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Mouvement ouvrier

« On a besoin de combats comme les vôtres » : les Vertbaudet et leurs soutiens fêtent la victoire

Après deux mois et demi de grève reconductible pour l’augmentation des salaires, les salariés de Vertbaudet se retrouvaient à l’UL CGT de Tourcoing ce lundi pour un barbecue de la victoire. A leurs côtés des soutiens, parmi lesquels les raffineurs du Havre et des cheminots d’Austerlitz.

Boris Lefebvre

5 juin 2023

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« On a besoin de combats comme les vôtres » : les Vertbaudet et leurs soutiens fêtent la victoire

Crédit photo : Révolution Permanente

Après plus de deux mois et demi de lutte, les salariés de Vertbaudet ont réussi à arracher vendredi des augmentations de salaire de 90 à 140 euros pour l’ensemble des salariés du groupe et l’embauche de 30 intérimaires sur le site de Marquette-lez-Lille. Ce lundi, les travailleuses et travailleurs se sont donc réunis pour un dernier barbecue convivial, accompagné de quelques prises de paroles syndicales, pour fêter leur victoire et passer un moment avec leurs camarades de lutte de l’Union locale de la CGT Tourcoing avec qui elles ont mené ce combat « jusqu’au bout pour leur dignité surtout, pour avoir un salaire correct qui leur permette de vivre » comme le souligne Sonia Khacer, secrétaire générale de l’UL CGT Tourcoing.

Sur les coups de 12h, les grévistes de Vertbaudet, essentiellement des femmes, dont beaucoup sont dans des situations précaires, se sont réunies dans la cour de l’UL CGT Tourcoing. Manon Ovion, déléguée CGT de Vertbaudet sur le site de Marquette-lez-Lille adresse ses « félicitations » aux grévistes et à l’UL CGT « sans qui on n’en serait pas là ». « On s’est battus pour quelque chose de légitime et on est allés jusqu’au bout malgré tout ce qu’on a subi. On a la victoire finale qu’on attendait toutes ! » lance-t-elle au micro. Deux cheminotes de la CGT Austerlitz venues spécialement en soutien pour l’occasion soulignent leur « profonde admiration pour l’engagement actif et courageux des femmes dans cette lutte. Leur participation et leur détermination sont une source d’inspiration pour nous toutes et tous ! ». Comme le déclare à notre micro Manon Ovion : « tout est possible quand on s’en donne les moyens, quand on sait pourquoi on sort et qu’on est déterminés. Rien ne nous fera céder ! ».

Une victoire qui a une saveur particulière après la forte répression subie lors du mouvement, avec une grévistes brutalisée par la police et un délégué CGT visé par une « expédition punitive ». Yannis, militant à l’UL CGT Tourcoing parle d’une « guerre de classe » avec le patronat, dans laquelle les grévistes ont rendu « coup pour coup » : « ils nous ont réprimé avec le bras armé de l’État, la police, parce qu’on a été à la hauteur des enjeux de notre classe en combattant l’inflation et pour la dignité ». De son côté, JR, souligne l’importance de ce combat :

Présent au rassemblement accompagné d’une délégation de raffineurs du Havre, Alexis Antonioli, secrétaire de la CGT TotalEnergies de la Plateforme Normandie et membre du Réseau pour la grève générale, souligne les similitudes entre la répression contre les Vertbaudet et celle qui a touché les raffineurs au moment des réquisitions pendant la mobilisation contre la réforme des retraites. « Les moments où l’État et le patronat envoient la force, c’est parce qu’ils sont sur la défensive, qu’ils sont en train de reculer et c’est quand les salariés utilisent la grève reconductible et c’est bien cela qu’il s’agit de construire ».

Initiée dans la continuité du mouvement contre la réforme des retraites, la grève des Vertbaudets à mis la question des salaires au centre de l’attention. Comme le souligne Sonia Khacer, secrétaire générale de l’UL CGT Tourcoing : « C’est une lutte qui s’inscrit complètement avec la mobilisation contre la réforme des retraites. Aujourd’hui, le patronat veut nous faire travailler deux ans de plus tout en nous payant moins le tout dans un contexte inflationniste et marqué par la guerre en Ukraine dont nous payons les frais ». Coût de la vie, difficulté à remplir le caddie et à joindre les deux bouts, c’est toute cette détresse sociale liée à l’inflation galopante que la grève des Verbaudets a visibilisé, entraînant un élan de solidarité. Les raffineurs du Havre sont venus avec un chèque de 5000 euros et les cheminotes d’Austerlitz avec 2000 euros pour continuer d’abonder la caisse de grève.

Une lutte dure riche d’enseignements à la veille de la quatorzième journée de mobilisation contre la réforme des retraites. « Certains disent que les plus précaires ne peuvent pas relever la tête parce que les salaires les en empêchent […] mais avec votre détermination malgré tous les mauvais coups du patronat, vous avez gagné. C’est la démonstration que même les plus précaires d’entre nous, lorsque l’enjeu des salaires est sur la table, on est en capacité de se battre et de faire plier le patronat. Vos quasiment trois mois de grève démontrent que lorsqu’on est unis et déterminés et qu’on use de l’arme que le patronat redoute, à savoir la grève reconductible, pas celle des journées d’appel de 24h (…) on voit bien qu’on les gêne car sans nous, ils ne sont rien » a ainsi souligné Alexis Antonioli.

Une référence claire à la politique de l’intersyndicale, qui aura jusqu’au bout refuser d’élargir les revendications de la bataille des retraites à la question des salaires et de construire une grève reconductible généralisée au nom des « précaires ». « Il faut mettre la question des salaires dans la bataille car l’inflation on se la prend tous dans la gueule quels que soient nos salaires. » a conclut le raffineur, avant d’évoquer la nécessité d’« une grève générale sur les salaires, une grève générale sur le retraites » seule à même de faire plier le patronat. Des questions que la grève dure de Vertbaudet pourrait aider à mettre au cœur des discussions ce 6 juin, pour préparer les combats et les victoires à venir !

Lire aussi : Enquête. Une troisième vague de grève pour les salaires déferle dans toute la France


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