, et attend que les actionnaires approuvent sa rémunération. C’est l’équivalent de 100 000€ par jours et 2.140 années de travail au SMIC. Pendant ce temps là, un intérimaire de l’entreprise touche 1400€ par mois en moyenne, en étant payé au SMIC et en faisant des heures supplémentaires.

Ce salaire exorbitant fait suite aux bénéfices records de Stellantis, s’élevant à 18,6 milliards d’euros. Pour se féliciter de ses efforts - bien loin de la chaîne de montage - le patron se paie donc une augmentation de salaire de 56% par rapport à l’année précédente, lui qui s’était déjà accordé 66 millions d’euros de rémunération pour l’année 2021 avec 19 millions d’euros de rémunération, 32 millions d’euros d’actions gratuites, et 25 millions d’euros de rémunération de long terme.

En échange, Stellantis dit reverser une petite partie de ces profits records aux salariés. L’entreprise prétend donner 3 700 euros bruts aux ouvriers, mais en réalité la prime est conditionné aux jours de présences. C’est à dire que si tu es malade ou en grève, on te retient 8 à 10 euros par jour d’absence. Pour beaucoup de travailleurs en arrêts maladie longs, c’est comme s’il n’y avait pas de prime pour eux. Surtout, les 8 à 10 000 intérimaires de l’entreprise ne vont pas toucher un centime sur cette prime, alors que l’entreprise a fait 18,6 milliards de profit.

Déjà, on nous a réduit le montant de la prime d’intéressement de 300 euros. Ensuite, on a reçu que 3,8% d’augmentations de salaires, ce qui est en réalité plus faible car les augmentations individuelles, et les primes sont comptés dans le calcul. Dans tous les cas, c’est largement inférieur à l’augmentation des prix, avec une inflation à plus de 5% en 2022 en 2022 et près de 5% en 2023, et à l’augmentation de 10% des prix de l’électricité décidée par le gouvernement.

Plus largement, si Stellantis a pu réaliser des profits aussi impressionnants c’est grâce à sa politique de « réductions des coûts » pour augmenter les gains de productivité, avec des licenciements et des suppression d’emploi. Comme l’explique le communiqué de la CGT Stellantis : « Ces profits sont les fruits de la politique de casse sociale du groupe avec la destruction de plus de 130 000 emplois dans le groupe depuis 3 ans  » ->. En France, rien que ces derniers mois 1 800 intérimaires ont perdu leur poste : 600 sur le site de Mulhouse, 750 à Sochaux, 200 à 250 à Poissy et 200 intérimaires à Rennes. Au total, il y eu 35 000 emplois supprimés en France ces dernières années, par PSA puis Stellantis.

Les médias disent que Tavares a « sauvé le groupe » depuis la fusion entre PSA, Fiat et Chrysler en 2021, mais il a surtout sauvé les profits de l’entreprise et la rémunération des actionnaires. C’est cette politique du groupe qui permet des profits records, et qui pour Tavares justifie son salaire exorbitants. Ils ne sont pas prêts d’arrêter avec ce modèle : le site de Metz est par exemple menacé de la suppressions de 900 emplois en plus de 1 520 licenciements à Turin en Italie et 400 aux Etats-Unis, tous deux annoncés fin mars.

La transition écologique et le développement des voitures électriques sert à Stellantis pour faire du chantage à l’emploi. Ils refusent de financer la transition écologique puis demandent à l’État des aides publiques en échange du maintien des usines. C’est ce qui se passe en Italie, avec un plan de suppression de 2500 postes à l’échelle du pays.

Alors que le groupe est déjà largement aidé par l’État, et fait partie des entreprises profitant des allègements de charges ou du Plan Auto de 2020, dans lequel le gouvernement Macron a donné 8 milliards aux géants du secteurs, il essaie de gratter davantage autour de la transition écologique. La Région Bretagne et Rennes Métropole viennent par exemple d’accorder une subvention de 3,8 millions d’euros à Stellantis pour « accompagner la transformation énergétique » du site de la Jannais. Dans le même sens, Tavares multiplie les déclarations pour dire que l’État doit aider à la transition électrique, et l’entreprise multinationale a pu profiter de 38 000 commandes de l’Etat avec le dispositif du « leasing électrique ».

Si Tavares peut s’offrir cette rémunération indécente, qui fait même grincer des dents certains actionnaires, c’est parce qu’il a su mener une politique de réductions des coûts à tous les niveaux pour sauver les profits du groupe. Entre suppressions massives d’emplois, injections d’aides publiques ou aide indirecte de l’État, fausses promesses et salaires qui stagnent malgré l’inflation : pour le PDG de Stellantis tous les moyens sont bons pour réussir à s’offrir 100 000 euros jours, sur le dos des travailleurs de l’entreprise.


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Vincent Duse

Ouvrier PSA-Stellantis Mulhouse, militant CGT

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